Que se passe-t-il avec Jayson Tatum ?

Que se passe-t-il avec Jayson Tatum ?

Aussi dramatique soit-elle, c’est une question que vous vous posez peut-être. Le rookie de Duke, surprise très agréable du début de saison, semble en effet traverser quelques trous d’air depuis le début de l’année 2018.

Est-il en fait victime du fameux rookie wall ? C’est possible. Historiquement, ce phénomène intervient souvent avant le All-Star Break et c’est un contrecoup qui peut s’expliquer par l’enchaînement des matchs, des vols à travers le pays – et même à travers l’Océan Atlantique, l’adaptation au rythme NBA en somme. Après tout, Tatum n’a disputé que 29 matchs dans sa seule saison universitaire.

Dans notre bilan de la semaine 14, c’est en tout cas avec ces mots que nous commentions le coup de moins bien que subit le joueur, mais nous avons tout de même voulu creuser un peu plus afin de pouvoir parler de la situation avec un maximum d’éléments.

Et, pour commencer notre analyse, il nous faut en toute logique remonter à décembre 2017.

Stevens attend avec impatience le prochain entraînement

En décembre, Brad Stevens indiquait ainsi déjà se projeter au 30 du mois, date à partir de laquelle les Celtics pourraient à nouveau s’entraîner après une période très chargée en matchs. Ce commentaire de l’entraîneur intervient le 23 décembre, au sortir d’une victoire face aux Chicago Bulls.

Après ce match, le natif de St. Louis pointait alors à 13,8 pts de moyenne, avec des pourcentages de réussite de 50,8% dont 49,1% à trois points).

Mais revenons-en à Stevens. En effet, plus intéressant encore que sa remarque sur la possibilité retrouvée de s’entraîner, le head coach confie dans la foulée qu’il compte donner de plus en plus de responsabilités à son rookie au fur et à mesure que la saison avancera, tout en restant prudent :

« C’est un équilibre assez délicat à maintenir, explique-t-il. Il y a une raison pour laquelle un joueur est très efficace : les bonnes décisions, les bons tirs, et cætera. Mais on apprend tous à se connaître et comme on traverse une période chargée, nous avons vraiment hâte d’être aux prochaines semaines qui suivent pour pouvoir nous entraîner. Je pense qu’on a appris quelques petits trucs qui vont à la fois nous permettre de continuer à utiliser nos joueurs au mieux mais aussi peut-être d’enrichir la palette d’actions qu’on veut les voir faire. »

Il poursuit :

« Je crois que plus la saison avance et plus on en apprend sur les gars qu’on a dans l’effectif, ce qu’ils sont capable de faire, ce qui marche le mieux pour eux. La question de son âge devient plus la question suivante : au niveau de son efficacité, est-ce une bonne chose de le mettre au cœur de certaines actions ? Mais il a montré qu’il était capable de faire beaucoup de choses, et, plus on avancera, plus il recevra d’opportunités. »

Le 30 décembre 2017

Cette date, qui aurait pu être anodine en soi, marque donc un entraînement longuement attendu par Brad Stevens et possiblement une augmentation de la charge offensive du Dukie.

Tatum, à qui on avait demandé jusqu’à il y a encore peu d’abandonner le rôle de go-to guy qu’il avait à Duke pour être avant tout un finisseur, semble d’ailleurs légèrement augmenter la part du tir à trois points dans sa distribution de tirs à compter du 30 décembre : ainsi, les trois points, qui représentaient 34,6% de son volume de tirs depuis le début de la saison, sont passés depuis à 38,8%.

Mais le réel changement se situe au sein de ce pourcentage de tirs à trois points :

Avant le 30/12, 82,9% de ses tirs primés provenaient de situations de catch and shoot, et seulement 17,9% étaient des pull-ups (tirs en sortie de dribble). Ce rôle de finisseur semblait parfaitement seoir au joueur originaire du Missouri qui inscrivait 52,2% de ses tentatives en catch and shoot contre 30% seulement de ses pull-ups.

Depuis le 30 décembre, la part du catch and shoot dans son volume de tirs extérieurs est tombée à 69,3% tandis que celle des pull-ups a pratiquement doublé, passant à 30,6%. Cependant, la réussite de Tatum sur ce type de tir a tout sauf augmenté, puisqu’elle est carrément tombée à 0% (!) alors que sa réussite au catch and shoot s’est maintenue à 50%.

Pour revenir sur des statistiques plus classiques, soulignons que le joueur tourne depuis cette date de fin décembre à 10,2 points par match et ses pourcentages de réussite ont chuté : 38,9% dont 34,5% à trois points.

C’est le moment de rappeler que l’ailier n’est pas le seul à rencontrer des difficultés : toute l’équipe traverse actuellement une mauvaise passe. Il est donc logique que notre rookie, propulsé dès le deuxième match de la saison dans le costume du All-Star Gordon Hayward, rencontre des difficultés.

D’ailleurs, les pourcentages évoqués ci-dessus ne font que prouver que le jeu de l’équipe s’est grippé mais que Tatum n’a pas encore réussi à ajuster son rôle en conséquence.

