Jeff Green prend enfin son envol

Il n’est pas rare de changer complètement d’avis sur un sujet ou sur une personne. Parfois, nous sommes tellement pris dans l’instant que nous perdons de vue le fait que les choses peuvent changer du tout au tout en quelques secondes, mois ou années. C’est ce qui est arrivé cette année au journaliste de Celticsblog Kevin O’Connor au sujet de l’ailier des Celtics, Jeff Green.

En janvier 2014, il publiait un éditorial intitulé « Tu ne m’auras plus » (Won’t Get Fooled Again en VO) concernant Green et l’incapacité de ce dernier à franchir un palier en tant que joueur. Son but était d’avertir les fans des Celtics afin qu’ils ne se laissent plus « avoir » par les quelques matchs spectaculaires que Green est occasionnellement capable de livrer, mais qu’ils prennent plutôt conscience qu’il n’était qu’un joueur parmi d’autres sachant bien jouer le rôle qu’on lui avait donné, et qui seulement de temps à autre montrait des signes de son véritable potentiel.

Mais il a depuis changé d’avis.

Sous nos yeux, l’ailier de 2m06 réalise en effet la meilleure saison de sa carrière avec 19,7 points de moyenne par match (à 50,8% au shoot). Il est également le joueur de l’équipe qui joue le plus de minutes par match (34,1) et qui profite le plus des actions collectives (Usage Percentage de 24,5%). Avec un rôle bien défini qui capitalise sur ses forces, il a pu signer des performances solides avec huit matchs à plus de 20 points.

Green a prouvé à O’Connor qu’il se trompait, et ce dernier pense même qu’il est possible que le meilleur reste à venir pour l’ailier cette saison. S’il ne devrait, du haut de ses 28 ans, toujours pas devenir une véritable star, il a néanmoins enfin franchi le cap que tout le monde espérait il y a déjà quelques années.

Le plus étrange dans tout ça, c’est que les fans ne soulignent pas plus que ça l’exceptionnel début de saison de Green. Peut-être plusieurs années à gémir, espérer et prier pour un tel niveau de jeu auront eu raison d’eux.

Rien ne garantit que Green confirme cette réussite, mais il faut cependant noter que déjà plus d’un quart de la saison s’est déroulé. Un échantillon largement suffisant pour que Kevin O’Connor affirme avec confiance que l’actuel numéro 8 des Celtics est sans l’ombre d’un doute un meilleur joueur qu’auparavant.

Sur le site About.com, il avait brièvement détaillé certains aspects que Green a amélioré, comme sa prise de muscles et sa nouvelle capacité à manier le ballon. Sur Celticsblog, il propose de s’attarder plus en profondeur sur ces améliorations, ainsi que sur ce que cela implique sur le plan statistique et financier. Il est à noter qu’il se concentrera uniquement sur l’apport offensif de Green.

Le jeu de jambes de Green a enfin progressé

Étant donné que O’Connor a toujours été l’un des analystes les plus critiques au sujet du jeu de jambes et du maniement du ballon de Jeff Green, il était donc aux anges lorsqu’il a constaté que celui-ci a développé un « euro-step » cet été. Il ne l’a certes pas utilisé fréquemment, mais le simple fait d’ajouter ce move à son arsenal a fait une différence à la fois en transition et sur demi-terrain.

Aussi basique que soit ce move, il était littéralement inexistant au sein de la panoplie de Green la saison passée. Au lieu de s’empaler sur le défenseur, ce qui lui valait régulièrement des coups de sifflet pour faute offensive, il est maintenant capable de choisir ses placements et de contourner son adversaire.

En plus de ça, Green a été aperçu aux entraînements portant des gants lestés qui rendent notamment la balle plus glissante, ce qui en retour rend le dribble « normal » plus facile une fois en match. Que ce soit clair : aux yeux du journaliste de Celticsblog, le jeu de jambes de Green reste toujours hideux, mais il reconnaît toutefois que le joueur a énormément travaillé pour garder la balle plus bas que d’habitude lorsqu’il dribble, ce qui l’aide à changer de direction bien plus rapidement. Comme on pouvait le prévoir, ses statistiques se sont elles aussi améliorées :

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La colonne « less than 5 feet » détaille le pourcentage de Green pour tous les tirs tentés à moins d’1m50 du panier. Bien que nous ayons affaire à un petit échantillon pour la saison 2014-2015, une augmentation de 5,3% ne saurait passer inaperçue.

