Bilan individuel de la saison 2017-18 : les ailiers

Pour conclure cette saison 2017-18, nous vous avons rédigé un bilan individuel de chaque joueur. Pour cet exercice, plutôt que de nous référer aux traditionnels postes 1, 2, 3, 4 et 5, nous avons appris notre leçon auprès de Brad Stevens et parlerons donc d’arrières, d’ailiers et d’intérieurs.

Après les arrières, nous vous proposons aujourd’hui les ailiers en deuxième partie : Gordon Hayward, Jayson Tatum, Jaylen Brown, Marcus Morris, Semi Ojeleye et Abdel Nader.

Gordon Hayward

Sa saison :

Rien à évaluer, bien évidemment.

La suite :

On espère que sa rééducation aboutira sur un retour en pleine forme car les Celtics ont bien besoin d’un wing polyvalent, altruiste et décisif pour franchir un cap. De ce qu’on a pu suivre, tout porte à croire que ce sera le cas. Gordon Hayward ne sera donc certainement pas transféré cet été comme certains l’imaginent, et son association avec Al Horford et Kyrie Irving promet bien des merveilles.

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Jayson Tatum

Sa saison :

Comme Jaylen Brown avant lui, certains le voyaient occuper un rôle réduit aux Celtics et parlaient déjà de gâchis. De notre côté, nous écrivions qu’il devrait certainement avoir à gagner sa place dans la rotation, justement comme Brown avant lui. Les circonstances aidant, Tatum a en fait été propulsé titulaire au-delà de l’opening night. La suite… Tout a déjà été à peu près écrit sur sa saison, remarquable (mis à part une petite baisse de régime qu’on a pu observer fin janvier) au-delà des 13,9 points de moyenne qu’il a postés par la maturité qu’il semblait dégager en laissant le jeu venir à lui.

On aurait parfois aimé le voir un peu moins hésitant tant il déborde de talent, mais il faut quand même rappeler et souligner que Tatum a été capable de jouer 80 matchs (dont un qu’il quitte prématurément après s’être disloqué l’auriculaire), réussissant globalement bien à digérer le rythme NBA malgré un physique encore perfectible. Ainsi, il a scoré en double figures sur 64 de ces matchs, et à 20 points ou plus sur 12 d’entre eux. On a aussi apprécié son effort au rebond, secteur où il a atteint la barre des dix rebonds en sept occasions. Il termine d’ailleurs à cinq rebonds de moyenne.

Enfin, comment parler de sa saison rookie sans mentionner son pourcentage de réussite à trois points ? Alors que ce secteur était considéré par beaucoup d’observateurs comme une faiblesse avant le processus pré-draft, Tatum a impressionné le staff sur ce point lors de son workout avant de totalement justifier cette confiance placée en lui par le staff dès le début de la saison, s’affichant momentanément comme le plus adroit de la ligue dans cet exercice et vivant même au-dessus des 50% (!) de réussite jusqu’à la fin du mois de décembre.

La vraie question qui a accompagné sa saison, celle qui l’a empêché d’être vraiment dans la course au titre de Rookie of the year est sa faible utilisation de la balle et sa capacité à rester aussi efficace avec un plus gros volume. Mais au fur et à mesure de la saison et des blessures, son rôle a augmenté et on a pu avoir un début de réponse. Si on trace pour tous les matchs (playoffs inclus) son True Shooting (son adresse en tenant compte de l’importance plus grande du tir à trois points) en fonction de son Usage% (qui indique quelle proportion de possessions il utilise par match), on remarque qu’il n’a pas tendance à être moins adroit quand il doit prendre plus de tirs. Au contraire, on voit que durant tous les matchs où il a été le plus actif (les points les plus à droite) son adresse a été plutôt bonne.

Ses playoffs :

Dans une post-saison riche en surprises, Taco Jay s’est sans conteste affirmé comme la meilleure d’entre elles d’un point de vue individuel. 18,5 points de moyenne à 47,1% de réussite en 35,9 minutes par match, et dix matchs sur 19 avec au moins 20 points. Comme en témoignent son dunk très culotté sur LeBron James et ses 24 points (team-high) lors du dernier match couperet, Tatum était bien engagé durant ses premiers playoffs et a clairement montré qu’il faudrait compter sur lui à l’avenir.

La suite :

L’avenir, justement, s’annonce radieux pour le joueur. Après avoir passé une partie de l’été dernier à s’entraîner sur son tir extérieur (250 paniers tirés par jour), il a déjà reçu des consignes de la part du coaching staff pour l’été à venir. De notre côté, pas grand-chose à lui demander : travailler un peu à muscler davantage ses jambes afin d’encore mieux tenir sa position en défense et mieux la prendre en attaque, et développer sa palette de tirs extérieurs. Trois tirs primés par match, ça semble déjà bien trop peu au vu de sa gestuelle, et Tatum doit apprendre à punir chaque espace laissé par son vis-à-vis, notamment sur les pick and roll.

