Jayson Tatum, né pour le basketball et né pour être une star

tatum ages

Le fond du trou ? C’est facile.

Ce qui est certain, c’est qu’il y a du choix. Quand les factures sont restées impayées pendant des mois. Quand l’eau, le chauffage, etc, ont été coupés. Pendant quelques années, Jayson Tatum aura dormi dans le même lit que sa mère, Brandy Cole. Pendant quelques temps, ils n’avaient aucun meuble.

Ce n’était que du détail. Le genre de challenge et de difficulté qu’il faut s’attendre à connaître quand on est le seul enfant d’une mère célibataire qui nous a eu à 19 ans. Et encore, Brandy Cole a protégé son fils de la majorité de ses difficultés. Elle était déterminée – peu importe les statistiques sur les parents adolescents – à réussir et à ce que Jayson apprenne de ça. Elle ne l’a donc pas laissé s’inquiéter de ces difficultés quotidiennes pendant ce temps.

Son but a toujours été de lui montrer qu’ils avançaient vers une vie qui serait belle.

 Mais un jour, alors que Tatum était en CM2 (fifth grade aux USA, ndt), rien ne l’a protégé de la réalité.
Sa mère avait déménagé de la maison de sa propre mère alors que Jayson avait six mois, parce qu’elle voulait qu’ils aient une vie à eux deux. Elle acheta une maison d’à peine plus de 80m2, confinée avec deux chambres, à Saint Louis. Il y avait une clôture et surtout, le plus important, un toit au-dessus de leurs têtes.

Un jour, la maison eut un nouvel élément.

Cole avait récupéré son fils à l’école et en rentrant, Jayson vit un bout de papier collé sur la porte d’entrée. C’était un avis de saisie.

« Elle a commencé à pleurer », se rappelle Jayson. « Je ne savais pas quoi faire, je me sentais désarmé. Je voulais tellement aider… mais je n’avais que 11 ans ».

Sa mère rentra dans la maison avec le sentiment d’avoir échoué pour son fils. Pendant une heure, peut-être deux, la mère et le fils se sont noyés dans leur chagrin.

C’était l’époque la plus difficile. Tatum est aujourd’hui un prospect de haut niveau en NBA après une belle saison freshman à Duke. Mais tout ça n’est pas simplement dû au fait qu’il ait un jour touché le fond. La suite y est également pour beaucoup.

Sa mère se sécha les yeux et regarda son fils.

« Très bien », lui dit-elle. « Je vais trouver quelques chose. Je trouve toujours quelque chose ».


Quand Jayson était en CP (first grade aux USA, ndt), son professeur lui demanda ce qu’il voulait faire quand il serait grand.

La réponse coulait de source. Un joueur NBA, évidemment. Son professeur s’esclaffa en lui demandant de choisir une profession réaliste et de changer ses rêves.

« J’étais folle », confie sa mère. « Je suis allé à l’école le lendemain pour lui parler et ce n’était pas vraiment une conversation à deux. Je lui ai dit ‘M’dame, avec tout le respect que je vous dois, si vous lui posez une question et qu’il vous répond, je ne pense pas qu’il soit approprié de lui dire que c’est quelque chose qu’il ne puisse pas réaliser quand moi, à la maison, je lui dis que rien n’est impossible ».

Mais leur petite maison composée de deux chambres n’était pas un rêve.

La mère de Jayson était à quelques mois d’aller à l’Université quand elle a découvert qu’elle était enceinte. Abandonner ? Non. La mère célibataire donna la vie durant les vacances de printemps et fut de retour en classe la semaine suivante. Elle a simplement emmené son bambin en cours par la suite. Il a continué d’aller en classe avec sa mère pendant quelques temps : en licence, en école de droit, en école de commerce. Elle étudiait ses cours de droit avec son fils allongé au bout du lit.

« Maman, je veux jamais lire ce genre de livre », disait-il. « Je veux jouer au basket ». Sa mère lui répondait alors : « Bon, t’as intérêt à bosser très dur alors ».

C’est précisément ce qu’il a fait. Tous les matins, il surgissait dans la chambre de sa mère à 5h30. « J’y vais Maman. Je t’aime. » Il partait au gymnase faire 1h30 de workout avant les cours.

« Il bossait, bossait, bossait et bossait encore », confie Frank Bennett, coach de Jayson Tatum au lycée.

« Je vais à l’école à 6h30 à peu près tous les matins et il était là à 5h45, 6h au plus tard, pour s’entrainer », ajoute Frank Bennett, qui l’a coaché à Chaminade Prep, à Saint Louis. « Ce qui est impressionnant, c’est qu’il l’a fait absolument tous les jours. Je me souviens encore du seul jour off qu’il a pris. C’était après avoir gagné le championnat, le lendemain. C’était le seul jour qu’il ait pris pour se reposer ».

