Brad Stevens : bilan, espoirs et projections

Jeudi dernier, Gary Dzen de Boston.com a eu l’occasion de discuter avec Brad Stevens sur la saison qui vient de finir, et d’évoquer la saison prochaine qui commencera avec la draft.

Quels étaient vos objectifs pour la saison ? Les avez-vous atteints ?

Au cours de ma carrière, je n’ai jamais atteint les objectifs que je m’étais fixé. Je pense qu’avec le recul, il est toujours possible d’identifier ses erreurs et se dire qu’on aurait pu gagner chaque rencontre. Si je repense à tous ces matchs qu’on aurait pu gagner et qui nous ont échappés, je sais qu’il y a des choses que j’aurais pu mieux faire. Tout ça, tout ce qui n’a pas été parfait, je me dis que je peux me pencher dessus pour que l’on soit prêts au 30 septembre prochain. En tant que coach, j’essaie bien entendu que nos matchs soient parfaits. Ce n’est pas forcément possible, mais c’est comme ça que je pense que l’on doit fonctionner lorsqu’on est entraîneur.

Je sais que l’on a décrit cette saison comme une saison de reconstruction. Ça n’a jamais été mon cas. Quand j’avais le nez dedans, la seule chose que je me disais, c’était ‘Il faut que l’on gagne le prochain. Comment faire ?’ et je pense que nous n’avons pas assez procédé ainsi. J’en suis déçu.

Vous savez ce qui se dit sur certaines équipes, surtout à l’Est, comme quoi elles ont volontairement sabordé leur saison afin d’obtenir une bonne position à la lottery ?

Bien sûr que oui. Mais nous autres, les coachs, on ne peut pas se laisser distraire par tout ça. Quand on réunit l’équipe, c’est pour discuter de tous les détails qui peuvent nous rendre meilleurs. Alors bien sûr, ça jase, mais on ne doit pas se déconcentrer pour autant. Et c’est quelque chose dont je suis vraiment fier cette année : on n’a jamais baissé les bras d’un jour à l’autre. J’espère que mes assistants et mes joueurs le ressentent comme ça. On s’est préparés de notre mieux avant chaque match. On n’a tout simplement pas été aussi bons qu’on l’aurait voulu, mais on ne s’est jamais caché derrière l’excuse de la reconstruction. Les médias en parlent, c’est leur boulot, je n’ai aucun problème avec ça. Mais nous, on ne peut pas se permettre de justifier nos résultats comme ça.

À quel point serez-vous impliqué lors de la draft ?

Je ne sais pas. Je pense que la décision reviendra à Danny et aux propriétaires. On m’a dit que je serai pas mal impliqué également. Je ne sais pas exactement ce que cela signifie concrètement, mais une chose est sûre : je donnerai mon avis. Je n’hésiterai pas à partager mes opinions.

(Je l’interromps pour évoquer le fait qu’il a déjà vu jouer pas mal des joueurs candidats à la draft.)

Et j’en sais beaucoup sur eux ! Mais on n’en a pas encore parlé tant que ça. La plupart des discussions qu’on a eu dernièrement n’étaient que sur l’équipe en elle-même et nos joueurs actuels. Et honnêtement, ce sont les seules choses que j’avais en tête. Bien sûr, le tournoi final de la NCAA est impossible à ignorer, mais au cours de l’année, je n’avais pas le temps de me pencher sur les universitaires. Mais au final, on est bien préparé. Nos équipes ont été voir beaucoup de matchs. J’ai mon avis sur la plupart des joueurs qui vont se présenter. Et puis, on a deux picks dans le top 18, c’est bien ça ? On aura de bons joueurs, avec ça. Ils s’intègreront bien dans l’équipe.

Qu’est-ce qui vous a demandé le plus de temps pour vous adapter ? La ville de Boston vous  a-t-elle séduite ?

La vie au rythme de la NBA, c’est quelque chose. Avant d’intégrer la ligue, je ne me rendais pas compte à quel point le calendrier pouvait être épuisant. 82 matchs, ce n’est pas rien. C’est dur, ne serait-ce que physiquement pour les joueurs. Et c’est dur de trouver la force mentale pour rebondir sur une défaite, match après match et après match… Et pourtant, c’est le quotidien de chaque équipe. Il y a des équipes qui étaient bonnes sur le papier mais qui se sont effondrées. C’est éprouvant, même si on ne le montre pas tous les jours. Mais sinon, on a adoré Boston. Ce qui nous a frappé en premier, c’est la solidarité, le soutien qui règne dans cette ville. La fierté, aussi. L’impact du sport à cet égard. Ça semble vraiment réunir tout le monde ici. La preuve, on l’a encore eue récemment avec la commémoration des attentats de l’an dernier au Marathon de Boston. L’élan de solidarité qui s’est développé ici nous a épatés. Vous voyez, chez moi, on est tous mordus de sport. Avant d’arriver ici, je n’avais jamais regardé jouer les Red Sox et désormais, c’est tous les soirs. Avant de poser mes valises à Boston, j’avais déjà entendu beaucoup de bonnes choses sur cette ville. Je savais qu’il y a une culture de la gagne ici. Et ce que j’en ai vu m’a époustouflé. Je me souviens des fins de matchs contre Chicago et Charlotte, le TD Garden était en feu. Et du coup, j’ai pu me rendre dans toutes les salles NBA et ce n’est vraiment pas comparable. C’est bien simple, les quelques équipes qui bénéficient d’une telle ferveur sont aux sommets de la ligue. Donc oui, c’est vraiment quelque chose de particulier.

La semaine dernière, Danny [Ainge] a annoncé que la prochaine saison pourrait être la meilleure de Rondo. Qu’en pensez-vous ? 

