Bilan individuel de la saison 2017-18 : les intérieurs

Pour conclure cette saison 2017-18, nous vous avons rédigé un bilan individuel de chaque joueur. Pour cet exercice, plutôt que de nous référer aux traditionnels postes 1, 2, 3, 4 et 5, nous avons appris notre leçon auprès de Brad Stevens et parlerons donc d’arrières, d’ailiers et d’intérieurs.

Après les premières et deuxièmes parties, voici le troisième et dernier volet de notre bilan individuel avec les intérieurs : Al Horford, Aron Baynes, Daniel Theis, Greg Monroe et Guerschon Yabusele.

Al Horford

Sa saison :

C’est un Horford plus incisif et dynamique que jamais qu’il nous a été donné d’apprécier cette saison. Si on peut observer une légère baisse statistique au niveau des points, des passes décisives et des contres notamment qui ne manquera pas de faire gaspiller de la salive aux moins avisés, on ne pourra toutefois que constater son importance dans le jeu de l’équipe.

Certainement mieux adapté que l’an dernier au sein du système Stevens, il affiche cette saison un Net Rating (différence entre points inscrits et concédés sur 100 possessions) de +7,1, soit sa deuxième meilleure évaluation en carrière (après une marque de +5 l’an dernier). Son DefRtg a notamment baissé de 4,7 points pour se retrouver à 101,1, ce qui fait écho aux 101,5 de l’ensemble du collectif. C’est simple, à défaut de figurer parmi les finalistes pour le trophée de défenseur de l’année, Horford n’aurait clairement pas démérité parmi les All-Defensive Teams.

Offensivement, son apport est toujours difficile à quantifier par les statistiques. On a cependant essayé sur le graphique ci-dessous en représentant pour chaque match de la saison (un point = un match, saison régulière seulement) l’offensive rating des Celtics en fonction du pourcentage de passes décisives délivrées par Horford par rapport au total de l’équipe. Il semble y avoir une bonne corrélation entre ces deux données : plus Al se place en plaque tournante, et plus il fait tourner le jeu collectif de l’équipe en distribuant le ballon à ses coéquipiers, plus les Celtics sont efficaces offensivement.

D’un point de vue plus individuel d’ailleurs, il a remarquablement augmenté son taux de réussite à 3P de 7,4% pour tourner à un excellent 42,9% de réussite. Son pourcentage de rebonds captés est en augmentation d’un point (12,8), bien qu’il reste largement en-deçà de ses meilleures années à Atlanta (à une époque où le jeu était moins rapide et dans un système différent de celui de Stevens). C’était en tout cas une impression visuelle très positive. À noter qu’il a échoué à une ou deux unités du triple-double à quatre reprises, mais qu’il s’en moque totalement et c’est tant mieux.

Globalement, on a beaucoup apprécié sa relation avec Kyrie Irving, dont l’adaptation a dû être facilitée par l’altruisme du premier, mais aussi avec Baynes et Daniel Theis. Horford a cimenté son statut de joueur si particulier, incompris parfois, mais précieux à cet effectif, véritable clé de voûte du jeu qu’il pratique à la manière d’un Kevin Garnett en son temps.

Ses playoffs :

Quelques matchs où il a joué une présence rassurante, comme lors du tout premier des playoffs contre les Bucks où il signe un 13/14 pour mener les siens vers la victoire. Quelques matchs dominants en attaque, comme lors du Game 7 de cette même série où il ne laisse aucune chance à Milwaukee avec ses 26 points à 13/17. Quelques matchs dominants en défense, surtout face à Joel Embiid qu’il a su parfaitement jouer et frustrer tout au long de la série face aux Sixers.

Après quatorze premiers matchs en double figures (17/19 au total), il a connu des passages un peu plus compliqués lorsqu’il s’est retrouvé face à Tristan Thompson lors du duel avec Cleveland. Deux matchs en-dessous des dix points, donc, dont un dans une débâcle collective si grande qu’on ne lui en tiendra certainement pas rigueur.

La suite :

Horford brille dans l’ombre, lorsqu’il sublime ses coéquipiers, et sa présence l’an prochain sera donc certainement toujours aussi importante à la réussite du groupe. Mais l’émergence de Brown et de Tatum ainsi que le retour d’Hayward nous forcent à nous poser des questions sur le futur cinq de départ. Horford pourrait selon nous glisser sans problème vers un rôle en sortie de banc, ce qui poserait certes des problèmes défensifs tant il tient les meubles mais permettrait de l’économiser.