« C’est lui, c’est sa personnalité. Il bossait, ne faisait que ça. »

Le père de Jayson Tatum se rappelle du moment où il a réalisé que son fils était un talent spécial. Tatum était en CM2, en train de jouer avec des adultes, et tournait à 25 points de moyenne. « Les plus vieux étaient là : ‘attends, mais il a quel âge ce gosse ? », en rigole aujourd’hui Justin Tatum.

La mère de Jayon l’a élevé, mais son père n’était jamais loin. Il appelait son fils tous les jours. Jayson lui, trainait autour du vestiaire de son père à Saint Louis University, écoutant les speechs d’avant match avec les yeux grand ouverts. Quand Justin, son père, était professionnel aux Pays-Bas, sa mère lui fit traverser l’Atlantique pour aller le voir. Quand la carrière de Justin Tatum toucha à sa fin, il revint à Saint Louis et devint l’un des coaches de Jayson.

Du fait de leur proximité en âge, c’était presque plus une amitié qu’une relation père – fils. Justin fit connaitre à son fils les rappeurs de sa génération comme Jay Z, Tupac et Biggie, tandis que Jayson apprenait à son père quelle paire de sneakers était à la mode à tel moment. Arrivé au lycée, Jayson se mit même à prêter ses chaussures à son père. Il faisait une pointure de moins, mais il suffisait à Justin de mettre une paire de chaussettes en plus.

Mais si vous demandez à Jayson d’où vient sa maturité, sa confiance, il vous dira qu’il doit tout à sa mère. Sa mère l’a forgé à la maison. Il jouait à 2k dans sa chambre, quand sa mère surgissait en lui disant de mettre pause, avant de lui balancer une brosse à cheveux dans la tête. Prenant une pause de sa carrière d’avocate, elle enfilait son rôle d’intervieweuse, alors que Jayson jouait le joueur star. Elle le cuisinait en interview comme si elle incarnait Craig Sager. « Qui me poserait ces questions, Maman ? », réagissait Jayson. « ESPN, quand tu seras l’un des meilleurs joueurs du pays », répondait sa mère.

Bientôt, il allait en effet devenir un bel ailier, reconnu unanimement comme étant un top 5 de sa génération et la pièce maitresse de ce qui sera qualifié de meilleur recrutement de l’histoire de la part de Coach K.

Avec une obsession parfois déroutante, les équipes NBA mesurent tout ce qu’elles peuvent avant de drafter un prospect : sa taille, sa taille de pieds, son poids, son envergure, son pourcentage de masse graisseuse, sa taille de main, sa détente, sa détente avec élan, sa rapidité sur 10m, sur trois quarts d’un terrain de basket…

Mais les scouts NBA vous diront que le jugement le plus important ne vient pas du gymnase mais des interviews avec les coaches et les membres d’un front office, là où ils voient ce que le joueur a dans le cerveau. Suffit de demander aux équipes ayant drafté des gars comme Draymond Green et Malcolm Brogdon, ou Steph Curry et Gordon Hayward : le caractère et la personnalité jouent un rôle prééminent.

Les évaluations de Tatum parlent pour elles. Il y a un an, au Hoop Summit de Portant, il était à peine au-dessus de 2m03 (6’8″) avec une envergure de plus de 2m13. Depuis, il a ajouté du muscle à ce physique, montrant lors de ses 29 matchs à Duke qu’il pouvait toujours être régulier, parfois spectaculaire, scorant 16.8 points et gobant 7.3 rebonds de moyenne. Ses stats au tir étaient prometteuses pour un ailier freshman : 34.2% à trois points et 84.9% aux lancers.

Mar 17, 2017; Greenville, SC, USA; Duke Blue Devils forward Jayson Tatum (0) shoots the ball against Troy Trojans forward Alex Hicks (30) during the second half in the first round of the 2017 NCAA Tournament at Bon Secours Wellness Arena. Mandatory Credit

Mais c’est dans l’immatériel, la partie entre les deux oreilles – ce cerveau affûté depuis 19 ans chez lui – que Tatum peut le plus briller.

 

Jay Bilas, analyste chez ESPN, se souvient avoir vu Tatum juste avant le pro day en pré-saison de Duke en octobre dernier (ce même pro day où Tatum se luxa le pied, blessure qui le tint éloigné des terrains pendant plus d’un mois). Tatum joua dans un pickup game dans lequel se trouvaient différents anciens joueurs NBA. Bilas vit un jeune joueur dominant : confiant, intelligent, attirant l’oeil de ces vétérans NBA.

« D’un point de vue talent, il est incroyable. Je pense que c’est le joueur le plus talentueux du pays », confie Bilas. « Il est fait pour le basket. Markelle Fultz est peut-être devant lui dans les mock drafts, mais je vois Tatum comme étant plus talentueux. Il peut défendre plusieurs positions. Il fait 2m03 et est très longiligne. A long terme, il peut faire plus que tout le monde dans cette Draft ».