Par conséquent, si Stevens veut augmenter la charge offensive qui repose sur les épaules du rookie, c’est forcément un ajustement pour ce dernier, d’autant qu’on pouvait déjà voir à l’université qu’il pouvait être mis en difficulté et manquer de solutions face à des joueurs plus athlétiques et physiques. Des joueurs d’un profil qu’il rencontre beaucoup plus fréquemment en NBA.

On le sait, Tatum a pu bénéficier bien évidemment de la présence de Kyrie Irving qui attire énormément de double teams lorsqu’il pénètre. Rappelons que pour ses quatre tentatives de moyenne par match lors de sa seule saison à Duke, l’ailier affichait un tout juste correct 34,2% de réussite derrière l’arc. Il n’arrivait donc pas comme une menace en NBA. Au contraire, c’était même une source d’inquiétudes quant au potentiel du joueur.

L’effet de surprise est peut-être retombé, forçant par exemple Jayson à devoir parfois enclencher son dribble sur ces situations au lieu de pouvoir enclencher son tir… mais aussi et surtout, le ballon circule tout bonnement moins bien qu’avant, offrant donc moins de tirs ouverts au rookie qui doit en retour se créer du jeu à un niveau qu’il n’avait encore jamais expérimenté.

Jayson Christopher Jr.

Autre piste pour expliquer son coup de moins bien, la naissance de son fils. Début janvier, Tatum a en effet annoncé qu’un petit Jayson Jr. était entré dans sa vie avant de préciser que le bébé était en fait né un mois plutôt, le 6 décembre. Alors que l’équipe se rendait à San Antonio pour y jouer le 8, on se souvient que le joueur avait à ce moment bénéficié d’un petit passe-droit, comme l’avait expliqué Stevens :

« Nous lui avons donné l’autorisation de ne pas s’envoler avec nous hier pour raisons personnelles. »

C’est un grand événement dans une vie, et certainement encore plus lorsque l’on a 19 ans. Même s’il bénéficie du soutien de sa mère, et de la présence de la mère de l’enfant (son ex-copine, qui a déménagé à Boston peu avant la naissance), il serait cependant largement compréhensible que ce changement ait bouleversé quelque peu sa vie.

De la même façon, certains fans du Thunder rappellent que Paul George et Russell Westbrook ont tous deux vu naître un enfant récemment et expliquent ainsi en partie le début de saison moyen des deux stars.

Les blessures ?

Il est vrai que chaque joueur prend part à la compétition avec quelques blessures et douleurs par-ci par-là, et que son seuil de tolérance est souvent l’une des seules mesure de leur gravité.

On recense à ce jour trois passages à l’infirmerie pour Tatum depuis le début de sa carrière NBA.

Le 8 novembre contre les Lakers, le rookie quittait les parquets après neuf minutes de jeu, se plaignant d’une douleur à la cheville droite. Bien évidemment, après le traumatisme lié à la blessure de Hayward, la prudence était de mise et Tatum dût ensuite marcher avec une botte de protection. Toutefois, au vu des semaines suivantes de compétition, rien n’indique qu’il ait particulièrement souffert à nouveau de cette cheville.

Le 20 décembre, Jayson s’était disloqué l’auriculaire de la main droite de manière assez brutale face au Heat. Après s’être dirigé au vestiaire en grimaçant, il était ensuite revenu avec le doigt bandé, attaché à l’annulaire et avait pris part à la fin du match. Même s’il confiera par la suite avoir senti son petit doigt gonfler, il n’aura finalement manqué aucun match suite à cette blessure.

Enfin, le 11 janvier, au cours du NBA London Game 2018, il se fait mal au genou. Si les tests et examens ne renvoient aucune lésion, le joueur se plaindra tout de même de raideurs articulaires liées au vol. Le calendrier aidant, Tatum est parvenu à se reposer et donc probablement à calmer ces douleurs dont il n’a pas là non plus reparlé depuis.

Mais alors, doit-on s’inquiéter pour Jayson Tatum ?

De même que nombre de fans s’extasient devant son jeu si raffiné en avançant son âge (19 ans !) quitte à en faire sourire leurs homologues supporters d’équipes rivales, nous allons tout simplement ici rappeler que oui, le rookie des Celtics n’a que 19 ans et qu’il est donc tout à fait normal qu’il rencontre des difficultés. Après tout, il est devenu joueur professionnel et papa en l’espace de six mois.

En hommage à l’un des articles les plus mythiques de l’histoire des blogs NBA francophones, nous allons donc répondre que non, il ne faut pas s’inquiéter pour Jayson Tatum.

Cela étant, l’équipe a très tôt placé d’immenses espoirs en lui, et à l’heure où beaucoup de questions que l’on pouvait se poser au lendemain de la blessure de Hayward ressurgissent, il va vite falloir que Tatum retrouve de sa superbe et progresse pour éviter que l’équipe ne continue de subir ces turbulences.

Car si, en dépit de son grand potentiel, tout ne peut et ne doit pas reposer sur lui, il est aujourd’hui l’une des meilleures armes de l’équipe mais surtout son quatrième plus gros temps de jeu.

Article rédigé par Léo Hurlin et Guillaume Perrin

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