En effet, s’il est évident que le dominicain est meilleur au poste de pivot, où Stevens l’aligne davantage en playoffs (65% du temps contre 57% en saison régulière cette année), est-ce nécessaire de le faire considérablement jouer à ce poste – plus usant – durant l’intégralité de la saison alors qu’il vient de fêter ses 32 ans et que Stevens a déjà entrepris de gérer avec attention son temps de jeu ?

C’est une question sur laquelle il faudra se pencher, tout comme celle de son remplacement à terme. Car Horford est unique : tous les joueurs capables de faire ce qu’il fait sont précieux, pratiquement intouchables dans leurs équipes respectives, et Stevens n’a démontré aucune envie de jouer avec un intérieur au profil plus traditionnel.

D’un point de vue contractuel, Horford détient une player option à l’été 2019 (tout comme Irving) d’un montant de 30 millions de dollars qui, s’il l’active, n’arrangera rien à la situation financière de l’équipe. C’est pourquoi son futur sera l’une des grosses questions en sous-marin de cet été.

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Aron Baynes

Sa saison :

Plus grosse moyenne de temps de jeu en carrière pour l’Australien, avec 18,3 minutes par match. Mais, si son précédent record en la matière était de 16 minutes par match, c’est surtout en termes de matchs démarrés qu’il a fait exploser les compteurs, étant dans le cinq de départ pour 67 des 81 matchs qu’il a joués alors qu’il ne s’était jamais retrouvé dans cette position plus de 24,2% du temps d’une saison jusqu’alors.

Malgré un temps de jeu et un statut relativement fluctuants (comme souvent avec Stevens vis-à-vis des big men afin de s’adapter au mieux au jeu de chaque adversaire), Baynes sort sûrement la saison la plus décisive de sa carrière. Au menu, pourtant, la recette n’a rien pour surprendre : défense, écrans, rebond, box out… mais en couplant le tout à une bonne mobilité pour son gabarit, sa présence a apporté une solidité au poste 5 que l’on avait pas vue depuis longtemps à Boston. Cerise sur le gâteau, sa mentalité a été exemplaire.

Ses playoffs :

Alors qu’on pouvait lui prédire moins d’importance dans le jeu une fois arrivé en post-saison, il a tout de même joué 20,5 minutes par match mais Stevens l’a logiquement parfois écarté de son cinq (12 matchs démarrés sur 19, soit 63,1%) au profit d’un Al Horford tout simplement meilleur au poste de pivot. Notons qu’il a tout de même commencé à développer un début de corner three (59,8% de réussite) qui pourrait avoir son petit effet s’il parvient à le tirer avec plus de régularité tant la trajectoire de ce tir semble parfois aléatoire.

La suite :

À 31 ans, il est clairement dans ses meilleures années et son importance n’a certainement jamais été aussi tangible que chez les Celtics. Auteur d’un calcul financier raté l’été dernier lorsqu’il a décliné une player option de 6,5 millions de dollars pour quitter Detroit avant de signer à Boston pour seulement 4,3 millions, il sera à nouveau libre cet été. Malgré le marché toujours aussi pauvre, il pourrait bien avoir retrouvé un peu la cote. Cependant, à moins qu’une équipe ne décèle chez lui un potentiel beaucoup plus important à 3P, il devrait à nouveau se contenter d’un contrat raisonnable, et si l’équipe souhaite le faire revenir, ça devrait donc pouvoir être possible car il a montré qu’il n’était pas guidé par l’appât du gain. On se méfiera tout de même par exemple des Bucks, dont les fans semblent déjà en avoir fait une cible. En espérant que le joueur ait autant apprécié son passage à Boston que nous…

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Daniel Theis

Sa saison :

En juin dernier, l’annonce imminente de sa signature avait fuité sur les réseaux sociaux et le timing semblait surprenant pour un joueur dont peu avaient entendu parler malgré un palmarès de triple champion, quadruple All-Star et défenseur de l’année (entre autres) en Allemagne. Ici, on ne lui avait rien prédit de plus qu’une place en bout de banc, mais Theis nous a remarquablement surpris en s’affirmant comme un big man très mobile, vertical, polyvalent et efficace en défense. Il est également arrivé avec un taux de réussite solide derrière l’arc mais a eu un peu plus de mal à s’adapter sur ce plan en NBA (31%). Il n’aura donc pas à rougir de sa première saison, écourtée par une déchirure du ménisque et durant laquelle il aura joué 63 matchs (14,9 minutes de moyenne), étant même propulsé titulaire en trois occasions.

