Ante Zizic, prêt pour le grand saut vers la NBA

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Qui est Ante Zizic ?

C’est la question qui était sur toutes les lèvres en juin dernier, lorsque les Celtics sélectionnèrent un adolescent croate quasi inconnu avec le 23e choix de la draft 2016. Frustrés, consternés, un peu perdus : telles furent les premières réactions des fans. À la télévision, parmi la foule massée dans le Barclays Center de Brooklyn, ESPN montra une rangée de fans celtes qui montraient leur mécontentement pouces vers le bas.

À l’antenne, le spécialiste ESPN du basket européen Fran Fraschilla mit en garde les fans de Boston contre leurs protestations.

« Zizic est l’un de mes espoirs préférés. Il mesure 2m12 et pèse 110 kilos. C’est un dur. »

Mais le joueur croate ne poserait pas encore les pieds dans le Massachusetts avant au moins un an. Autant dire une éternité, lorsqu’on est dans l’excitation d’un soir de draft.

Qui est Ante Zizic ?

Cette question a refait surface à l’automne, lorsque Zizic s’imposait comme l’un des meilleurs pivots de la Ligue Adriatique. Avant tout jugement hâtif, sachez qu’il s’agit d’une compétition tout à fait respectable. Dario Saric, Jusuf Nurkic et Nikola Jokic en sont par exemple tous issus. Elle fait facilement partie des dix meilleures ligues de basket du monde, et Zizic y dominait outrageusement.

Le 11 octobre, le pivot croate s’est fendu de 39 points et de 20 rebonds en un seul match pour son équipe du KK Cibona Zagreb. Il fut nommé meilleur joueur du mois d’octobre de la Ligue Adriatique. En décembre, à seulement 19 ans, Zizic menait la ligue en points (20), rebonds (9.2) et en pourcentage aux tirs (69.5%).

Puis, le lendemain de Noël, une semaine avant son 20e anniversaire, Zizic fit les gros titres de la presse outre-atlantique en s’engageant avec le club turc de Darüssafaka. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un club plus qu’honorable, appartenant aux toutes meilleures équipes du championnat turc, qui est lui-même le troisième meilleur championnat d’Europe selon Fran Fraschilla.

Cela amena les Celtics et les fans à penser que l’adolescent avait peut-être davantage de qualités à faire valoir qu’initialement prévu. Pour Zizic, c’était l’opportunité de faire ses armes face à une concurrence plus grande, plus forte et tout simplement meilleure. Plus excitant encore, il allait pouvoir évoluer sous les ordres de David Blatt, l’ancien coach de Cleveland. Le pivot avoua lui-même que la présence de l’entraîneur israélien, qui connaît le basket NBA, était la raison pour laquelle il avait choisi Darüssafaka. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Blatt était tout aussi enthousiaste à l’idée de coacher l’espoir de Zagreb.

Si vous ne connaissez de David Blatt que son aventure avec les Cavaliers, sachez que c’est une légende en Europe. Il fait partie des plus grands coaches de sa génération, en plus de faire preuve d’une intelligence et d’une finesse d’esprit remarquables.

Voici l’une de ses anecdotes. Il y a de cela trois ans et demi, il entraînait le club israélien du Maccabi Tel-Aviv, pour ce qui se révélerait comme sa dernière année à la tête de l’équipe, année conclue en beauté avec la victoire finale en Euroligue. De nombreux joueurs manquaient à l’appel lors de la pré-saison, en raison de leur convocation avec l’équipe nationale israélienne. Blatt avait besoin de joueurs supplémentaires pour pallier ces absences, donc le general manager du club fit venir deux jeunes joueurs croates de 16 ans. Il se rappelle avoir organisé un match d’entraînement au cours duquel il remarqua les difficultés de l’un des deux adolescents, un pivot.

« C’était manifestement compliqué pour lui, raconte Blatt. Il avait 16 ans et jouait contre des adultes. »

Jusque là, le coach israélien parlait d’un ton relativement neutre, en économisant ses mots. Puis il se mit à évoquer le cas de l’autre espoir croate. Les mots commencèrent alors à fuser, et sa voix s’emplissait d’émotions.

« L’autre gamin, par contre.. Un pivot également.. Son opposant direct était Sofoklis Schortsanitis. Vous savez qui est Sofo ? C’est l’un des êtres vivants les plus grands et costauds que j’ai rencontrés. On l’appelait Baby Shaq. Il était incroyablement puissant, agile et athlétique. Ce que je m’apprête à vous dire est la stricte vérité. Le gamin croate était donc face à lui, et Sofo le faisait voler littéralement partout. Il rebondissait sur tous les murs à chaque contact avec le colosse grec. Et vous savez ce qui m’a le plus frappé ? Il ne se décourageait pas et se relevait à chaque fois. Il me rappelait Mohammed Ali face à George Foreman, quand Ali restait dans les cordes, à crier inlassablement ‘cogne-moi ! cogne-moi !’ jusqu’à ce que l’autre se fatigue. Ali en profitait alors pour détruire Foreman et le mettre K.O., racontait Blatt, totalement convaincu par ce qu’il disait. C’était exactement ce que faisait ce gamin. Il revenait toujours au contact, encore et encore. Et finalement, Sofo s’énerva et se résolut à arrêter. Il sortit du terrain, laissant le gosse seul. C’était il y a trois ans et demi. Et ce jour-là, je me rappelle m’être dit : ‘ce gamin va devenir un sacré joueur. Il ira en NBA’, confie Blatt. »

En mars, les doutes initiaux quant au potentiel du prodige croate avaient laissé place à un vif enthousiasme. En effet, Zizic avait su élever son niveau de jeu à Darüssafaka. Il avait dépassé la barre des dix points lors de 6 de ses 9 premiers matches d’Euroligue, dont 3 double-doubles. Les dirigeants des Celtics ne se privaient pas pour déclarer leur flamme à Zizic.

