Guide de l’été des Celtics (2) : au cœur des questions financières

Alors que les Cavaliers viennent de mettre fin à une saison indiscutablement agréable à suivre et réussie pour les Celtics, l’attention doit désormais se porter sur la suite et un été une fois encore important. Comme l’a dit Bill Belichick après avoir remporté le Super Bowl, une longue campagne de playoffs oblige une équipe à démarrer son intersaison en retard.

Cet article, traduction d’un texte paru sur celticshub, sera l’occasion de faire des calculs de masse salariale, de formuler des hypothèses au sujet des joueurs présents et de disséquer quelques options évidentes, et constituera la seconde partie de notre guide de l’été.

Effectif et b.a.-ba du salary cap

En ce début de mois de juin, c’est à une équipe de Boston qui pourrait sembler plutôt figée que nous faisons face. Elle vient en effet de remporter 53 matchs, et, parmi les dix joueurs qui ont disputé plus de 1 000 minutes cette saison, seuls Amir Johnson, Jonas Jerebko et Kelly Olynyk seront free agents. Beaucoup d’équipes auréolées d’un titre de division et sortant tout juste des Finales de Conférence, l’instinct tendrait à recommander de conserver le groupe tel quel. C’est toutefois une piste peu probable pour les Celtics puisqu’ils ont à disposition d’autres options pour améliorer l’équipe à long terme et qu’ils les privilégieront certainement si possible.

Masse salariale et nouveau CBA

Le salary cap est actuellement projeté à 101 millions de dollars contre 94,1 en 2016-17. Lorsque le nouveau CBA (convention collective) avait été annoncé, l’auteur de cet article avait mis en lumière certains changements signifiaient pour les Celtics (en anglais). Peu après la trade deadline de février 2017, il avait également écrit un article (en anglais) plein de calculs détaillés sur le cap space dont la majeure partie est encore pertinente, même si le salary cap de la saison prochaine était à l’époque projeté à un million de plus qu’aujourd’hui.

Contrats existants

Au sein de l’effectif des Celtics, sept joueurs (Al Horford, Avery Bradley, Jae Crowder, Isaiah Thomas, Jaylen Brown, Marcus Smart, Terry Rozier) possèdent un contrat entièrement garanti pour 2017-18, pour un total de 61 millions de dollars. Le contrat de Demetrius Jackson est garanti à hauteur de 650 000 dollars. Celui de Tyler Zeller s’élève à 8 millions non-garantis, et il faudrait que Boston le coupe avant le 30 juin afin que son contrat passe par les waivers avant d’être automatiquement garanti. Le salaire minimum auquel a signé Jordan Mickey deviendra garanti le 15 juillet.

Agents libres non-restreints (UFA)

Outre Johnson et Jerebko, Gerald Green et James Young seront également agents libres non-restreints cet été. Il est possible que Amir ou Jonas revienne, mais ce serait probablement via une cap exception plus tard dans l’été et non comme re-signature début juillet. Sur le marché des agents libres, leur valeur se situe probablement au niveau de la Room Exception (4,3 millions) ou de la Mini Mid-level (5,2 millions). Gerald Green se trouve dans une position potentiellement similaire et pourrait, selon l’auteur de l’article et dans certaines circonstances, rempiler à nouveau pour le minimum. Ayant décliné leur option sur sa quatrième année de contrat, les Celtics ne peuvent pas offrir à Young plus de 2,8 millions de dollars pour la saison prochaine. Il devrait se battre pour un poste au sein d’une autre équipe et pourrait quitter la ligue l’an prochain.

Agents libres restreints (RFA)

Kelly Olynyk est le seul RFA de l’équipe. Les Celtics vont très certainement lui proposer une qualifying offer de 4,3 millions de dollars, en sachant qu’il ne l’acceptera pas. En proposant cette QO et en détenant ses Bird Rights, son cap hold (retenue de salaire conférant aux Celtics les droits sur les free agents, pèse dans les comptes prévisionnels de l’équipe) sera de 7,7 millions de dollars. cependant, l’équipe peut annuler cette offre de manière unilatérale durant la première partie de la free agency si le besoin s’en fait sentir. Il n’est jamais facile d’évaluer le marché pour les RFA. Les analystes prévoient un contrat entre 10 et 16 millions annuels pour Olynyk, mais le passé nous a donné bien des exemples de RFA recevant des offres absurdement élevées dès le début de la FA, ou trop attendre et voir le marché se boucher totalement à leur poste.