La suite :

Theis s’est bien entendu fait opérer du ménisque, qui a été recousu par les médecins en raison de son âge relativement jeune (26 ans) et de son poste. Ainsi, il devrait pouvoir pleinement récupérer, à l’opposé d’une ablation qui permet de revenir plus vite mais qui peut s’avérer délicate sur le long terme. Ça tombe bien car le joueur est sous contrat l’an prochain (non-garanti). Utile et peu coûteux, Theis devrait donc être reconduit par le front office. S’il confirme l’apport qu’il a montré et qu’il augmente un peu son rendement à 3P, Theis devrait réussir à faire son trou en NBA et contribuer à la quête du titre chez les Celtics avant de normalement devenir RFA à l’été 2020.

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Greg Monroe

Sa saison :

Recruté début février, après un buyout négocié avec les Suns, grâce à l’enveloppe fournie par la ligue pour pallier la blessure d’Hayward, on attendait peu de Monroe en raison de son profil, si ce n’est qu’il contribue à fluidifier le jeu en sortie de banc par sa qualité de passe. Finalement, à part un triple-double en sortie de banc contre les Bulls et quelques points enchaînés par-ci par-là, on n’aura pas eu de surprise de ce côté.

Ses playoffs :

En playoffs, le constat est encore plus sévère : inutilisé la plupart du temps, Monroe n’aura même pas pu peser dans la balance face au faible secteur intérieur des Bucks (chez qui il doit pourtant manquer), la faute à son profil devenu archaïque en attaque, sa défense tout bonnement mauvaise et surtout sa lenteur rédhibitoire au sein du jeu des Celtics.

La suite :

Ce court passage, mariage de raison bien plus que de cœur, sera très certainement sans suite et Monroe devra espérer que son expérience aux Bucks sera davantage retenue par les GM des autres équipes pour retrouver un rôle significatif en NBA.

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Guerschon Yabusele

Sa saison :

Contrairement aux précédentes saisons, durant lesquelles le coaching staff expérimentait davantage et où l’on aurait pu éventuellement s’attendre à voir Yabusele testé dans la rotation, ça n’a été que peu le cas. Rien de bien transcendant sur le terrain où l’on a globalement eu peine à voir son potentiel. Parfois totalement perdu et hésitant en première partie de saison, il a su montrer plus d’assurance au fil des matchs (bien que peu souvent appelé), comme par exemple en mars contre les Wizards où il délivre cinq assists en 18 minutes de jeu, et plus globalement dans son agressivité, même s’il y a encore beaucoup de progrès à faire. Élu palme d’or du coéquipier le plus enthousiaste et encourageant sur le banc, il a eu droit à quatre titularisations sur les 33 matchs qu’il a disputés. Quelqu’un a comptabilisé son ratio paniers inscrits/dabs ? Nous n’avons pas trouvé l’info.

Ses playoffs :

Utilisé de manière sporadique (quatre minutes de moyenne) sur douze matchs par Stevens d’abord pour le familiariser puis pour tenter un coup tout en reposant les cadres, Yabusele n’a pas eu le moindre impact, mais personne n’attendait de manière réaliste que ce soit le cas.

La suite :

Chez Stevens, c’est à l’entraînement que tout se passe et qu’on gagne ses minutes. Sans présager de son éthique de travail, la voie pour que Guerschon puisse poursuivre l’aventure en NBA est donc toute tracée : prendre conscience du rôle auquel il peut prétendre et tout donner à l’entraînement. Vu le monde qu’il y a à l’intérieur et sur l’aile, là où il peut prétendre à du temps de jeu, c’est en parvenant à rentrer ses paniers ouverts, à prendre soin du ballon lorsque le jeu passe par lui et à communiquer collectivement en défense qu’il aura sa chance.

Pour l’instant, il bénéficie encore du doute car européen et stashé un an avant d’arriver en NBA, mais il va déjà devoir afficher des progrès concrets dès septembre car son contrat est en team option au-delà de la prochaine saison et les places seront chères dans un effectif ambitieux.

Article rédigé par Léo Hurlin et illustré par Hugo Geindre

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