« Ce qui est difficile, c’est que l’on ne drafte pas pour maintenant mais pour plus tard. Et que vaudra Jayson dans trois – quatre ans ? Je pense qu’il va botter des culs ».

Les scouts NBA et les dirigeants ne sont pas tous d’accords pour dire que Tatum est le prospect le plus talentueux de cette Draft incroyablement chargée. Beaucoup diraient Fultz. D’autres diraient Lonzo Ball, ou encore Josh Jackson. Mais ça sera dur de trouver un dirigeant n’avouant pas que Tatum est le prototype du joueur avec un physique NBA et un esprit NBA.

« Tatum est un meneur de jeu, ailier, peu importe comment vous l’appelez, qui fait 2m03 », dit un GM de la Conférence Est préférant rester anonyme. « Il peut créer du jeu pour les autres et diriger une attaque. C’est un joueur très intelligent. »

Dans cette nouvelle NBA sans vraie poste défini, Tatum s’intègre parfaitement. Il a le dribble pour monter le ballon, c’est un bon shooteur avec le potentiel pour s’améliorer… C’est un ailier naturel, mais certains scouts le voient comme un potentiel poste 4, qui peut s’écarter du panier mais également apporter défensivement. Les experts le voient comme un joueur avec un très bon premier pas et d’excellents fondamentaux offensifs.

 Un dirigeant de la Conférence Ouest le compare à Nicolas Batum. D’autres comparaisons vont vers Harrison BarnesRudy Gay ou Allan Houston, avec un potentiel plus grand que ces quatre joueurs. Un autre dirigeant de la Conférence Est cette fois, le compare lui à Ron Artest, dans sa grande époque.

Brandy Cole, sa mère, fit exactement ce qu’elle avait dit qu’elle ferait. Elle fit un prêt à la dernière minute, permettant de sauver leur maison.

« J’ai toujours été si fière d’avoir notre propre maison que Jayson adorait – et adore toujours », dit-elle. « Quand on est enfant, on ne devrait pas avoir à se soucier de devoir faire ses valises pour aller vivre avec sa grand-mère. C’était une question de fierté ».

Cette leçon – cette leçon de dépassement de soi avec l’espoir que le travail paiera un jour -, Jayson l’a bien intégrée. Il l’a transformée en détermination qui l’amène aujourd’hui en NBA. Le réveil à 5h du matin. Les 250 tirs tous les matins avant d’aller au lycée. Toutes ces petites choses qui font désormais de lui un millionnaire.

 Avec le choix des Celtics hier soir, le voilà désormais dans un nouveau chapitre de son voyage dans le monde du basket.

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Une chose dont on peut être certain, c’est qu’il se souviendra d’où il vient, et ce qu’il lui a fallu pour arriver là. Il se souviendra de la douzaine de membre de sa famille qui remplissait les gradins de tous ses matchs. Il se souviendra du jour où il a crié le nom de sa mère en lui disant à quel point il l’aimait, quand elle obtint son diplôme de droit. Il se souviendra de toutes les difficultés d’une vie déjà spéciale.

Quand il signera son premier contrat NBA avec les Celtics, Tatum et sa mère ont un plan. Ils veulent créer une organisation à but caritatif à Saint Louis pour aider les mères célibataires. Ils veulent profiter de l’influence de Tatum ainsi que des autres athlètes professionnels originaires de Saint Louis : Bradley BealBen McLemore et Ezekiel Elliott.

Ils vivent toujours dans la même maison, mais ne prévoient pas de la vendre.

Au contraire, cette maison va devenir une maison de transition pour une mère célibataire. Le plan de la mère de Jayson est de laisser à une mère et son enfant (ou ses enfants) la possibilité de vivre un an, sans avoir à payer de loyer, pour se remettre sur pieds.

Mais jusqu’à la Draft, Jayson et sa mère savaient pertinemment que tout pouvaient arriver et se concentraient sur une chose : être encore meilleur. Travailler dur sur les fondamentaux, montrer aux équipes NBA que l’immatériel chez Jayson est aussi impressionnant que les statistiques.

Il y a quand même eu des moments où la maman de Jayson n’a pas pu s’empêcher de regarder vers le futur.

« Parfois, je lui écrivais le matin en lui rappelant combien de jours il reste avant la Draft. Combien de personnes peuvent donner un nombre de jours précis avant que leur rêve se réalise ? »

Celui de la famille Tatum s’est réalisé hier, jeudi 22 juin à Brooklyn.

 Traduction par Baptiste Godreau de l’article de Bleacher Report : « ‘Built for Basketball’: Jayson Tatum Was Born and Raised to Be an NBA Star« 

One Comment

  1. Artshy

    29 juin 2017 at 21 h 31 min

    magnifique article 🙂

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