Les draftés de 2016

Boston détient les droits de trois draftés de la cuvée 2016 qui pourraient tous rejoindre l’équipe l’an prochain. Guerschon Yabusele a été choisi en 16e position l’an dernier et peut prétendre à un contrat de 2,2 millions de dollars pour 2017-18. La décision de venir est principalement sienne et pourrait avoir des conséquences significatives sur d’autres joueurs, sur lesquelles nous reviendrons plus tard. Ante Zizic, qui sort d’une saison très solide en Croatie et en Turquie, devrait rejoindre l’équipe pour un contrat de 1,6 millions sur la première année.

Abdel Nader, le 58e choix de la dernière draft, ne peut pas prétendre à un contrat garanti comme les choix du premier tour. L’équipe devra lui offrir un contrat non garanti au minimum, qui n’a aucune conséquence sur le cap. Il a joué en D-League à un poste recherché en NBA, et la logique voudrait qu’il ait au moins une chance d’obtenir un spot en pré-saison.

Droits sur la draft 2017

Grâce à Brooklyn, les Celtics possèdent le 1st pick à la draft. S’ils conservent ce choix, le joueur élu (FUUUUUULTZ !) touchera 7 millions de dollars l’an prochain. Le nouveau CBA a modifié la façon dont les droits sur la draft pèsent sur le cap. Dans le passé, les rookies pouvaient signer un contrat au montant compris entre 80 et 120% du barème correspondant à leur position dans la draft, et ce montant était inclus dans le cap jusqu’au moment de ladite signature. La plupart des joueurs signait à 120% et la règle a donc été revue : c’est désormais le salaire maximum de 120% auquel peut prétendre un rookie qui compte dans la masse salariale prévisionnelle.

Boston détient également les choix 37, 53 et 56. Il est peu probable que ces joueurs obtiennent un spot dans l’équipe, mais ils ne représentent aucun cap hold, constituent des pièces utiles dans un transfert, et peuvent être utilisés pour envoyer des joueurs à l’étranger ou dans l’équipe de D-League des Maine Red Claws.

Calculs de masse salariale

Le calcul basique de la masse salariale est relativement simple :

[Salary Cap] – [Contrats des joueurs] – [Retenues de salaire pour les free agents] – [Retenues de salaire pour les exceptions] – [Retenues de salaire pour les droits de draft] – [Charges pour les spots vides] = [Cap Space]

Si l’équipe le désirait, elle pourrait naviguer dans les eaux de l’intersaison comme une équipe au-dessus du seuil du cap et faire revenir à peu près toute l’équipe. Cela ne va très certainement pas se produire, car elle est également en mesure de dégager beaucoup de masse salariale. Rien qu’en renonçant à ses UFA, et avant de re-signer Olynyk, l’équipe aurait déjà plus de 10 millions de dollars disponibles.

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Dégager de la place pour un salaire maximum

Selon toute vraisemblance, l’équipe devrait courtiser un free agent prétendant à un contrat max. Les chemins les plus évidents pour y parvenir demandent tous de faire des sacrifices, qui impacteront directement Bradley, Olynyk, Zeller et Yabusele. Dans tous ces scénarios, l’auteur de cet article coupe Jordan Mickey car il ne joue pas et que d’autres options moins chères seront disponibles en bout de banc. Dans la plupart des cas, couper Demetrius Jackson ponctionne une partie du cap space à cause de la garantie partielle de 650 000 dollars sur son contrat. Lorsque nécessaire, l’auteur a donc composé avec un trade concernant Jackson. Dans le pire des cas, il est toujours possible de couper Jackson en répercutant son contrat sur plusieurs années, et seuls 217 000 dollars seraient alors occupés dans le cap space.

