Danny Ainge : dix ans, un projet, cinq transferts

Depuis jeudi 9 mai, cela fait officiellement dix ans que Danny Ainge a été engagé comme General Manager des Boston Celtics.
Dix ans déjà. Il y a dix ans, Tom Brady et ses Patriots n’avaient encore remporté qu’un seul Super Bowl ensemble, tandis que David Ortiz n’avait réalisé qu’un seul home run avec les Red Sox. Il y a dix ans, Red Auerbach était encore des nôtres.

« Au nom de la famille que forment les Celtics, c’est une chance d’avoir pu embaucher cet homme, » avait déclaré Auerbach lors de l’intronisation de Danny Ainge. « Il fera du bon travail. Il est extrêmement talentueux, mais également chanceux. »

Seul Red pouvait se contenter d’employer le mot « chanceux » pour décrire une telle embauche tout en étant sérieux. Quoi qu’il en soit, dix ans plus tard, cette citation n’en reste pas moins particulière.

Outre sa simple existence, on peut faire le parallèle avec ce même mot qu’emploient les détracteurs de Ainge pour évoquer ses résultats avec Boston. La chance, ce facteur si aléatoire et pour laquelle on ne saurait féliciter quelqu’un, mais qui était une qualité pour Red au point de la mentionner pour justifier l’arrivée de Ainge.

C’était Red Auerbach, tout simplement. C’était le genre de choses qu’il disait et sur lesquelles il était sincère. Mais la chance, qu’elle soit un facteur sérieux ou aléatoire, ne peut suffire à expliquer ce qu’a fait Ainge pour Boston.

À l’heure où une reconstruction pourrait bel et bien se profiler chez les Celtics, et ce afin de mieux cerner l’approche employée par Danny Ainge, nous revenons sur cinq transferts qui ont posé les bases du dernier titre de Boston.

20 octobre 2003 : Boston transfère Antoine Walker et Tony Delk aux Dallas Mavericks, en échange de Raef LaFrentz, Chris Mills, Jiri Welsch et un premier tour de draft 2004 (Delonte West).

Ainge posa ses valises à Boston en mai 2003, alors que les Celtics affrontaient les Nets au second tour des playoffs. Dès le début, il fit savoir qu’il n’aimait pas l’état dans lequel l’équipe se trouvait.

« Si je suis ici, c’est parce que ce sont les Boston Celtics, » déclara-t-il juste avant le troisième match de la série. « Il y a ailleurs dans cette ligue des meilleurs effectifs, des équipes avec une marge salariale plus importante, bref, de meilleurs contextes. Mais ces équipes ne sont pas les Boston Celtics. »

Vous avez bien lu : Cette déclaration fut faite par Ainge en plein milieu d’une série de playoffs. Vous imaginez l’impact qu’aurait une telle phrase à un tel moment en 2013 ?

L’objectif de Ainge était clair. Il savait que les Celtics n’étaient pas suffisamment bons. Malgré deux apparences successives en playoffs et une autre à peine plus ancienne en finales de Conférence, il était convaincu que cet effectif ne pouvait pas viser le titre.

Et il avait raison.

Même si, après tant d’années de disette, l’équipe en place était sympathique à voir évoluer, elle n’arrivait pas à la cheville des Nets de Kidd ou des Pistons (qui furent sacrés champions l’année suivante), et encore moins à la cheville des titans de l’Ouest.

L’équipe naviguait entre deux eaux.

Ainge voyait Paul Pierce comme étant le seul joueur autour de qui il pourrait bâtir une vraie équipe. Il savait qu’il lui faudrait faire du ménage et bien drafter afin d’entourer Pierce de jeunes prometteurs pour ensuite les transférer contre des talents confirmés. Bien évidemment, cela ne s’est pas fait aussi rapidement qu’il l’aurait souhaité – et a même failli ne pas se faire – mais il fallait bien commencer avec quelqu’un, et ce fut Walker.

Moralité : comme le transfert de Perkins nous le rappellera, Ainge n’accorde pas plus d’importance que ça à la loyauté et se fiche de l’opinion des autres à ce sujet. S’il pense qu’un échange peut améliorer l’équipe, il le fera. Peu importe les noms impliqués dans ce transfert ou les réactions que celui-ci suscitera.

15 décembre 2003 : Boston transfère Tony Battie, Kedrick Brown et Eric Williams aux Cleveland Cavaliers en échange de Ricky Davis, Chris Mihm, Michael Stewart et un second tour de draft 2005 (Ryan Gomes).