D’un point de vue collectif, si l’on ne se risquera plus jamais à parler de joueurs intransférables à Boston, Tatum est sans aucun doute parmi ceux qui se rapprochent le plus de ce statut. En raison de son jeune âge qui correspond bien aux perspectives offertes par le meilleur joueur actuel de l’équipe, du potentiel de sa production couplé au montant de son contrat rookie, il faudrait vraiment une opportunité unique pour que le front office décide de s’en séparer. Le chemin est encore long, mais il semble avoir déjà toutes les bases d’un futur grand et pourrait bien devenir le meilleur joueur de l’équipe d’ici la fin de son contrat rookie.

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Jaylen Brown

Sa saison :

En raison de la blessure de Marcus Morris en début de saison puis celle de Gordon Hayward, Jaylen Brown a vu ses responsabilités augmenter de manière significative. Heureusement pour l’équipe, Brown est un bosseur et si ce qualificatif est souvent galvaudé, on a tout de suite pu voir la différence vis-à-vis de sa première saison NBA.

Titulaire à chacun des 70 matchs qu’il a joués, il s’est affirmé d’entrée de jeu comme une menace crédible et surtout régulière aux tirs extérieurs, flirtant avec les 40% de réussite (39,5). On a également pu voir de temps à autre les bases d’un jeu sur pick and roll qui sera l’une des clés de son développement individuel s’il veut franchir un palier supplémentaire. Enfin, ne vous fiez pas à ses pourcentages de réussite aux lancers qui sont globalement en baisse par rapport à sa saison rookie (64,4 contre 68,5), Brown a montré des progrès dans son approche de l’exercice en deuxième partie de saison, avec notamment un 79,4% de réussite après le All-Star Break.

Au global, son temps de jeu a quasiment doublé, passant de 17,2 à 30,7 minutes de moyenne, et sa production aussi, comme en témoignent ses 14,5 points par match (contre 6,6 après sa première saison). Pour savoir si ses progrès statistiques sont seulement dus à l’augmentation de ses minutes, on compare sa production ramenée à un temps de jeu équivalent (36 minutes) entre sa saison de rookie et cette saison. On voit qu’il a soit maintenu sa production (ce qui est déjà très positif) soit l’a même augmentée, notamment en terme de points.

Une saison incontestablement réussie, donc, et qui donne envie de voir la suite.

Ses playoffs :

Malgré une rechute globale aux lancers francs et un très vilain 3/12 à 3P lors du Game 7 contre Cleveland, Brown a livré d’excellents playoffs compte tenu des attentes et de la blessure aux ischio-jambiers qui l’a gêné. Avec 18 points de moyenne, c’était ainsi le deuxième meilleur marqueur de l’équipe à un demi-point de retard seulement sur Jayson Tatum. Il termine avec huit matchs sur 18 au-dessus des 20 points et aura confirmé dans ces playoffs tout le bien que pense le staff de lui.

La suite :

Sans conteste l’un des piliers de l’équipe en l’absence d’Hayward puis celle d’Irving, il a démontré qu’il méritait d’être cité parmi les pièces essentielles du groupe dans les saisons à venir. Toutefois, les avis divergent sur sa réelle valeur et d’aucuns se demandent si son futur s’inscrira à Boston. Cela dépend bien évidemment des possibilités d’amélioration sur le marché des transferts, mais nous tendons à affirmer qu’il restera en vert au moins dans le futur à moyen terme car les équipes recherchent toutes des joueurs possédant les capacités de Brown.

En effet, même s’il reste encore très brut dans le maniement du ballon, on parle quand même d’un ailier qui à 21 ans seulement a déjà montré des progrès importants depuis qu’il a été drafté en troisième position il y a deux ans. De plus, sa défense et ses progrès globaux (encore une fois, que l’on peut directement attribuer à son éthique de travail) sont une des plus grosses raisons du succès de l’équipe en saison et post-saison, ce qui pèsera forcément dans la balance.

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Marcus Morris

Sa saison :

Après avoir raté le training camp à cause d’un procès, puis les huit premiers matchs de la saison en raison d’une blessure au genou, on pouvait s’attendre à une saison, disons… clivante, d’autant que le joueur en lui-même et son jeu divisent tout autant. Au final, on a assisté à pas mal de matchs frustrants, particulièrement au début, lorsque le jeu de l’ailier allait à contre-courant de ce qu’essayaient de mettre en place ses coéquipiers, mais aussi de bons passages une fois qu’il s’était un peu mieux adapté. Du côté de la défense, peu d’éclairs de brillance en dépit d’une réputation correcte.

Morris n’aime pas sortir du banc et ne s’en est pas caché, mais il a dû composer avec les envies de Stevens sur ce plan et aura seulement démarré 21 de ses 54 matchs joués (38,8%) après deux saisons pleines à Detroit. Au vu de sa réputation, ça aurait certainement pu être un problème mais il a eu l’intelligence de faire passer cette contrariété au second plan pour le bien du collectif.

