Explorons ensemble la free agency de Marcus Smart

Opéré d’une déchirure du ligament du pouce, Marcus Smart devrait être sur le flanc six à huit semaines avant de pouvoir reprendre les activités en rapport avec le basket. Il ne rejouera donc plus de la saison régulière.

S’il ne revient pas en playoffs, il pourrait même avoir joué son dernier match avec les Celtics. Voici un petit article pour essayer de comprendre dans quelle mesure ce scénario est envisageable.

Petit résumé de sa saison :

La dernière année du contrat d’un joueur est toujours à surveiller, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un contrat rookie et que les deux parties n’ont pas réussi à convenir d’une prolongation préalable. Dans le cas de Marcus Smart, dont l’agent avait promis à Boston qu’il faudrait le payer très cher, les attentes étaient assez importantes : à l’été 2017, Danny Ainge a entrepris de nombreux changements dans l’effectif qui ont conféré au joueur – drafté en 2014 – le statut de plus ancien membre de l’effectif. De plus, il est arrivé début septembre en expliquant qu’il avait passé son été à travailler sur son physique, perdant neuf kilos et affichant désormais en plus d’une silhouette plus affinée une mécanique de tir bien plus fluide. Skinny Marcus était né.

Malheureusement, la blessure de Gordon Hayward dès le début de la saison a complètement rebattu les cartes, et, comme à peu près à chaque saison depuis l’arrivée de Smart dans la ligue, il a dû endosser un rôle de pompier de service, colmatant çà et là toutes les brèches avec la confiance absolue de Brad Stevens.

Globalement, ce fut comme toujours très inégal, chaque progrès dans un domaine (la gestion du pick and roll notamment) étant toujours contrebalancé par une irrégularité toujours aussi présente au tir. Malgré tout, son apport n’aura jamais été aussi palpable que lors de ses onze matchs d’absence entre janvier et février. Dans la défense bien sûr, mais aussi dans l’organisation du jeu.

Et, comme pour couronner cette affirmation, Smart est revenu de sa stupide blessure huit matchs durant, très concentré et actif sur le parquet… avant de se blesser lors d’un énième plongeon sur une balle perdue, se déchirant un ligament du pouce. Une opération, qui s’est avérée inévitable, lui coûtera sa fin de saison régulière.

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Smarf devrait peut-être se montrer un peu plus prudent sur les parquets

Situation contractuelle :

Cet été, Smart sera a priori restricted free agent (RFA, agent libre restreint).

N’ayant pas réussi à convenir d’une prolongation avec l’équipe à l’automne dernier, il ne contrôle pas son futur et l’équipe peut choisir de lui offrir ou non une qualifying offer (QO). Étant donné son importance dans le jeu des Celtics, il est clair que Boston sera disposé à tout faire dans la limite du raisonnable pour le conserver, à commencer par lui proposer cette QO. Mais cette offre est très généralement considérée comme peu avantageuse pour les deux parties puisqu’il s’agit de facto d’une prolongation de contrat d’un an avec un salaire à hauteur de 125% du salaire de la dernière année du contrat rookie, avec comme conséquence un basculement à l’été qui suit vers un statut d’unrestricted free agent (UFA, agent libre non-restreint). D’ailleurs, rares sont les joueurs l’ayant acceptée dans l’historique récent des intersaisons NBA (Nerlens Noel, qui est représenté par le même agent que Smart, et Greg Monroe sont deux exemples connus).

Au vu de son historique de blessures et de son style de jeu, et à moins d’une énorme progression au tir (à laquelle il est dur de croire encore), Smart prendrait selon nous un gros risque en acceptant la QO des Celtics. C’est une option qui nous semble bien peu probable, surtout que ceux-ci se sont montrés très patients et compréhensifs vis-à-vis des hauts et des bas qu’a connu Smart depuis son arrivée : de l’extérieur, la relation entre le joueur et le front office nous semble tout à fait saine.

Smart devrait donc a priori refuser la qualifying offer de Boston, devenant par là-même RFA.

Le marché cet été :

Les intersaisons de ces dernières années se suivent et ne se ressemblent pas. À l’été 2016, le salary cap de la ligue a explosé suite à la signature d’un contrat TV au montant astronomique. Mais cette hausse fulgurante est restée ponctuelle et nombre d’équipes ayant dépensé allègrement cet été-là se retrouvent aujourd’hui dans une situation délicate avec une marge de manœuvre fortement réduite. Conséquence, le marché des free agents 2018 sera encore sensiblement affecté par les énormes contrats signés il y a deux ans.

Pour ne rien arranger, il y a actuellement pléthore de joueurs actifs au poste de meneur, et très peu d’équipes ont besoin d’un meneur titulaire.

Après quatre ans en NBA, si Smart n’a peut-être pas atteint tout son potentiel, l’étendue de ses contributions semble en tout cas pouvoir être mesurée. Partant de là, quelles équipes pourraient vouloir faire de lui un starter ? Question subsidiaire, quelle équipe pourrait lui offrir un salaire de titulaire, lui qui malgré son apport si précieux reste un role player irrégulier au tir ?

