Ray Allen raconte les dessous de son passage à Boston

Dans son nouveau livre, intitulé « From the Outside: My Journey through Life and the Game I Love » et qui sortira dans deux semaines, Ray Allen raconte en détail sa carrière de Hall of Famer, et revient forcément sur son passage à Boston.

De la construction du Big Three avec Paul Pierce et Kevin Garnett jusqu’au départ d’Allen au Heat de Miami, ce passage, qui aura duré cinq saisons et aura vu l’équipe remporter son dix-septième titre, aura également fait couler beaucoup d’encre.

Grâce à Sporting News, nous avons pu lire quelques extraits du livre du célèbre shooteur, et on peut réaliser à leur lecture à quel point la vie au sein d’un vestiaire NBA regorge de situations complexes. Ainsi, Allen, alors même qu’il n’en est dans son livre qu’à son départ des Bucks en 2002, explique déjà que « les vestiaires, en NBA, c’est comme le lycée parfois : il y a les bandes qui se forment, et les ragots, très souvent infondés, que quelqu’un s’amuse à propager ».

Le ton est donné. Mais, plus que tout, et à juste titre puisque c’est à Boston que Ray Allen aura tutoyé pour la première fois les sommets, c’est bien sur son passage avec les Celtics qu’il semble avoir le plus de choses à dire et de comptes à régler.

Premièrement, Allen raconte qu’il y a très vite eu des signes qui expliqueraient bien des années plus tard que les tensions entre lui et Garnett ne soient toujours pas apaisées. Par exemple, en 2007, alors que les Celtics étaient à Rome pour leur pré-saison, Allen se souvient qu’il dribblait devant son casier comme il l’avait toujours fait dans sa carrière pour se préparer mentalement avant les matchs. À l’en croire, ce n’était apparemment pas du goût de Garnett, qui lui aurait dit d’arrêter de faire cela. Ce à quoi Allen aurait répondu devant leurs coéquipiers :

« Tu n’as pas à me dire ce que je dois faire, fais ton truc et laisse-moi faire le mien. »

Autre anecdote, cette fois juste avant le début de la saison 2007-08. Garnett et Allen sont alors partis dîner dans un steakhouse de Boston et évoquent ensemble leurs histoires communes de jeunes joueurs des années 1990 et leur aversion de la défaite. À la fin, du repas, alors qu’Allen demande à la serveuse l’addition, Garnett l’aurait alors coupé en disant :

« Non, donnez-moi l’addition, je donne de plus gros pourboires que lui. »

Allen souligne que c’était la première fois que les deux joueurs dînaient ensemble, et que KG ne pouvait donc pas savoir quels genres de pourboires donnait Allen. Il ajoute :

« En débattre avec lui, c’était peine perdue. Mais ce qui m’a marqué, c’était qu’il semblait avoir besoin de se montrer supérieur à moi, même sur quelque chose d’aussi insignifiant. »

On se souvient tous qu’après le départ d’Allen, lorsque Boston et Miami se sont croisés pour la première fois, Garnett avait très publiquement refusé de serrer la main du premier, feignant tout simplement d’ignorer sa présence. À la lumière de ce genre d’anecdotes, on comprend pourquoi. Tel que le dit Allen :

« KG pourrait s’embrouiller avec sa grand-mère si elle signait pour une autre équipe. »

Toutefois, Allen conclut avec sagesse que de tous les coéquipiers qu’il a pu avoir, « si je devais en choisir un pour jouer à mes côtés, je prendrais Kevin Garnett, il n’y a même pas débat. »

Et visiblement, ce n’est pas avec Rajon Rondo qu’Allen aurait pu hésiter, bien qu’il décrive sa relation initiale avec Rondo comme celle d’un jeune prometteur et de son mentor :

« Rien n’aurait pu mieux se passer avec lui. C’était comme un petit frère pour moi. »

Selon Allen, tout s’est dégradé entre eux deux après le titre de 2008, sans qu’il ne semble encore pleinement être en mesure d’expliquer pourquoi. Quoi qu’il en soit, en 2011, leur relation semblait avoir volé en éclats.

Allen se souvient notamment qu’en 2009, à cause des difficultés qu’avait le front office à gérer la personnalité de Rondo, il y avait des rumeurs qui les envoyaient tous deux à Phoenix contre un package autour d’Amar’e Stoudemire. Apprenant cela, Allen a donc conseillé à Rondo d’aller parler à Danny Ainge afin que la situation s’apaise et que les rumeurs s’évanouissent.

Malheureusement, dès la saison 2010-11, les tensions avaient semble-t-il ressurgi.

« C’est moi qui vous ai tous portés jusqu’au titre en 2008 », aurait lancé Rondo à ses coéquipiers.