Oui c’est possible. Deux paramètres vont dans son sens. Il n’a joué qu’une petite trentaine de matchs cette année, donc il devrait ne être trop usé. Il va pouvoir travailler cet été en étant plutôt en forme. De plus, il va être surmotivé. Les résultats n’ont pas été en notre faveur cette année, et c’est quelqu’un de très critique envers lui-même. Si on combine ces deux aspects, ça peut faire un mélange détonnant chez un joueur de son niveau. On pourrait vraiment en bénéficier l’année prochaine.

Ça vous fait quoi de coacher des athlètes professionnels ? À Butler, vos joueurs sortaient du lycée, donc j’imagine que c’est plus agréable de travailler avec des joueurs prêts pour le haut niveau comme peut l’être Jared [Sullinger] ?

Plus c’est le cas, et mieux c’est, bien sûr. C’est évidemment ce qu’on souhaite en tant que coach. Mais chaque dirigeant fait des choix en jaugeant du potentiel à court et à long terme de chaque joueur. J’aimerais que la NBA fasse comme au baseball, en offrant deux options : soit le prospect rejoint la ligue à sa sortie de lycée, soit on l’oblige à passer deux ans par la case universitaire.

Malgré toutes ces défaites, vous n’avez pas connu de troubles internes avec des sorties dans les médias. Comment l’expliquez-vous ?

C’était primordial. D’autant plus quand on perd des matchs de très peu. Il est toujours facile de pointer du doigt une erreur défensive, un système mal choisi ou une mauvaise application des consignes. C’est d’autant plus compliqué quand les défaites s’enchaînent, et avec des joueurs habitués à gagner. Beaucoup ont eu du succès en NCAA, d’autres l’ont déjà connu en NBA, donc je suis heureux de voir que toutes les frustrations sont restées en interne. On évoque sans arrêt ce que c’est d’être une équipe, que chacun doit être responsable, et s’aider les uns les autres à la fois sur et en dehors du terrain. Ce sont des paramètres importants. On a réussi à bien gérer ça cette année.

À aucun moment cela n’est devenu critique ?

Bien sûr que parfois, on s’en rapproche. La tension monte chez les joueurs, que ce soit avec moi, un assistant ou bien entre eux. Mais au final, nous avons eu très peu de moments chauds et aucun n’a duré très longtemps. Toutes les équipes rencontrent ce genre de situations, et ce qui compte vraiment, c’est surtout comment on les gère. Il ne faut pas laisser des petits riens devenir des montagnes. Et c’est ce qu’on a réussi à éviter. C’est pourquoi, après chaque défaite, on revenait le match suivant en se donnant toujours une chance de l’emporter. On ne s’est jamais désunis.

Mais par exemple, que s’est-il passé plus tôt dans la saison avec Keith [Bogans], et comment avez-vous géré la situation ?

Il ne jouait pas beaucoup, et donc il a décidé – enfin, nous avons décidé – que s’il voulait rentrer chez lui pour y passer du temps, nous ne nous y opposerions pas. On sait tous que Keith est un bon joueur, et qu’il a toujours trouvé le moyen de réussir dans cette ligue car il a un vrai esprit d’équipe et qu’il a toujours compris le rôle qu’il devait jouer. Mais parfois, un joueur n’a pas le rôle qu’il pensait avoir en début de saison. A mes yeux, il n’y a aucune raison qu’il ne réussisse pas de nouveau quelque part en NBA.

Que changerez-vous la saison prochaine ?

Beaucoup de choses. Je dois être beaucoup plus vigilant sur les petits détails, aussi bien en attaque qu’en défense. Quand on a commencé le camp d’entraînement, j’ai dû prendre le pouls de plein de choses nouvelles pour moi. Maintenant, on n’est plus en période de transition, et à mon sens l’équipe doit se concentrer sur ces détails qui font la différence. Plus la marge d’erreur est faible, plus ces détails comptent et si on n’y prête pas attention, cela se verra tout de suite.

Traduction de l’interview de Gary Dzen sur Boston.com par Léo Hurlin et Louis Jullien

8 Comments

  1. SlimM

    23 avril 2014 at 14 h 00 min

    Son passage en NCAA et son contact avec de jeunes joueurs l'ont rendu très psychologue dans son approche du collectif j'ai l'impression. Ca peut être un plus lorsqu'on travaille avec des joueurs sans grande expérience NBA et un groupe relativement jeune comme l'est Boston.

    • Len_Bias

      23 avril 2014 at 16 h 29 min

      Oui bien vu SlimM, on le voit que Braddy est très intelligent.
      C'est pour moi le coach du futur ce gars là, je l'aime beaucoup on remportera un titre avec lui c'est sur.

      • NastyNas_Celtic

        24 avril 2014 at 19 h 09 min

        J'y crois aussi !!

        • Len_Bias

          24 avril 2014 at 20 h 44 min

          🙂

  2. Alex2920015

    23 avril 2014 at 16 h 08 min

    Sympa comme interview, c'est vraiment bien de traduire ce genre d'article (comme celle de Rondo l'autre jour) ici ! Continuez !

  3. seattleseahawksfrance

    23 avril 2014 at 22 h 11 min

    Comme toujours c'est du très bon boulot, on apprend pas mal de trucs, et je reste persuadé que Stevens est amené à devenir un excellent coach en NBA. In Brad We Trust.

  4. Artshy

    1 mai 2014 at 21 h 06 min

    Personnellement, je sens très bien ce gars ! une approche intelligente, une sincérité, et une humilité se dégage de ce personnage ! la franchise a bien investi en misant sur lui.

  5. NonoTheC's

    2 avril 2015 at 11 h 27 min

    le meilleur des coachs que les C's puissent avoir…

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