Comment Jayson Tatum est devenu une menace derrière l’arc

À 19 ans, Jayson Tatum possède une variété de moves affolante : stepbacks, turnarounds, spin moves… Il peut utiliser ses qualités athlétiques ou techniques pour battre son défenseur, ou recourir à sa longueur de bras et sa gestuelle pour décocher un tir tout en hauteur lorsqu’il n’a pas suffisamment d’espace pour attaquer davantage. Tous ceux qui l’ont vu jouer à Duke ou même au lycée savaient qu’il était capable de tout ça.

Mais pour expliquer la fabuleuse – et surprenante – réussite de l’ailier à trois points, il faut remonter à cet été.

« En septembre, on faisait des petits matchs comme ça, se souvient son coéquipier Al Horford, et il démolissait tout le monde à mi-distance, tout simplement. D’abord en postant, puis avec une petite feinte de départ d’un côté avant de s’élever, de prendre son tir et de faire son truc. »

Là où il y aurait certainement eu de quoi le féliciter, ce sont en fait des leçons de coaching que Tatum reçut en récompense.

Bien sûr, Horford se trouvait impressionné par le répertoire offensif du rookie. Mais en voyant cela, Brad Stevens lui fit comprendre que Tatum ne pourrait pas jouer ainsi au niveau supérieur.

Certains scouts craignaient que Jayson ne fasse jamais évoluer son jeu offensif. Mais les Celtics ne voulaient pas le voir se créer de bons tirs. Ils voulaient qu’il apprenne à aller chercher les meilleures positions. Horford raconte :

« Le coach lui a dit ‘Non, nous, ce qu’on veut, c’est que tu te places derrière l’arc et que tu shootes des trois points. Garde ces tirs à mi-distance plus compliqués pour les fins de possession’. »

Aujourd’hui, difficile de croire que la capacité du jeune joueur à inscrire des paniers primés n’était pas déjà établie à l’époque du processus menant à la draft.

Mais il y a travaillé, au point d’afficher actuellement le meilleur pourcentage de réussite de toute la NBA avec 51,3%.

« C’était un peu l’une des critiques principales au sujet de mon jeu, on disait que je ne pouvais pas vraiment être efficace à trois points, rappelle-t-il. Du coup, j’ai bossé là-dessus avant la draft, et je continue. Et puis, j’ai beaucoup de tirs ouverts, surtout avec des coéquipiers comme ça. L’attention est sur Kyrie et les autres aident aussi. Ils font l’extra pass et j’ai juste à planter mes tirs. »

Ainsi, lors du dernier match contre Milwaukee, lorsque les Bucks ont décidé d’envoyer des double teams sur Kyrie Irving, Tatum a pu les punir avec un joli 4/5 de loin pour un total de 17 points.

« J’ai bossé là-dessus jour après jour, continue l’ailier. Je faisais tout pour être drafté le plus haut possible, donc j’ai travaillé sur ce que les équipes me voyaient comme points faibles, et le tir extérieur en faisait partie. »

Si bien que lorsque Tatum se rendit à Boston pour un test d’avant draft, il semblait déjà clair pour Stevens que le rookie était capable de marquer à longue distance. Le coach se souvient même que le prospect d’alors semblait enchaîner les paniers « sans difficulté ».

« On pouvait voir que ce n’était pas juste un bon jour où tout rentre pour lui, raconte-t-il. S’il en manquait deux de suite, ça n’allait pas l’empêcher de marquer le suivant, ni même les cinq autres derrière. Sa confiance restait intacte, il continuait, tout simplement. »

Et pourtant, il n’en restait pas moins que nombre d’analystes étaient inquiets au sujet de Tatum, et plus particulièrement de sa sélection de tirs. Mike Schmitz de DraftExpress avançait par exemple que le style « parfois inefficace » de Tatum « et son jeu à l’ancienne ne conviennent pas à tout le monde ». Un scout expliquait quant à lui à Jonathan Wasserman de Bleacher Report que « lorsque ces tirs à deux points rentrent, ça a l’air bien, c’est clair » mais que Tatum allait avoir « une marge d’erreur très faible car ces opportunités sont parmi les moins faciles à saisir ».