On se souviendra notamment de sa fin de saison, avec 16,2 points de moyenne après le All-Star Break. Durant les 19 matchs qu’il a disputés sur cette période, Morris n’a scoré en-dessous des dix points qu’à quatre reprises et a établi un record personnel en alignant quatre matchs d’affilée au-dessus de la barre des 20 points. On retiendra également une pointe à 31 points et une autre à 30. On retiendra aussi sa mythique tape sur les fesses d’un arbitre qui venait de l’exclure. Au global, c’est une saison dans la moyenne en ce qui le concerne, avec 13,6 points par match, mais tout de même l’une de ses meilleures aux tirs primés avec 36,8% de réussite.

Ses playoffs :

Du haut de ses 28 ans, c’était la deuxième campagne seulement pour Morris qui n’avait d’ailleurs pas connu la moindre victoire lors de sa première expérience en playoffs. Malheureusement, à part quatre matchs au-dessus des 50% de réussite et une bonne défense sur LeBron James durant un match, on n’aura pas vu grand-chose de réellement satisfaisant.

La suite :

Sous contrat l’an prochain (5,3 millions), son rôle s’annonce a priori réduit avec l’émergence de Tatum, Brown, et surtout le retour d’Hayward qui devrait rebattre les cartes dans le starting five. Si Morris se satisfait du peu de minutes qu’il pourrait avoir et qu’il se cantonne à un jeu épuré, il aura sans doute sa place, mais il se peut aussi que Boston décide de s’en séparer cet été ou à la trade deadline de févier si une équipe en plein playoff push lui accorde une quelconque valeur. Les développements d’Ojeleye et de Yabusele seront également des facteurs, ainsi que la présence ou non d’un électron libre comme Rozier.

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Semi Ojeleye

Sa saison :

Arrivé avec l’étiquette de potentiel 3-and-D, Ojeleye a principalement été en concurrence avec Guerschon Yabusele cette saison mais ne s’est pas réellement démarqué. En défense, on a vu des choses correctes qui lui ont permis de disputer 15,8 minutes de moyenne sur 73 matchs, mais de l’autre côté du terrain, on a tout de suite pu voir quel serait a priori son plafond et surtout peu vu de tentatives à trois points converties (32%).

Ses playoffs :

Bien que Semi n’ait pas réussi à se faire un vrai trou dans la rotation lors de la SR, Stevens n’a pas hésité à le lancer dans le grand bain lors des playoffs (17 matchs disputés sur 19 dont 3 comme titulaire), notamment pour défendre sur Giannis Antetokounmpo durant la série face aux Bucks. Le pari s’est avéré payant tant le Grec semblait gêné et parfois même frustré sur ce matchup.

La suite :

Selon la classification intérieur/ailier/arrière de Brad, Ojeleye se situe incontestablement dans les deux premières catégories. Sa défense est déjà globalement à un bon niveau et son potentiel maximum reste donc le même qu’au moment de sa draft, à savoir un élément de rotation, spécialiste défensif capable de rentrer ses tirs ouverts. S’il parvient à gagner en consistance derrière l’arc, son rôle devrait logiquement se stabiliser. Il est sous contrat garanti l’an prochain et l’équipe dispose de deux autres années en team option qui pourraient être utiles à la fois dans la quête d’un titre et dans la gestion des finances.

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Abdel Nader

Sa saison :

Pas grand-chose à se mettre sous la dent de la part d’un joueur dont on n’attendait pas nécessairement mieux malgré un trophée de rookie de l’année en G League. Derrière des pépites comme Tatum ou Brown, des joueurs établis comme Morris, il y avait peu de miettes à ramasser mais, contrairement à Ojeleye, Nader n’a pas montré de qualités suffisamment affirmées pour prétendre à un rôle. Au final, il dispute 48 matchs (dont un comme starter) et n’en aurait très probablement pas disputé autant sans la cascade de blessures dont ont souffert les Celtics.

Ses playoffs :

Rien de plus intéressant en playoffs où il aura autant servi de Gino Time humain que de drapeau blanc.

La suite :

Drafté en 58e position en 2016, Nader part de loin et, à déjà 24 ans, n’a pas réellement de potentiel (ni même le mystère dont bénéficie Yabusele) à vendre aux dirigeants. Les Celtics ont annoncé il y a quelques jours qu’il venait d’être opéré du poignet suite à une fracture subie lors de ses années lycée qui apparemment le gênait. Cette opération l’empêchera de jouer au basket pour deux à trois mois, ce qui signifie qu’il ne pourra même pas aller défendre ses chances en Summer Leagues cet été.

Son contrat de l’an prochain n’est garanti qu’à hauteur de 450 000 dollars sur 1,3 et comme les salaires non-garantis ne comptent plus dans la balance des transferts, Nader devrait a priori être coupé cet été. À moins qu’une équipe ne manifeste un quelconque intérêt, auquel cas Danny Ainge pourrait négocier quelque chose comme un second tour protégé, l’avenir immédiat NBA de Nader semble compromis et son futur passe par l’Europe… ou la G League s’il s’accroche à ses ambitions de jouer dans la grande ligue.

Article rédigé par Léo Hurlin et Hugo Geindre

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