Ainge conclut ce transfert alors que les Celtics étaient au cœur d’une série de cinq victoires d’affilée. Ceci confirma la volonté de Ainge de faire des Celtics non pas une équipe compétitive, mais une équipe de champions.

Ainge ne se contentait pas de voir que Boston jouait bien. Il savait que l’équipe ne jouerait jamais assez bien. Il continua donc à démanteler l’équipe, si bien que huit mois après sa prise de fonctions, seuls trois joueurs présents dans l’effectif à son arrivée évoluaient encore chez les Celtics : Pierce, Mark Blount et Walter McCarty.

Ce transfert entraîna également la démission de Jim O’Brien, le coach de l’époque. O’Brien savait ce que Ainge était en train de faire, mais ne voulait pas y prendre part. Il quitta son poste fin janvier 2004 et fut remplacé par John Carroll. L’été suivant, Boston avait posé les bases de son projet et pouvait se mettre en quête d’un coach de qualité.

Concernant l’approche de Ainge dans un plan de reconstruction, il était désormais clair que celui-ci n’était pas du genre à céder aux chants des sirènes en plein milieu de saison. Ainge sait de quoi ses équipes sont capables et s’y tient. Et si quelqu’un n’adhère pas, il le laissera partir avant de perdre de vue son cap.

19 février 2004 : Dans un échange entre trois équipes, Boston envoie Mike James aux Detroit Pistons et Chris Mills aux Atlanta Hawks ; les Hawks envoient Rasheed Wallace aux Pistons ; les Pistons envoient Zeljko Rebraca, Bob Sura et un premier tour de draft 2004 (Josh Smith) aux Hawks, et envoient Chucky Atkins, Lindsey Hunter et un premier tour de draft 2004 (Tony Allen) aux Celtics.

Ce qu’il faut retenir avant tout de ce transfert colossal, c’est que Ainge a plus ou moins permis aux Pistons de remporter le titre en leur facilitant l’acquisition de Wallace. En effet, Detroit n’aurait jamais pu avoir le Sheed si Boston n’avait pas accepté de prendre en charge les deux années de contrat restantes de Atkins. Mais pourquoi donc avoir fait cela ?

Ainge n’avait aucun problème quant à l’idée d’aider les Pistons, tout comme il se moquerait bien d’aider les Lakers, le Heat ou n’importe quel autre rival. Sa seule préoccupation consiste à rendre les Celtics meilleurs. Dans ce cas de figure, récupérer un premier tour de draft était une façon d’y parvenir.

26 janvier 2006 : Boston transfère Marcus Banks, Mark Blount, Ricky David, Justin Reed, un second tour de draft 2006 (Craig Smith) et un second tour de draft 2008 (Nikola Pekovic) aux Minnesota Timberwolves contre Dwayne Jones, Michael Olowokandi, Wally Szczerbiak et un premier tour de draft 2009 (Jonny Flynn).

Dans ce plan de reconstruction, l’erreur principale de Ainge fut de prolonger Mark Blount pour un montant de 40 millions de dollars sur six ans à l’été 2004. À travers cet échange, Ainge fit tout son possible pour la corriger. C’est intéressant, car il n’y a pas pire GM que celui qui se montre incapable d’admettre son erreur.

Financièrement, bien que Ainge se soit compliqué la tâche tout seul avec Mark Blount, Boston n’aurait jamais pu atteindre son objectif sans se débarrasser du joueur. Ainsi, Ainge dut consentir à faire venir un joueur surpayé et désagréable en la personne de Szczerbiak, mais un joueur toujours plus talentueux que Blount.

28 juin 2007 : Boston transfère Jeff Green, Wally Szczerbiak, Delonte West et un second tour de draft 2008 (Trent Plaisted) aux Seattle SuperSonics contre Ray Allen et Glen Davis

PUIS

31 juillet 2007 : Boston transfère Ryan Gomes, Gerald Green, Al Jefferson, Theo Ratliff Sebastian Telfair, deux premiers tours de draft 2009 (Wayne Ellington et Jonny Flynn) aux Minnesota Timberwolves contre Kevin Garnett.

À l’été 2007 et après que Ainge ait réussi à dégraisser l’équipe l’année précédente, seul un joueur de l’effectif de 2003 subsiste : Pierce. L’été précédent, Boston le resigne et prouve sa volonté de reconstruire autour de lui.