Le contrat max auquel peuvent prétendre Gordon Hayward et Blake Griffin démarre à 30,3 millions de dollars. S’il s’avérait (très peu probable) que Kevin Durant, Stephen Curry ou Chris Paul soient ciblés, il faudrait alors libérer 5 millions supplémentaires.

Et s’il n’y a pas besoin de dégager de la place pour un salaire max ?

Les Celtics vont très certainement préparer le terrain pour l’arrivée d’un contrat max en coupant Tyler Zeller (s’il n’est pas possible de le transférer) et en réglant le cas Yabusele. Ensuite, ils proposeront une QO à Olynyk mais ne chercheront pas un accord avec lui, à moins que/jusqu’à ce que leurs cibles prennent une décision ou que la deadline pour retirer la QO se présente. Il est possible qu’ils décident de transférer l’un de leurs contrats de taille moyenne (Bradley, Smart, Crowder, Thomas) au moment de la draft, mais si cela ne se produit pas, tous ces contrats ont une valeur positive dans un transfert et pourraient donc être expédiés après que Hayward (ou une autre cible) se décide.

Tout cela pour dire que si aucune amélioration de l’effectif n’est possible à la free agency, Zeller sera probablement déjà parti mais Olynyk et les autres joueurs garantis pourraient tous rester.

Dans ce scénario, l’équipe pourrait encore avoir environ 20 millions de dollars à disposition. Cette somme pourrait être utilisée dans un transfert pour une star, comme Jimmy Butler ou Paul George si jamais Hayward n’est pas disponible « gratuitement », ou pour signer un free agent de moindre envergure. Dans ce dernier cas, l’auteur imagine que le joueur en question serait un joueur comme l’était Amir Johnson il y a quelques années plutôt qu’un joueur plus coté et voulant un contrat longue durée.

La question de la taxe

Commençons par imaginer des nouveaux contrats, à la fois prudents et raisonnables, pour quelques joueurs et voyons ce que cela entraîne par la suite :

  • Isaiah Thomas : 3 ans / 101 millions de dollars / progressif
  • Avery Bradley : 4 ans / 80 millions de dollars / stable
  • Marcus Smart : 4 ans / 56 millions de dollars / progressif
  • Kelly Olynyk : 4 ans / 48 millions de dollars / progressif

À présent, imaginons que les Celtics obtiennent les choix 4 et 27 de la draft 2018 et voyons ce que ça donnerait à la louche.

En prenant en compte l’ajout de Hayward, la prolongation de Smart, celle de Thomas et l’ajout des draft picks, la structure salariale de base de l’équipe plonge les Celtics dans la taxe dès 2018-19. Cela pourrait ne pas être un vrai problème, mais les choses se gâtent si l’on ajoute à cela une re-signature de Kelly Olynyk à un tarif raisonnable et la facture commence à devenir salée. En conservant Bradley à la place d’Olynyk, la facture explose : l’équipe paierait en effet 70 millions de dollars de plus en salaires et en taxes qu’aucune équipe n’a jamais payé sur une seule saison. Cela continue d’augmenter en 2019-20, et en 2020-21 Hayward pourra alors grâce à une option mettre fin à son contrat et l’équipe entrerait alors dans une phase plus critique : la repeater tax (une surtaxe pour les équipes au-dessus du seuil durant trop d’années consécutives). L’équipe aurait alors devant ses yeux une facture de 350 millions de dollars (salaires et taxes), qui est bien évidemment astronomique et irréaliste.

En résumé, il n’est donc pas viable pour les Celtics d’ajouter Gordon Hayward, prolonger Isaiah Thomas et conserver ne serait-ce que les joueurs qui pourraient mathématiquement l’être cette année. Si Hayward signe, il est bien plus probable qu’un seul voire deux du groupe de Thomas, Bradley, Olynyk et Smart ne figure encore dans l’équipe fin 2019.