À la limite, une équipe proche du titre et voyant en Smart la pièce manquante pour franchir le dernier palier pourrait estimer sa valeur à 15 millions de dollars annuels… mais ce genre d’équipe n’a généralement pas 15 millions de cap space à offrir. D’ailleurs, les équipes ayant dépassé le seuil du salary cap ne peuvent que recruter au minimum ou via quelques exceptions dont la Mid-Level Exception (MLE), calculée en fonction de leur situation financière exacte et pouvant au mieux atteindre environ 8 millions de dollars.

La position des Celtics :

Même si Smart semble être plus précieux à Boston que nulle part ailleurs, les Celtics ont donc incontestablement la main.

Comme le statut de RFA du joueur le leur permet, il semble clair qu’ils seront prêts à égaler toute offre faite par une autre équipe à hauteur de cette MLE et certainement au-delà. C’est l’hypothèse qu’émet Steve Bulpett du Boston Globe en avançant que les Celtics seraient enclins à « matcher » les offres jusqu’à hauteur d’une quinzaine de millions pour le conserver.

Ryan Bernardoni, blogueur émérite sur celticshub et passionné des questions et projections financières, a même imaginé un scénario qui semble probable, sinon au moins tout à fait sensé.

Pour lui, qui estime que le marché sera comme toujours pour les RFA assez lent à s’ouvrir, Smart recevra des offres correspondant à la MLE voire légèrement plus élevées. Un coup d’œil sur la grille des salaires de l’équipe lui fait ensuite dire qu’il est dans l’intérêt des Celtics de conserver dans leur masse salariale des contrats faciles à transférer, ce qu’ils n’ont pas réellement actuellement.

Comme l’équipe n’aura probablement pas le pick des Lakers cette année, elle disposera de marge avant d’atteindre le seuil de la luxury tax et pourra donc l’utiliser pour négocier une certaine flexibilité dans le contrat en proposant par exemple avant même l’ouverture du marché une offre, portant sur deux ou trois ans et significativement supérieure au montant de la MLE mais avec une garantie partielle sur la dernière année.

Bernardoni imagine en toute logique que Smart préfèrera attendre d’être officiellement sur le marché, possiblement à son détriment. Derrière, il est évident que Boston maintiendra son offre puisque surpayer le joueur ne leur poserait aucun problème. Deux options s’offriront alors à lui : accepter une MLE ou offre légèrement supérieure, qui serait égalée par Boston, ou prendre l’offre des Celtics décrite juste au-dessus.

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Nul doute que Stevens serait heureux de pouvoir à nouveau compter sur Marcus les saisons prochaines

Les présences de Rozier et d’autres facteurs :

L’émergence de Terry Rozier pourrait-elle changer la donne pour Smart ? En effet, le meneur issu de Louisville se révèle à son tour comme un élément essentiel du banc des Celtics cette année et il faudrait donc très bientôt songer à son avenir en vert. Drafté un an après Smart, en 2015, la question de sa re-signature se posera à la fin de la saison prochaine, en même temps que celle de Kyrie Irving et peut-être celle d’Al Horford (pour ce dernier, c’est toutefois moins probable : il a en effet la possibilité d’activer une player option pour 2019-20, en sachant qu’il ne retrouvera certainement jamais un contrat max sur le marché).

Que faire, alors ?

Transférer Rozier dès cet été est une possibilité qu’il faut bien sûr considérer, surtout avec Danny Ainge comme GM. Mais la hausse du salary cap ayant tiré les contrats vers le haut, il apparaît aujourd’hui difficile d’imaginer trouver un partenaire de trade proposant un joueur dans la même fourchette de salaires que Rozier et capable de contribuer autant que le meneur.

Autre option, celle de prolonger le joueur à partir de cet été et jusqu’à la veille du début la saison 2018-19. Tout cela ne saurait se faire sans dégager de la masse salariale afin d’éviter que les Celtics n’entrent maintenant dans la luxury tax. En effet, s’il apparaît inévitable que l’équipe ait à payer cette taxe le jour où elle sera véritablement en mesure de jouer le titre, y être soumis le plus tard possible présente l’avantage considérable de ne pas avoir à payer la repeater tax pour une équipe pas encore prétendante, celle-ci étant très punitive.

Enfin, il est toujours possible d’imaginer un scénario proche de celui exposé plus haut pour Smart. Après tout, l’été 2019 sera encore marqué par les contrats gargantuesques de 2016 et il faudrait que Rozier franchisse encore un énorme cap (ce qui n’est pas gagné d’avance en raison des présences d’Irving et donc Smart) pour recevoir une offre impossible à égaler pour Boston.

En ce qui concerne Horford, son contrat pourra être renégocié et prolongé cet été, puisque sa signature remontera à présent à trois ans. Cette piste, qui ne se fonde sur aucune rumeur, permettrait, à condition que l’intérieur décline son option d’un montant de 30 millions de dollars, de le faire rester à un tarif moindre (d’au moins 60% de sa dernière saison) mais sur plus longtemps. Une réduction de salaire de 5 millions pourrait par exemple complètement changer la situation financière des Celtics par rapport à la luxury tax ou encore le montant de la MLE.

Alors ?

Personne ne sait de quoi l’avenir sera fait et Danny Ainge n’est pas le plus prévisible des GM, mais les fans de Smart peuvent tout de même rester confiants : son retour sous le maillot des Celtics pour les saisons prochaines reste l’option la plus probable.

Article rédigé par Léo Hurlin et Guillaume Perrin

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