Sa légère amélioration de 4,3% sur les drives est peut-être encore plus prometteuse. SportVU définit les drives comme « n’importe quelle touche de balle qui commence à au moins 6m du panier et qui est dribblée jusqu’au minimum de 3m du panier, en excluant les contres-attaques ». Sur les 118 joueurs ayant tenté au moins 50 drives cette saison, Green se classe 28ème avec un pourcentage de réussite de 52,4%, et même 13ème parmi les ailiers, situé entre Gerald Green (53,1%) et LeBron James (51%).

Plus de muscles, plus de productivité

Enfin, on ne peut parler du nouveau Jeff Green sans mentionner les 4,5 kilos de muscles qu’il a pris cet été, ce qui n’a par ailleurs pu échapper à personne à son arrivée au media day : alors qu’il était déjà connu pour être très athlétique, Green est arrivé avec autant d’allure qu’une sculpture de dieu grec.

Cette masse en plus l’a certainement aidé à aller plus facilement sur la ligne des lancers-francs, puisqu’il obtient en moyenne 0,35 lancer par tentative de shoot. C’est tout simplement son record en carrière.

Au lieu d’attaquer le panier et de se heurter aux défenseurs, il encaisse les chocs et passe au travers, ce qui lui permet d’aller bien plus souvent aux lancers. Les Celtics sont classés 28èmes de la NBA aux tentatives de lancers, avec 0,24 lancer obtenu par shoot. On constate donc que la propension de Jeff Green à aller sur la ligne les a empêché de toucher le fond.

La taille de Green a également fait de lui une plus grande menace au poste bas, puisqu’il peut maintenant prendre l’ascendant sur les ailiers plus légers ou les intérieurs plus lents qui se retrouvent sur lui. Ces derniers temps, Brad Stevens a ainsi réalisé un superbe travail en faisant passer l’attaque par Green quand il y a mismatch (avantage physique sur le défenseur), puisqu’il est crucial de le mettre dans ces conditions où il peut aisément réussir.

Les améliorations de Green ont-elles vraiment aidé ?

Il y a une semaine, Chris Forsberg d’ESPN Boston passait en revue la performance de Green depuis le début de la saison dans sa série d’articles « The Good, the Bad and the Ugly« , et faisait remarquer dans cette dernière section que les Celtics ont réalisé de bien meilleures performances quand Green n’était pas sur le parquet comparé à quand il l’était.

Avec Green sur le parquet, Boston affiche un « net rating » (différentiel entre points marqués et points encaissés, calculé sur une base de 100 possessions) de -5,3. Mais quand il est en dehors du parquet, il passe à +7,3. Cela voudrait donc dire que les Celtics sont 12,6 points meilleurs sur 100 possessions quand Green est sur le banc.

Mais pour O’Connor, c’est n’importe quoi. Pour lui, Green est peut-être le meilleur joueur de Boston cette saison, et se place en tout cas définitivement parmi le top 3. Forsberg avait donc bon quand il tempérait les chiffres en avançant que cela pouvait être « une espèce d’anomalie statistique », ce dont Kevin O’Connor est persuadé. S’il accorde de l’importance aux évaluations offensives et défensives, il ne donne pas beaucoup de crédit à ce différentiel sur/en dehors du parquet. Il irait même jusqu’à dire que ça ne veut absolument rien dire sur Green, mais bien plus sur le cinq majeur de Boston dans son ensemble.

Est-ce que les statistiques avancées soutiennent les observations d’O’Connor ?

Attardons-nous sur le « Offensive Real Plus/Minus » (ORPM) d’ESPN.com, qui correspond à « l’impact estimé d’un joueur sur le terrain sur la performance offensive de son équipe, mesurée en points marqués pour 100 possessions offensives ».

Green avait un ORPM de -2,14 l’année dernière, mais a vu ce chiffre passer à -0,02 cette saison. Il est toujours dans le négatif, mais sa progression se traduit donc sur le plan statistique.

Une nouvelle statistique développée par le brillant Daniel Myers appelée « Box Plus/Minus » (BPM) a été récemment ajoutée sur le site Basketball-Reference. C’est « un tableau de mesure basé sur le scoring pour évaluer la qualité d’un joueur et sa contribution à l’équipe… La BPM se repose sur la boxscore d’un joueur et sur la performance générale de l’équipe pour estimer la performance du joueur comparé à la moyenne de la ligue ».