Jimmy Butler / Paul George

Ce problème de taxe est la raison pour laquelle l’auteur ne croit pas que l’équipe puisse raisonnablement faire venir Hayward puis Butler ou George. Elle a les moyens de monter le trade qui permettrait cela, mais une équipe avec Thomas (prolongé), Hayward, Horford et (au hasard) Butler paierait presque la luxury tax pour ces seuls quatre joueurs en 2019-20. La saison suivante, l’équipe pourrait se séparer de Al Horford mais il faudrait ensuite le remplacer et combler le reste de l’effectif, soit au moins dix spots.

Il y a des arguments en faveur d’un transfert pour Butler ou George, avec la quasi-certitude de pouvoir les re-signer à long terme, dans le cas où Hayward ne viendrait pas. Il serait particulièrement coûteux de faire venir l’un des deux en plus de Hayward. Et quand bien même les Celtics y parvenaient, l’auteur de l’article ne sait pas s’ils seraient un jour favoris au titre en début de saison, en partie à cause d’une redondance des qualités de certains joueurs. Si l’équipe venait à faire venir Blake Griffin au lieu de Hayward, ce problème serait partiellement résolu mais la situation financière resterait tout de même impossible à tenir après 18 mois au plus tard.

Le futur sans Hayward

Même si les Celtics ne font pas venir Gordon Hayward, ils feront tout de même probablement face à d’autres questions de taxe. Dans ce scénario, il serait possible de re-signer Olynyk, Thomas, Bradley et Smart sur les deux étés qui viennent. Si cela arrivait, l’équipe serait là encore fermement condamnée à payer la taxe, et cette fois-ci pour aligner une équipe aux chances de titres très minces.

Il se peut que les Celtics aient à se séparer de Kelly Olynyk et de l’un des guards quelle que soit la décision de Gordon Hayward ou d’autres free agents de renom. La masse salariale de la franchise est actuellement en-dessous des 100 millions ; la reconduire avec l’ajout de draft picks ferait passer cette masse à 160 millions, ce qui est déraisonnable.

Les priorités

Au final, la question est de savoir combien l’équipe désire réellement remporter le titre NBA. La réalité, c’est qu’elle évolue à une époque où la création de super teams a été rendue possible dans un premier temps puis impossible par la mise en place d’une nouvelle convention collective. Ajouter Gordon Hayward, Markelle Fultz et Ante Zizic au roster existant à la place d’Avery Bradley, Amir Johnson et Jonas Jerebko ne sera pas de Boston une équipe championne.

Pour que les Celtics paradent à nouveau sur les célèbres duck boats, seules trois possibilités existent :

  1. Que Markelle Fultz, ou le joueur que Boston draftera cet été, devienne candidat au titre de MVP
  2. Qu’une opportunité de trade a priori impossible se présente
  3. Que l’équipe signe un joueur top 5 à la free agency, bien qu’aucun ne semble disponible

Bien sûr, remporter un titre sans qu’aucune de ces conditions ne soit réunie n’est pas impossible, mais c’est très peu probable en NBA. En regardant cette liste, il est difficile d’ignorer qu’aucune de ces options ne semble réclamer la présence de deux du trio Thomas, Hayward et Horford.

Cela étant, l’auteur de l’article pense que le chemin le plus évident, le plus clair et faisable financièrement parlant est de signer Hayward, de faire venir Fultz et de se séparer de Bradley.

Traduction de l’article de celticshub ‘Looking Forward to the Celtics‘ Future’ par Léo Hurlin

2 Comments

  1. toto53000

    12 juin 2017 at 23 h 09 min

    je commence à penser que c'etait une "connerie" de faire signer horford aussi cher.

    • cocotier

      25 juin 2017 at 13 h 52 min

      Si ce n’était pas Boston, cétait Washington. Et sans ça, aucune chance qu’on arrive là où on est arrivés, ni aucune chance qu’on ait une telle saison de Thomas. Et toujours aucun FA de renom dans l’histoire des Celtics. J’ai du mal à voir en quoi tout cela nous aurait davantage profité.

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