Rétrospectivement, les critiques émises avant ce début de saison paraissent déjà étonnamment dépassées.

Et pour cause, la répartition du volume de tirs pris par Tatum est excellente : 41,4% de ses tentatives (94/227) sont situées dans la restricted area (soit précisément au sein du demi-cercle sous le panier) et 33,4% de ses tirs (76/227) sont pris derrière la ligne des trois points. Enfin, il n’a pris que 36 tirs à mi-distance, c’est-à-dire 15,8% de ses 227 tirs, alors que beaucoup s’attendaient à ce qu’il y passe le plus clair de ses minutes.

De manière plus globale, Tatum, dont le style était jugé « parfois inefficace » se classe 14e au TS% (True Shooting Percentage, une statistique prenant en compte les lancers francs et les tirs à trois points) parmi tous les joueurs disputant au moins 20 minutes par match.

Voilà qui nous met bien loin de son unique saison à Duke et de ses 34,2% de réussite aux tirs primés.

« Ça ne veut absolument rien dire, franchement », tranche Irving au sujet des statistiques en fac.

Il poursuit :

« Jayson jouait 3 et 4 à Duke, donc en pick and pop. Mais je ne crois pas qu’il en faisait vraiment, je ne crois pas que Coach K l’utilisait ainsi. Là, maintenant, il peut jouer dans un rôle plus naturel, il peut être une menace derrière l’arc mais aussi sur les pénétrations. »

Irving ajouta ensuite que sa propre présence, couplée à celle d’Horford, facilitait certainement la vie de Tatum dans le sens où les défenses doivent dépenser beaucoup d’énergie pour essayer de contenir le duo d’All-Stars.

Ce que l’on peut effectivement constater sur l’action qui suit, puisque les Bucks laissent le rookie des Celtics complètement ouvert alors qu’il est, rappelons-le, leader NBA au pourcentage de réussite derrière l’arc :

Cependant, c’est tout de même à Tatum qu’il faut accorder l’essentiel du crédit pour la transformation rapide de sa palette offensive. Même si le coaching staff l’a encouragé à étirer son jeu et que la présence à ses côtés de deux stars capables de lui procurer des tirs ouverts, c’est bien Tatum qui a réussi plus de la moitié de ses tentatives à trois points.

Horford, qui a travaillé plusieurs saisons durant afin d’ajouter cette arme à son jeu, sait combien cette évolution peut prendre du temps.

« Je trouve que Jayson a vite appris à trouver ses spots sur le parquet, et il a pris de très bons tirs. S’il n’a pas la possibilité, il enclenche son dribble, il crée, il attaque le panier, analyse le pivot. Donc oui, c’est impressionnant de voir avec quelle rapidité il a saisi le truc, parce que ce n’est pas évident. Mais pour moi, il montre un bon feeling et une bonne confiance sur son tir. »

Irving ajoute :

« Je suis fan de Jayson depuis sa deuxième année de lycée, lorsque je l’ai vu pour la première fois. On a toujours des doutes lorsqu’un joueur passe du lycée à la fac, puis de la fac à la NBA, mais il est clair qu’il travaille, chaque jour, qu’il fait ce qu’il a à faire, qu’il se comporte en professionnel et qu’il gagne en régularité. »

Au final, c’est remarquable de voir à quelle vitesse Tatum a su grandir. Stevens se demande déjà quelle sera la prochaine étape.

« Pour quelqu’un de sa carrure, il est capable de tirer sans difficulté, constate le coach. Et il va devenir adroit de plus en plus loin, j’imagine, n’est-ce pas ? Et puis capable de tirer en mouvement, lorsqu’il sera un peu plus épais, un peu plus habitué à ça, et tout ça. Il va devenir un sacré tireur. »

Si ce n’est déjà le cas.

Traduction adaptée de l’article de MassLive ‘Kyrie Irving, Al Horford help explain how Boston Celtics rookie Jayson Tatum has emerged as a top 3-point shooter‘ par Léo Hurlin

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *