Bilan individuel de la saison 2017-18 : les arrières

Pour conclure cette saison 2017-18, nous vous avons rédigé un bilan individuel de chaque joueur. Pour cet exercice, plutôt que de nous référer aux traditionnels postes 1, 2, 3, 4 et 5, nous avons appris notre leçon auprès de Brad Stevens et parlerons donc d’arrières, d’ailiers et d’intérieurs.

Première partie aujourd’hui avec les arrières : Kyrie Irving, Marcus Smart, Terry Rozier et Shane Larkin.

Kyrie Irving

Sa saison :

En dépit des blessures (fracture au visage) et des coups du sort (commotion cérébrale) dont il a été victime, il a globalement répondu présent. Parmi les plus grosses interrogations suite à son transfert, il y avait bien évidemment celle de savoir s’il réussirait à évoluer d’un rôle de lieutenant (de luxe) à celui de franchise player et de patron. Force est de constater qu’il a grandi dans ce nouveau rôle tout en étant humble, saluant très souvent ses coéquipiers, ce qui est assez remarquable pour un joueur de cette stature.

Malgré une baisse de minutes (32,2 par match, 35,1 lors de sa dernière saison chez les Cavaliers) et une baisse dans sa moyenne de points (24,4 contre 25,5), il y a de vrais progrès individuels : il livre ainsi sa meilleure saison au FG% (49,1) et deuxième meilleure au 3P% (40,8), sachant que les tirs extérieurs représentent désormais 38,8% de son volume de tirs contre 32,6% l’an dernier. En revanche, son nombre de lancers tentés par match a très légèrement baissé (4,4 contre 4,6) et leur pourcentage de réussite aussi (88,9 contre 90,5). On constate tout de même qu’il a frôlé les paliers 50-40-90 de réussite.

Du côté du style de jeu, on note des progrès dans le jeu sans ballon, point sur lequel on l’attendait au tournant après qu’il ait décidé de s’éloigner de LeBron James et sur lequel Brad Stevens avait fait des merveilles avec son prédécesseur Isaiah Thomas.

Ainsi, on peut voir qu’il a sensiblement baissé son volume d’isolations, qui ne représentent plus « que » 16% dans son jeu contre 21,4% lors de sa dernière saison aux Cavs. Il joue également moins de pick and roll que lors de sa dernière saison à Cleveland : 6,8 actions de ce type par match (soit 30,7% de ses actions) contre 8,1 (34%) en 2016-17 pour une production sensiblement identique (7,5 points par match contre 7,8 auparavant). Il a remplacé une partie de ces actions qui mettent souvent en valeur les qualités individuelles d’un joueur par des actions plus collectives : il a ainsi doublé son volume de handoffs et de off-screen tout en gardant une efficacité excellente, respectivement 1,16 et 1,15 points par action, ce qui le situe parmi les meilleurs joueurs de la ligue dans ce domaine. Son utilisation des cuts a également un peu augmenté même si elle reste minime, ce qui est logique pour un créateur comme lui.

Malheureusement pour lui et pour nous, il a vu sa saison s’arrêter après des soucis récurrents au genou, genou dont il avait été opéré en 2015 pour réparer une fracture rotulienne.

La suite :

Après sa double opération du genou, la deuxième étant une complication de la première suite à une infection bactérienne, Kyrie devrait a priori revenir en parfaite santé pour le training camp et ses problèmes au genou devraient être derrière lui (le dispositif médical ayant été retiré de sa rotule).

Irving est sous contrat la saison prochaine avant de bénéficier en 2019-20 d’une player option qu’il devrait en toute logique décliner, afin de se retrouver unrestricted free agent (UFA) et pouvoir toucher un nouveau pactole. Il n’y a pas grand-chose de plus à attendre d’un joueur d’une telle magnitude, mais on espère tout de même voir des progrès en termes d’implication de ses coéquipiers. À cet effet, l’addition d’un joueur aussi altruiste qu’Hayward, les progrès des jeunes pousses auxquels il a pu assister et un deuxième training camp (cf. Horford, Al) dans le ventre devraient faciliter la tâche. Il y a également du mieux à espérer dans sa prise de décision, notamment sur certains heat checks (comme ce fameux tir à trois points sur l’aile qu’il considère comme son tir signature depuis qu’il l’a planté lors du Game 7 des Finales 2016). Mais bon, c’est le lot de toute star.

De manière globale, on est encore en droit de questionner son statut au sein non pas de l’équipe mais de la ligue : est-il le franchise player ou « seulement » le joueur le plus important des Celtics aujourd’hui ? C’est une question assez complexe pour plusieurs raisons : premièrement parce que le contenu de cette notion de franchise player est assez subjectif, deuxièmement parce que sa saison s’est achevée brutalement (épreuve que le groupe s’est surpassé pour compenser), et troisièmement parce que Stevens attend du leadership de chacun de ses joueurs.

Quoi qu’il en soit, Boston a sacrifié des actifs importants, précieusement acquis et conservés lors de la reconstruction pour mettre la main sur Kyrie, et il faudra donc espérer qu’il franchisse un cap (ou que Tatum devienne la vraie star de cette équipe d’ici trois ans et Kyrie son second couteau) pour pleinement justifier le montant que Boston devra mettre sur le meneur à l’été 2019. Pour atteindre ses objectifs, l’équipe pourra de toute façon difficilement faire sans.

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Marcus Smart 

Sa saison :

Défense, intensité, dureté, coups de folie, actions de folie… Smart est arrivé en super forme après avoir perdu plusieurs kilos cet été et a donc répondu aux attentes, avec un apport considérable dans le jeu sur pick and roll notamment. Bien entendu, tout n’a pas été parfait et on pointera toujours du doigt son irrégularité au tir, mais c’est en résumé une saison typique pour le joueur qui confirme qu’il a manifestement atteint tout le potentiel offert par le contexte à Boston.

Auteur d’un ninja move qui aura bien amusé la galerie, il a aussi connu son lot de mésaventures : premièrement, avec une grosse coupure à la main suite à une altercation avec un cadre photo qui a bien failli lui coûter très cher – et qui a montré à tous combien Smart était précieux au sein de cet effectif – puis avec une déchirure d’un tendon du pouce qui a dû être opérée et qui lui a coûté sa fin de saison.

Ses playoffs :

Son retour pour le Game 5 de la série contre les Bucks a eu le même effet que son premier retour durant la saison : malgré un gros bandage, Smart s’est jeté sur toutes les balles perdues et n’a jamais cessé de mettre au service de l’équipe toute l’énergie dont il disposait. La suite des playoffs est globalement dans la même lignée, avec des hauts décisifs et des bas fatals à trois points.

La suite :

On connaît donc désormais tous l’écot potentiel de Marcus Smart et les faiblesses de son jeu. Après des négociations pour une prolongation de contrat ratées l’été dernier, Smart va devenir RFA et son agent avait promis que faire revenir Smart coûterait bien plus cher aux Celtics à l’été 2018.

Ce que nous écrivions en mars dernier se tient toujours à nos yeux : quelle équipe disposant de cap space pourrait aujourd’hui se permettre de faire une offre qui soit trop élevée pour Boston mais raisonnable pour un role player dont l’apport offensif est terriblement contrasté par sa maladresse ? Nous n’en voyons pas réellement, mais un retour de Smart n’est toutefois pas acquis : non seulement les Suns et les Mavs pourraient par exemple se montrer intéressés, mais les dirigeants de l’équipe doivent aussi réfléchir à la valeur qu’ils accordent à Rozier et plus généralement aux aux questions financières à venir.

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Terry Rozier

Sa saison :

Après certaines rumeurs qui en faisaient un quasi-intransférable (notamment contre Jimmy Butler), T-Ro est arrivé cette saison avec des choses à prouver. La blessure d’Hayward a eu sur lui aussi un effet domino, puisqu’il s’est retrouvé dans un premier temps avec 23,2 minutes de moyenne sur les 51 premiers matchs, qu’il a utilisées pour poster 9,1 points par match à 35,3% de réussite derrière l’arc. Il s’est toutefois montré irrégulier lors de cette période, avec notamment 19 matchs à moins de 33% de réussite à 3P et 18 à plus de 40%.

Le 31 janvier, date de sa première titularisation de la saison (il sera titulaire en tout 16 fois sur 29), Rozier trois bâtons livre un triple-double. C’est à partir de ce match qu’il voit augmenter son temps de jeu (30,6 minutes) suite aux premiers pépins de Kyrie Irving, et il répondra présent : 31 points au match suivant, 15,1 points de moyenne à 41,3% aux tirs extérieurs jusqu’à la fin de saison et un career high de 33 points lors d’un match en mars.