Selon Allen, l’équipe aurait alors répondu avec étonnement et presque à l’unisson : « Pardon ? » Allen décrit Rondo comme un joueur qui s’attendait à être traité comme un des leaders de l’équipe sans avoir travaillé suffisamment pour mériter ce statut, et dépeint le staff comme incapable de trouver la bonne façon de s’y prendre avec le jeune meneur. Il raconte que Doc Rivers, alors entraîneur de l’équipe, avait ainsi demandé à Garnett de bien vouloir « accueillir Rondo au sein de ce cercle », ce à quoi Allen aurait objecté en expliquant : « On ne peut pas faire de lui un leader, Doc, il doit le mériter. »

Autre anecdote illustrant la difficulté de s’entendre avec Rondo pour Allen et d’autres vétérans de l’équipe, cette fois-ci lors de la série des playoffs 2011 contre Miami. Alors que Rivers dirigeait une session vidéo avec l’équipe afin de mettre l’accent sur des erreurs commises au cours des deux premiers matchs de la série, tous deux perdus, Rondo aurait décidé de « baisser la tête et tourner son siège pour l’orienter vers les vestiaires », avant que Doc ne l’implore de regarder les vidéos diffusées.

« Je m’en fous de cette vidéo, putain », se serait écrié le meneur avant de jeter une bouteille d’eau en direction de l’écran et de le casser.

Rivers aurait alors ordonné à Rondo de quitter la salle. Garnett, suivant le joueur, lui aurait lancé :

« Mon petit, il va falloir que tu te ressaisisses ! »

Avant le début de la saison suivante, marquée par le lockout de 2011, des discussions envoyant Rondo à New Orleans contre Chris Paul avaient fait surface dans les médias avant que le transfert ne tombe à l’eau. Selon les informations de l’époque, Paul avait en effet refusé de donner son accord verbal pour re-signer l’été qui suivrait, faisant ainsi capoter ce deal.

Selon Allen, il n’en est rien. Si le transfert ne s’est pas fait, avance-t-il, c’est parce que « Doc s’était dit qu’il ne pouvait pas faire ça à leur entraîneur, Monty Williams, parce qu’il avait été son mentor du temps où il l’avait sous ses ordres à Orlando ».

Une fois cette piste définitivement abandonnée, les Celtics ont décidé de prendre le problème autrement : à la grande stupéfaction d’Allen, ils ont en fait décidé de rebâtir leur attaque autour de Rondo. Au lieu de le transférer, ils ont quelque part récompensé son mauvais comportement. Allen dit que la saison qui s’en est suivi, « ma dernière sous contrat, fut de loin la plus stressante, parce qu’on en est arrivés au point où il ne me faisait même plus la passe ».

C’est alors que Doc décida de faire sortir Ray Allen du banc afin de titulariser Avery Bradley. À cette même époque, Ainge avait échafaudé un transfert envoyant Allen à Memphis en échange d’O.J. Mayo, mais les discussions avaient fini par échouer juste avant la deadline.

Toutes ces tensions arrivèrent à leur apogée en avril 2012, lors d’un match contre les Pacers. Pierce s’était chamaillé tout le match avec Brandon Bass, pourtant son coéquipier, à tel point que la dispute avait continué dans les vestiaires après le match jusqu’à ce que Doc Rivers n’intervienne et s’adresse à l’équipe dans son ensemble. Rondo aurait alors laissé échapper quelque chose au sujet d’Allen, ce qui entraîna une nouvelle dispute, cette fois-ci entre les deux.

Rondo affirma qu’Allen était jaloux de lui, ce à quoi le second répondit qu’il fallait que le meneur « cesse de raconter de la merde à toute l’équipe ». Et Rondo de riposter :

« Je vais te faire dégager cet été. »

Allen raconte ensuite qu’une fois dans l’avion, il serait allé voir Rondo afin d’essayer de tout mettre à plat et d’enterrer la hache de guerre. Rondo l’aurait alors snobé en répliquant :

« Il me reste 11 matchs à jouer avec toi, point barre. »

C’était bien entendu vrai : l’été suivant, Allen choisit de signer au Heat, faisant par là même apparaître une animosité auprès de Garnett qui ne semble toujours pas retombée. Malgré les tensions au sein du vestiaire, Allen répète que « le plan était de rester à Boston ».

Il conclut sur toute cette période :

« Je savais que les fans de la région ne seraient pas contents de ma décision, mais je n’aurais jamais imaginé un tel degré de mécontentement. Ils m’ont traité comme Benedict Arnold [un général américain ayant trahi les États-Unis durant la guerre d’indépendance, ndT]. Mon pêché ? C’est d’avoir eu le culot de partir de moi-même. »

On constate donc à la lecture de ces extraits que si Allen et Pierce ont recollé les morceaux l’été dernier et que si Rondo a récemment affirmé à la télé que toute l’équipe du titre de 2008 allait se réunir pour en célébrer les dix ans cet été, tout ne semble pas pour autant digéré de part et d’autre.

Article par Léo Hurlin, adapté de l’article de Sporting News « Ray Allen’s new book sheds light on Celtics drama, intense battles with Rajon Rondo« 

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *