[Les Celtics et la draft] Épisode 2 : Danny Ainge et la draft

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Suite de nos articles sur Boston et la draft avec un article consacré à la relation pour le moins étroite qu’entretient Danny Ainge avec cette dernière, mais surtout tout ce qui se passe autour (scouting, recherche du profil-type).

Alors que les Celtics sont en train de se faire dominer par les Nets au cours du 2e tour de play-offs de 2003, est annoncé le 9 mai 2003, le retour d’une ancienne gloire des Celtics : Danny Ainge, arrière titulaire pendant l’ère Bird.

Ce retour a été amorcé par la famille Grousbeck qui avait racheté la franchise plus tôt dans la saison et qui est, comme Ainge, actuellement encore présente à la tête de l’équipe.

Danny Ainge occupe ainsi le poste assez stratégique de directeur des opérations basket (qu’il cumule avec le poste de General Manager depuis le départ de Chris Wallace). Depuis 2003, c’est ainsi lui qui supervise les drafts de Boston, treize drafts où se mêlent déceptions et bonnes surprises.

Bref rappel des drafts passées :

Ainge a donc dirigé treize drafts des Celtics tout en n’ayant eu que peu d’opportunités pour drafter haut. Son meilleur choix fut le troisième, en 2016 (grâce aux Nets). Pour information, depuis 2003 les Celtics n’ont pu choisir que par trois fois dans la lottery, en 2007 (5ème choix), en 2014 (6ème choix) et donc en 2016 (3e choix).

Les autres choix notables au premier tour sont ainsi à chercher après le 10e pick.

On peut aussi noter que notre GM a souvent drafté des intérieurs et des arrières, effectivement il ne semblait pas logique de choisir un ailier quand on a dans les rangs de son équipe Paul « the Truth » Pierce au poste 3.

Plus récemment, lors de la dernière draft, nombreux furent surpris par le fait que Danny Ainge n’ait pas réussi à conclure un trade autour du 3e pick malgré la multitude de rumeurs. S’il y a eu des échos d’échange du troisième choix, cela n’est pas forcément étonnant au vu du contexte que connaissent les Celtics en ce moment (bonne équipe, très peu de place pour intégrer un rookie), et au vu des nombreux trades de Danny au moment de la draft.

En effet, même si le plus connu reste celui concernant Ray Allen en 2007, Danny Ainge a tradé à de multiples occasions lors de la draft.

Ainsi, il a tradé successivement pour Marcus Banks et Kendrick Perkins lors de la draft de 2003, Rajon Rondo en 2006, Glen Davis en 2007, Jajuan Johnson en 2011 et Kelly Olynyk en 2013 soit un nombre plutôt conséquent de tractations fructueuses au soir de la draft.

Des contre-exemples de trade avortés et/ou infructueux existent bien entendu, on peut notamment citer celui tenté en 2015 avec les Hornets au sujet de leur choix (Boston aurait visiblement souhaité récupérer Winslow mais Michael Jordan, propriétaire des Hornets s’était mis en tête de prendre Kaminsky).

Désormais, essayons de comprendre quel est le raisonnement de notre Front Office. Pouvons-nous décrire un profil type ?

Une préférence pour les phénomènes physiques

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Pour réussir en NBA, la dimension physique de chaque joueur est un élément à ne pas négliger. Les joueurs qui ont montré leur talent en Europe avant de se casser les dents en NBA, en partie, à cause d’un gabarit physique non préparé pour la NBA sont légions.

Il est indéniable que les joueurs choisis par Danny Ainge depuis quelques années présentent souvent des caractéristiques physiques d’élite. Ainsi on retrouve dans les récents rookies de nombreux joueurs avec une grande envergure, un premier pas rapide et de la puissance.

L’importance des capacités athlétiques dans le choix d’un joueur sous Danny Ainge se révèle flagrante lorsque l’on décortique les choix effectués dans la loterie. Sous sa direction, les Celtics ont vu évoluer sous leurs couleurs 3 joueurs draftés à la loterie et un joueur revenu chez eux dans le cadre d’un trade, Marcus Banks (pris à la 13ème place et tradé aux Celtics le soir même), Jeff Green (tradé aux Sonics dans le cadre du la venue de Ray Allen puis revenu au TD garden en échange de Kendrick Perkins), Marcus Smart et enfin Jaylen Brown, le 23 juin dernier.

Ces quatre joueurs étaient ainsi tous étiquetés comme de superbes athlètes à la sortie de l’université. On trouve chez eux de la vitesse (même pour Smart et son discutable taux de masse grasse à 10 % au moment de la draft), de l’envergure (2,11 m d’envergure pour Smart, plus de 2,13 m d’envergure pour Brown et Jeff Green) et puis une dimension physique bien visible à l’œil nu.

Les lottery picks ne sont pas les seuls qui répondent à ce critère, en effet plus loin dans la draft, là où Boston a drafté en majorité donc, les prédispositions physiques furent très souvent le principal critère recherché.

C’est dans les arrières choisis par Danny Ainge qu’on trouve une empreinte athlétique en allant de Tony Allen (2004) jusqu’à Terry Rozier (2015), sans oublier Rondo, très affûté physiquement (2006). On trouve dans la plupart des guards récupérés par les Celtics au premier tour, une capacité à jouer dur sur le terrain, un premier pas efficace (Rondo et Rozier par exemple).

Quand Danny Ainge prend la direction des opérations basket, les Celtics ont déjà leur Franchise Player en la personne de Paul Pierce. L’intérêt de ces joueurs est de pouvoir tout de suite apporter à l’équipe, principalement en défense, où ils peuvent faire parler leur puissance physique, leur dureté.

De plus, choisir des rookies athlétiques est une sorte d’assurance pour une équipe. Même si parfois le joueur pourra avoir des lacunes techniques, celui-ci pourra toujours apporter quelque chose à l’effectif. Ce type de choix est une garantie que le joueur ne sera pas totalement inutile pour les Celtics si son développement se déroule mal.

On vient donc de voir que les choix des Celtics depuis treize ans s’appuyaient en grande partie sur les qualités physiques des joueurs. L’inconvénient est que cela a pu s’en ressentir sur le travail à faire avec les joueurs pour les faire progresser au niveau offensif.

Des rookies à modeler offensivement

On remarque très vite que les joueurs choisis par Danny Ainge sont souvent des diamants bruts à polir avec soin. On trouve ainsi tous les défauts offensifs possibles qu’un joueur peut avoir dans les choix du GM des Celtics.

Tout d’abord, il y a des lacunes au shoot. Smart en est l’exemple parfait avec 28,4 % au jumpshot, et une moyenne de 29,9 % à trois points lors de sa dernière saison à l’université. Derrière lui, on retrouve Rondo, Tony Allen, soit des joueurs peu connus pour la qualité de leur shoot, et dernièrement Jaylen Brown, auteur d’un faible 29,4 % à trois points avec 102 tentatives aux Golden Bears de California.

Un mauvais pourcentage au shoot peut avoir plusieurs raisons, mauvaises prises de décisions et mauvaise mécanique de tirs en sont les principales.

Cela est moins inquiétant quand ce pourcentage est dû à un QI basket défaillant, puisque le travail sera moins conséquent pour faire progresser le joueur dans cette matière, c’est le cas de RJ Hunter. Bien qu’auteur d’un faible pourcentage à trois points (29,8 % à trois points), ce pourcentage s’explique par des prises de tirs particulièrement incompréhensibles.

Mais c’est plus inquiétant quand la mécanique de tir est la cause directe d’un shoot de piètre qualité. Or on retrouve aujourd’hui ce souci chez Marcus Smart et Jaylen Brown. Ainsi en draftant ces joueurs, les Celtics se savent obliger « d’apprendre » à leur rookie à shooter pour que celui-ci puisse apporter les promesses attendues d’un joueur choisi dans la loterie. Concernant Rondo, son shoot serait, semble-t-il, « impacté par la taille de ses mains ».

On notera aussi que les joueurs pris par Danny Ainge doivent apprendre à mieux manier le ballon une fois arrivé à Boston. Ce problème concernait des joueurs comme Jeff Green à Jaylen Brown, en passant par Smart. Cela pose problème pour deux raisons.

Tout d’abord pour Jeff Green et Jaylen Brown, ayant chacun un profil de slasher, il est nécessaire pour eux de s’appuyer sur leur dribble pour effectuer un bon drive les emmenant au cercle. Or ces deux joueurs étaient/sont limités en ce point.

Ensuite pour ce qui est des guards, Smart et Bradley, cette limite pose un problème à la mène. Étant à l’arrière, ils sont amenés à remonter la balle, or il est préférable de bien savoir manier le ballon pour s’atteler à cette tâche.

Une fois ce constat fait, il ne faut pas ignorer non plus que Danny a drafté ou obtenu par trade le soir de la draft des joueurs au talent offensif certain. On ne peut ainsi pas oublier le playmaking et la vision du jeu de Rondo, le toucher d’intérieurs comme Jared Sullinger, Al Jefferson, Kelly Olynyk.

Cela dit, on pourrait critiquer cette obligation pour le staff des Celtics de devoir mener un tel chantier pour améliorer le secteur offensif d’un joueur. On sera évidemment moins sévère concernant des choix situés après la lottery, où il y a de fait moins de talent et où on est souvent en présence de joueurs à développer.

Pour les lottery picks, en revanche, cela pose parfois problème. Mis à part Marcus Banks qui arrive en NBA avec des bases offensives solides, les trois derniers choix de loteries choisis par Boston (Jeff Green, Marcus Smart, Jaylen Brown) sont arrivés avec des limites offensives dont le staff des Celtics a dû prendre soin (ou doit encore, pour les 2 derniers). Or, miser sur des joueurs à polir offensivement, avec des choix de draft haut placés, semble risqué, malgré les capacités physiques extraordinaires de ces joueurs.

Depuis 2011 et l’essoufflement du Big Three formé par Danny Ainge en 2008, s’observe une légère variation dans les choix de draft effectués par les Celtics.

À la recherche de spacing

Depuis quelques années (grâce à San Antonio et Golden State) l’approche du jeu a changé en NBA, le tir à trois points ayant pris une grande importance dans la ligue.

En effet, depuis peu, chaque équipe NBA est à la recherche de spacing. Chaque équipe NBA cherche des shooters capables d’étirer les défenses.

Les Celtics ne sont pas restés indifférents à l’évolution du jeu, bien qu’ils aient l’air d’apprécier le choix des joueurs avec un tir en chantier. Avec l’arrivée de Brad Stevens à la fin de la saison 2012-2013, le jeu de Boston a beaucoup compté sur la réussite à 3 points (de 21,1 tentatives à trois points lors de la saison 2013-2014 à 26,1 tentatives de 3 points par match lors de la saison 2015-2016, 11e sur la saison)

Dans ce cadre là, la recherche de spacing à la draft la plus manifeste est le choix de stretch 4 ou de stretch 5.

La première trace d’intérêt pour des intérieurs capable de s’éloigner de la raquette pour scorer se trouve en 2011.

En 2011, les Celtics choisissent Jajuan Johnson en échange de Marshon Brooks (avec les Nets), le soir de la draft. Bien que Johnson ne se montre pas efficace à 3 points (29,4 % à 3 points sur 51 tentatives lors de la saison 2010-2011), il montre un potentiel pour étirer les défenses avec un joli pourcentage aux lancers francs (80,9 % aux lancers francs lors de la saison 2010-2011), bon indicateur pour estimer le potentiel d’un shooter.

Cette tendance à choisir des intérieurs capables de s’écarter du cercle va s’accentuer.

Lors des prochaines drafts, les Celtics vont successivement choisir Jared Sullinger (2012), Kelly Olynyk (obtenu aussi dans le cadre d’un trade le soir de la draft 2013) et Guerschon Yabusele (2016).

Ces 3 joueurs présentent aussi de bons pourcentages aux lancers francs (76,8 % pour Sullinger, 77,6 % pour Olynyk, 76,5 % pour Yabusele lors de leur dernière saison avant d’être drafté). De plus ils se sont tous les trois montrés capables d’être des shooteurs à 3 points efficaces, puisqu’ils ont tous les trois shooté à 40 % et plus lors d’une saison avant être drafté.

Il reste une dernière qualité que l’on retrouve dans beaucoup de choix de Boston à la draft, d’autant plus dans les dernières drafts : la polyvalence défensive, la capacité à défendre efficacement sur plusieurs positions.

Des défenseurs versatiles

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En plus d’être friand du tir à trois points Brad Stevens est aussi un amateur du small ball. En effet, cette stratégie lui permet de faire pratiquer à son équipe un jeu rapide.

Cependant le small ball a le défaut de créer des match-ups favorables à l’équipe attaquant contre les Celtics qui pourra ainsi faire jouer la taille de ses joueurs pour obtenir un avantage sur la défense des Celtics. Malgré cela, la défense des Celtics ne semble pas en pâtir puisque qu’elle s’est classée à la 4e place au Defensive Rating la saison dernière.

Bien que ce ne soit pas la seule raison de cette bonne défense, la polyvalence défensive de certains joueurs celtes est à vanter. On retrouve une partie de ces joueurs capables de défendre sur différents postes dans les choix de draft de Boston.

Là aussi, il semble que ce soit une initiative récente, le modèle-type du joueur polyvalent défensivement est Marcus Smart. Il est capable de défendre efficacement sur les meneurs, arrières, ailiers et même ailiers forts (on se souvient du match admirable face aux Hawks en PO où il tient un Millsap pourtant en feu), grâce notamment à une très bonne envergure pour un arrière (2,11 mètres) couplée à des qualités athlétiques bien au-dessus de la moyenne.

Mais ce n’est pas le seul dans l’effectif : on peut aussi compter dans ce registre là Avery Bradley (drafté en 2010), Jordan Mickey (choisi en 2015) et les derniers venus, Jaylen Brown et Yabusele.

Avery Bradley est capable de défendre sur n’importe quel arrière NBA grâce à sa force et sa dureté malgré des dimensions physiques moyennes pour un arrière.

Par contre concernant Jaylen Brown et Jordan Mickey ils s’inscrivent dans le même registre que Smart. Tous deux ont une envergure d’élite pour leur poste (à peu près 2,13 mètres d’envergure pour Brown et à peu près 2,23 mètres d’envergure pour Mickey) en plus d’être forts et mobiles. Cela permet d’envisager de voir Brown défendre sur les postes 2-3-4 adverses, et de voir Mickey défendre sur le poste 4 ou 5 adverse en fonction des choix de Brad Stevens.

Yabusele pour le coup est envisagé comme une solution pour défendre sur les postes 3, 4 et 5 de par son imposant physique et son habileté à rester face à son joueur grâce à son excellente mobilité pour son gabarit.

Nous avons donc pu vous dresser le tableau des différents profils requis pour être choisi par Boston  sous le mandat de Danny Ainge : capacités athlétiques, polyvalence défensive d’un côté, aisance au shoot de l’autre.

Ça tombe bien, la classe de rookies qui arrive risque très fort d’intéresser Danny Ainge… Mais l’étude des prospects de la prochaine classe de rookies est à suivre dans la suite de la série d’articles à propose de Boston et la draft.

Article rédigé par Hugues Monnier.

One Comment

  1. HFT

    23 octobre 2016 at 23 h 27 min

    Super article ! Très intéressant merci

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