Terry Rozier devient Scary Terry, l’une des sensations de cette fin de saison, par sa vivacité et ses coups de chaud spectaculaires. Il montre malgré tout peu de progrès, en particulier dans la gestion (même s’il perd statistiquement de moins en moins de ballons sur 100 possessions) où on l’attendait un peu et à la passe – malgré quelques alley-oop réussis. Quelque part, il semble déjà afficher des limites qui l’orienteront inévitablement vers un profil de combo guard, à cheval sur les postes 1 et 2.

Ses playoffs :

Comme pour Brown, difficile de ne pas penser à son 0/10 lors du Game 7 contre Cleveland, mais ce serait oublier d’autres matchs plutôt aboutis comme par exemple son Game 7 face aux Bucks (26 points à 10/16 dont 5/8 à 3P, neuf assists). Au final, il aura joué 36,6 minutes de moyenne durant les 19 matchs de cette campagne, pour 16,5 points (troisième meilleure de l’équipe), 5,7 passes et 5,3 rebonds, avec une réussite aux tirs à trois points de 34,6%.

La suite :

Fort de sa fin de saison et de ses playoffs de haute volée, Tito estime pouvoir prétendre à un plus gros rôle. Sous contrat encore pour la saison prochaine avant de devenir restricted free agent (RFA) à l’été 2019, il ne contrôle donc pas vraiment sa situation, mais il a tout de même eu l’intelligence de reconnaître publiquement il y a quelques jours que cette équipe était celle de Kyrie et de confirmer qu’il n’avait aucun problème pour l’instant à sortir du banc.

Restera-t-il pour autant à Boston l’an prochain ? Après avoir retourné la question dans tous les sens, on aurait tendance à dire que oui, sauf possibilité exceptionnelle comme un trade up dans la draft à venir. En effet, si l’équipe a des ambitions de titre l’an prochain, un joker offensif tel que Rozier en sortie de banc pourrait être un vrai plus, d’autant qu’il a désormais une belle petite expérience en playoffs que n’aura forcément pas un éventuel rookie obtenu en échange. De plus, son contrat est encore encadré par la rookie scale, ce qui en fait au vu de son potentiel et de sa situation future non seulement un joueur difficile à échanger à sa juste valeur mais aussi un atout indéniable vis-à-vis des questions de luxury tax auxquelles vont devoir répondre prochainement les dirigeants.

Au-delà de l’an prochain, son futur avec les Celtics semble toutefois compromis car quelques équipes devraient être intéressées et proposer un plus gros rôle, même s’il a encore beaucoup à prouver. Notons tout de même que dans certaines circonstances (si Smart accepte la qualifying offer des Celtics afin de devenir totalement libre en 2019), il pourrait également se retrouver en compétition ouverte avec Smart pour un spot dans l’équipe des années 2020 de Boston.

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Shane Larkin

Sa saison :

Signé pour être le troisième meneur après avoir quitté les radars NBA un an durant car décevant, Larkin a fait un comeback relativement intéressant. Stevens a autant apprécié pouvoir l’injecter quasiment n’importe quand et bénéficier de sa vitesse que sa capacité à poser le jeu en bon gestionnaire. Ajoutons à cela un côté peste en défense qui a pu frustrer certains meneurs adverses. Plaisante surprise du bout du banc, donc.

Ses playoffs :

Tout comme on n’aurait pas misé sur un apport significatif en saison régulière de sa part, on n’aurait pas non plus imaginé que son absence se ferait tant ressentir par moments lors des playoffs, même si c’est en partie à relier au grand nombre d’absents au sein de l’effectif. Blessé à l’épaule sur un écran de Joel Embiid, son absence a davantage encore réduit les possibilités de Stevens et forcé le coach à augmenter encore un peu plus le temps de jeu des autres joueurs.

La suite :

Dans un effectif comptant nombre de joueurs capables de porter le ballon, la présence de Larkin (libre cet été) devient vite dispensable et il a de son côté montré suffisamment pour prétendre à rester en NBA. Il se pourrait donc bien qu’une autre équipe lui propose plus d’argent, voire un rôle davantage en phase avec ses moyennes en carrière. Du côté de Boston, seule l’incertitude autour du sort de Marcus Smart et a fortiori Terry Rozier devrait décider de la suite à donner à ce contrat d’un an.

Article rédigé par Léo Hurlin et Hugo Geindre

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