Green a un BPM offensif de +1,0, ce qui suggère qu’il est légèrement meilleur que le joueur moyen pour 100 possessions. Ceci le classe 90ème sur tous les joueurs qui ont joué plus de 100 minutes cette saison. Ce n’est donc pas qu’il est une superstar statistiquement parlant, mais c’est sa première année dans le positif, son record en carrière précédent étant de -0,1.

En considérant que le BPM et le RPM montrent que Green a connu un élan offensif jusqu’ici cette saison, O’Connor est confiant dans ses analyses (basées sur la vidéo). Toutefois, ces deux statistiques classent (en gros) Green comme un joueur offensif « moyen », là ou lui le considérerait comme plutôt bon.

Comment la progression de Green affecte les plans de Boston ?

Kevin O’Connor l’avoue, il n’a jamais attendu de Green qu’il franchisse cette étape en tant que joueur : à 28 ans, il pensait qu’il était simplement le joueur qu’il était, ni plus ni moins. À 9,2 millions par saison pour les deux prochaines années, il se disait satisfait du contrat de Green. Il n’y avait donc rien d’alarmant avec son rendement à ses yeux.

Mais malgré les progrès, O’Connor pense toujours que Green est parfaitement remplaçable. Il préférerait que les Celtics mettent la main sur un véritable scoreur sur qui compter à l’aile, un go-to guy. En prenant en compte leur intérêt évident pour Jabari Parker et Andrew Wiggins avant la draft, il pense que la franchise travaille également dans cette optique. Ce n’est pas pour taper sur Green, car c’est un joueur de qualité, mais plus pour trouver quelqu’un capable de porter l’équipe sur ses épaules tel Paul Pierce en fin de match.

Et O’Connor se demande toujours si les Celtics ne pensent pas ça, même avec ce début de saison de Green. Ce dernier joue actuellement le meilleur basket de toute sa carrière, mais ne serait-ce donc pas l’occasion de le vendre au meilleur prix possible ?

C’est une question qu’il s’est beaucoup posé cette saison et il n’a pas de réponse définitive, mais il pencherait pour un « oui ». Mais cela nécessite qu’une autre équipe soit prête à payer Green au prix qu’il vaut, ce qu’il ne sait pas exactement comment évaluer à ce moment de la saison.

Voilà le dilemme pour Boston : Green a une Player Option (lui permettant de rester aux Celtics si il le décide) de 9,2 millions de dollars pour 2015-2016, et si il maintient ce niveau de jeu tout le long de la saison, on peut supposer qu’il n’utilisera pas son option et ira chercher un gros contrat via la Free Agency. Soyons honnêtes : son agent David Falk ne ferait pas bien son travail s’il lui conseillait de faire autrement. Falk étant un des meilleurs agents de joueur, il y a très peu de chances que cela arrive.

S’il teste le marché, quelqu’un le surpayera, particulièrement parce que les ailiers talentueux et polyvalents seront rares cet été. Il n’est pas à exclure qu’une autre équipe lui donne un contrat similaire à celui de Chandler Parsons (46,1 millions sur trois ans) ou de Kyle Lowry (48 millions sur quatre ans).

Green pourrait vouloir revenir à Boston, puisqu’il a affirmé n’avoir jamais été aussi heureux, mais Boston voudrait-il vraiment le reprendre ? Avec Rajon Rondo qui touchera probablement un contrat maximum (ou proche), en plus des plans de Boston pour attirer une autre star d’envergure, O’Connor n’est pas convaincu que Green fasse partie du futur.

Et si c’est le cas, pourquoi ne pas s’en débarrasser au bon moment ? Il ne veut pas succomber aux spéculations sur tous les échanges possibles, mais pense vraiment qu’à peu près toutes les équipes citées par Adrian Wojnarowski en tant qu’actives dans les discussions de transferts pourraient totalement être intéressées Green.

Jeff Green réalise la meilleure saison de sa carrière pour les Boston Celtics, et les fans doivent vraiment se réjouir de son développement. Mais s’il maintient ce niveau de réussite, il sera très certainement un des noms les plus cités sur le marché des transferts. Et s’il se trouve que quelqu’un appelle avec une offre intéressante, il se peut que Boston veuille bien tendre l’oreille et ne pas se laisser emporter dans l’euphorie du moment. Car la route vers la 18ème bannière est un marathon, pas un sprint.

Traduction de l’article de Kevin O’Connor, ‘Jeff Green has finally taken his game to the next level for the Boston Celtics‘ par Jérémy Kervran, relecture par Léo Hurlin

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