Et même si les trois saisons précédentes furent dures à digérer pour tout fan, incluant notamment un retour d’Antoine Walker et l’une des pires séries de défaites de l’histoire de la NBA, les Celtics se retrouvèrent alors exactement là où Ainge avait voulu les mener en arrivant.

La clé de voûte des Celtics, Pierce, était donc toujours présente, plus mûre et prête à se frotter au niveau supérieur.

Sauf qu’il n’était plus entouré de vieux joueurs dépassés ni de jeunes trop tendres. Non, les Celtics, sous la houlette de Ainge, avaient réussi à entourer Pierce de Al Jefferson, Rajon Rondo, Kendrick Perkins, Tony Allen, Delonte West, Gerald Green (qui, à l’époque, valait quelque chose), Ryan Gomes, un pick dans le top 5 de la draft et le contrat expirant de Theo Ratliff.

Il est clair que la draft a joué un rôle clé, tout comme il est vrai que Ainge a moins bien drafté récemment et qu’il lui faudra un autre soupçon de chance pour faciliter son prochain plan de reconstruction. Après tout, Ainge a réussi à obtenir Al Jefferson, Tony Allen et Delonte West en 2004, sans qu’aucun n’ait été choisi dans le top 14 de la draft. Il a également sélectionné Gomes (qui aura été essentiel pour faire venir Garnett) au second tour de la draft 2005, et a su être malin pour aller fouiner chez les Suns afin de pouvoir drafter Rondo en fin de premier tour de la draft 2006.

Et bien que Gerald Green ne soit jamais devenu un excellent joueur NBA, son profil était assez séduisant pour un 18e choix. Suffisamment pour amadouer les Timberwolves.

Au final, Ainge aura persévéré contre vents et marées durant ces quatre années, une persévérance cruciale pour permettre à Boston d’atteindre l’objectif suprême de toute équipe NBA.

À l’heure de reconstruire un groupe capable de viser à nouveau le titre, nous serons bientôt fixés sur le projet de Ainge pour rebâtir de l’équipe. Que lui faudra-t-il, outre de la chance ?

Traduction de l’article de CSNNE « Five Trades From 10 Years With Ainge » par Léo Hurlin, relecture par Elian Kuhn et Louis Jullien

3 Comments

  1. Antoine Cartiser

    17 mai 2013 at 19 h 54 min

    Pour ma part il faut batir l'equipe autour de Jeff Green, un mec qui score autant cela ne se voit pas tout les jours

    • Matthieu Pauma

      17 mai 2013 at 23 h 02 min

      Rondo,jeff green ET Sullinger sont absolument à garder. Bradley reste un super role player et un défenseur hors pair. pour le reste faire des trades pour récupérer des 1er tours de draft et/ou des joueur plein d'avenir qui sont sous médiatisé ( E.gordon, Horford, par exemple) qui sont bien sur accecibles.

  2. Jérôme

    17 mai 2013 at 21 h 58 min

    "Il savait qu’il lui faudrait faire du ménage et bien drafter afin d’entourer Pierce de jeunes prometteurs pour ensuite les transférer contre des talents confirmés."

    J'ai le sentiment que c'est une façon d'enjoliver un peu l'histoire. C'est effectivement ce qui s'est passé, mais à l'époque, il y avait une gêne à lâcher Al Jefferson. C'était même plutot une volonté de Pierce, qui avait mis une grosse pression sur ses dirigeants pour améliorer l'équipe.

    Il avait beau recruter Garnett et Allen, je me rappelle qu'il y avait encore des doutes, sur le fait qu'ils étaient mal entourrés (Rondo n'avait pas son volume actuel, Perkins ne faisait pas rêver, ils avaient recruter des gars comme House ou Pollard pour garnir le banc…) et que donc, au final, ça ne fonctionnerait pas.

    Pour en revenir aux choix de draft, ils n'ont jamais été faramineux, les Allen, West, Perkins, Jefferson, Green n'ont jamais brillé sur la durée. Ce socle, c'était l'avenir, soit disant. Je ne suis pas fan de ces politiques d'avenir, où les défaites d'un jour doivent amener des victoires le lendemain, et ce socle n'aurait jamais permis de gagner le titre. Le trade était inévitable et bien géré. Quand on gagne le titre, on a forcément raison.

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