« Ante vient à peine d’avoir 20 ans, et il domine déjà physiquement des joueurs confirmés, explique Austin Ainge, directeur du personnel des Celtics. On attend impatiemment le 1er juillet pour pouvoir le signer. Il veut venir à Boston, et nous souhaitons également qu’il nous rejoigne. »

Puis vint le mois d’avril et Zizic était déjà en quarts de finale de l’Euroligue, malmenant le Real Madrid de la sorte :

 

Puis, en mai, les Celtics se faisaient dominer au rebond et au contre dans chacune de leurs trois séries de playoffs. Ante Zizic pourrait devenir la pièce manquante qui fait défaut à l’effectif de Brad Stevens, à savoir un rebondeur hors pair, une présence physique dans la raquette, un pivot dominant en bref. En un an, il est passé du statut de grande interrogation à celui de possible homme providentiel. Un poste 5 comme lui, avec son talent, son âge précoce, mais surtout avec un contrat rookie très abordable (de 1 645 200 $ la saison prochaine, à 3 872 214 $ dans son éventuelle quatrième année) est d’une valeur inestimable pour Boston.

« Il aurait sans aucun doute été choisi dans le top 10 de la draft cette année, confie Mike Zarren, le conseiller de Danny Ainge. Il est encore difficile de prédire son potentiel exact, puisqu’il a seulement 20 ans et n’a pas encore joué en NBA, mais des joueurs de sa taille aussi talentueux ne sont assurément pas nombreux. »

En tout cas, il a fait grande impression sur David Blatt.

« Il y a deux ans, personne ne connaissait Ante. Aucune équipe ne l’avait sur son radar, jusqu’à ce qu’on ouvre les yeux sur sa volonté de fer : s’il y a une balle perdue, il va se jeter dessus, s’il y a un rebond dans sa zone, il va l’attraper, s’il doit traverser le terrain en contre-attaque, il va produire l’effort nécessaire à chaque fois. »

Mais Blatt n’est pas le seul. La façon de jouer du jeune croate fait l’unanimité auprès de ses pairs. Ils adorent son moteur et son énergie.

« Je me rappelle encore la première fois que je l’ai vu jouer, raconte la légende croate Dino Radja, originaire de la ville de Split tout comme Zizic. Il était tellement maigre. Je le revois courir. C’est le genre de situations où vous regardez dix joueurs sur le parquet, mais où l’un d’entre eux semble tout simplement différent. »

Son coéquipier à Darüssafaka, Luke Harangody (drafté en 52e position par les Celtics en 2010), est lui aussi bluffé par la mobilité du prodige de 20 ans.

« Il est fait pour la NBA. Il a le corps, la taille et la force nécessaires. Mais sa principale particularité, c’est la façon dont il se déplace. Il peut traverser le terrain si vite et si souvent. Il peut répéter les efforts inlassablement, il ne se fatigue jamais. »

Mais les deux s’accordent pour dire que le jeune pivot a encore des progrès à faire.

« Il a besoin de temps pour développer certains aspects de son jeu, explique Dino Radja. Son shoot, et son jeu dos au panier par exemple. Bien sûr, il peut le faire, mais ce n’est pas toujours automatique. Il reste encore un peu brut de décoffrage, et a une marge de progression certaine. »

En revanche, sa maturité ne fait aucun doute. Il le doit probablement à son grand frère Andrija, lui aussi basketteur, qui a accompli une très belle carrière professionnelle. 17 ans plus âgé que son petit frère, il était déjà professionnel lorsque ce dernier est né. Ante a donc toujours vu jouer son frère, et a été élevé au basket. Sa destinée était toute tracée, avec Andrija en modèle, d’où sa maturité. Harangody peut en témoigner.

« On oublie toujours qu’il n’a que 20 ans. Il ne se comporte pas comme un enfant dans le vestiaire, il est mature pour son âge. »

Au-delà de sa mentalité, Harangody est surtout fan du jeu de Zizic.

« Sur le terrain, son jeu offensif va s’améliorer naturellement. Il appellera bientôt le ballon au poste de lui-même, et va vite progresser. Et ce que les gens ignorent, c’est qu’il a jump shot à 4-5 mètres tout à fait convenable, qu’il peut rentrer avec une bonne régularité. Il ne le montre pas souvent mais il peut scorer, et je suis sûr que c’est un aspect de son jeu sur lequel il va se concentrer avec le staff, une fois à Boston. »

Finalement, sa capacité à progresser dépendra avant tout de lui-même. Le grand saut vers la NBA peut demander un certain temps d’adaptation, d’une ou de plusieurs saisons. Mais Ante Zizic a assurément la mentalité pour réussir.

« Nul doute que je peux devenir bien meilleur. J’en ai la capacité. Donc je travaille tous les jours sur les moindres détails de mon jeu. Pour l’instant, ma priorité est le physique. Je dois prendre du poids, mais en définitive je peux progresser partout. Si le coach fait appel à moi seulement pour défendre et attraper des rebonds, je n’y vois pas d’inconvénient. J’ai occupé bien des rôles dans mes précédentes équipes. Quoiqu’ils me demandent, je pourrai le faire. »

Au minimum, Ante Zizic sera donc un pivot athlétique, puissant et incroyablement endurant. Son sens inné du rebond et sa mobilité devraient être d’une précieuse aide pour Boston. Dans le meilleur des cas ? N’y pensons pas encore, le minimum sera déjà plus que suffisant.

 

Inspiré de l’article ‘https://www.boston.com/sports/boston-celtics/2017/06/16/meet-celtics-prospect-ante-zizic’ par Guillaume Perrin

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