Dix ans plus tard, Kevin Garnett porte toujours les Celtics

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Tout ce qu’espèrent les fans, c’est avoir de l’espoir. De l’espoir pour des victoires et des bagues, ou l’espoir d’être parmi les derniers prétendants, à tout le moins. L’assurance que les chances de succès de la franchise sont à la hauteur de leur loyauté, pour que celle-ci ne soit pas dépensée en vain.

C’est la raison pour laquelle les fans de Cleveland ont brûlé les maillots de LeBron James, avant de le pardonner de n’avoir pas répondu aux attentes une première fois, pour finalement revenir quelques années plus tard. C’est la raison pour laquelle les attentes atteignent des sommets le soir de la Draft, lors de la free agency, à la trade deadline ou encore à chaque rumeur d’échange. Parce que cet espoir peur s’envoler à chaque moment, faisant que chaque défaite rageante et que chaque saison déplorable vaut la peine d’attendre.

Aucun échange dans l’histoire de la NBA n’a aussi bien incarné cet l’évolution de cet espoir en une seule saison que l’échange de Kevin Garnett vers Boston le 31 juillet 2007, il y a exactement 10 ans jour pour jour.

« C’était avant que KG mette un pied à Boston. Le fait qu’il arrive a donné de l’espoir à tout le monde », confie Danny Ainge, dans une conversation avec Yahoo Sports la semaine dernière. « Il y a cette excitation et ces attentes qui se font ressentir dans l’ensemble de la ville de Boston. Et bien sûr, plus on est proche de la franchise, plus ça se sent au sein de l’organisation. »

En NBA, peu d’équipes ont une vraie chance de titre. Dans les dernières années, elles n’étaient qu’au nombre de deux. La moitié de la ligue se bat pour les playoffs, croit que tout peut arriver tant qu’on y parvient, quelques équipes avec un jeune roster sont sur la pente ascendante, et le reste des équipes n’a aucun espoir, espérant perdre des matchs pour gagner un maximum de balles de ping-pong à la loterie et qu’un nouveau joueur de 19 ans puisse faire perdurer les attentes, sans aucune garantie de succès.

Les Celtics étaient l’une de ces équipes en 2007, venant de vivre au beau milieu de l’hiver une série record pour la franchise de 18 défaites consécutives, ayant coûté à Paul Pierce son statut de All-Star pour la première fois depuis six saisons. Alors que son 30è anniversaire approchait, Pierce manqua 35 matchs en raison de blessures au pied et au coude qui ont été exacerbées en étant piétinées par le tank que conduisaient les Celtics, les menant au deuxième pire bilan de la ligue cette saison-là.

« Le plus beau dans cette histoire, c’est à quel point nous étions au fond du trou la saison précédente, en perdant autant de matchs et avec le challenge que cela représentait pour les joueurs, les coaches, les fans et toute personne impliquée dans ce truc », dit Ainge en parlant de cette misérable saison 2006-2007 conclue avec 24 victoires au compteur. « Et d’un coup, ça change. »

La loterie mis fin aux espoirs de Danny Ainge de sélectionner Kevin Durant, faisant par la même occasion perdre espoir à Paul Pierce. « On a vraiment touché le fond à ce moment-là », a récemment confié Pierce. En 2005, Pierce avait publiquement exprimé sa frustration de la médiocrité dans laquelle les Celtics étaient englués. Ainge l’avait alors presque échangé contre les droits de Draft de Chris Paul. En 2007, Pierce eût des conversations franches avec le board des Celtics, prêt à demander un trade si Ainge ne faisait pas un gros move le soir de la Draft pour aller chercher un vétéran.

Ainge finit par apaiser Pierce en tradant pour Ray Allen. Même après ça, les fans se demandaient ce que faisaient les Celtics, sachant que la venue d’Allen ne faisait pas des Celtics un prétendant sérieux pour le titre, alors que les fans ne voyaient que par la 17è bague.

Ce que peu de gens savaient, c’est que l’éventualité rôdait du côté de Minnesota.

« Sans le transfert de Ray, KG n’aurait jamais accepté de venir à Boston, se remémore Ainge auprès de Yahoo Sports. La perspective de jouer avec Paul lui semblait intrigante, mais pas suffisamment pour signer une longue extension de contrat. Et tout d’un coup, Paul et Ray se retrouvent dans l’histoire, et KG se montre très motivé, enthousiaste, il espère avoir l’opportunité de les rejoindre à Boston. »

Avec son contrat arrivant à expiration en 2008, Garnett possédait en quelque sorte une clause de non-transfert, et il avait déjà refusé plusieurs opportunités de transfert vers Boston en refusant de signer une prolongation. Tout cela changea lorsqu’Allen rejoignit Pierce. Si bien que le 31 juillet 2007, les Celtics annoncèrent le transfert de Kevin Garnett – le plus gros jamais monté pour un seul joueur – ainsi que la signature d’une extension de son contrat.

« C’est un motif d’espoir, confiait Doc Rivers, alors coach des Celtics, lors de la conférence de presse officialisant la venue de Garnett. C’est ce que nous voulions. Passer du statut d’équipe peu attendue à très attendue, c’est ce que nous voulions. C’est tout à fait cela, et j’ai très hâte de me mettre au boulot. »

« Je suis très content, ajoutait Garnett, au milieu de Pierce et d’Allen sur l’estrade, tous trois arborant un grand sourire. C’est comme rouler à plus de 300 km/h en Lamborghini et sortir la tête par la vitre. »

« Sur le papier, cette équipe a tout l’air d’être bonne, tempérait Ainge de son côté. Ces gars ont du pain sur la planche, ils doivent trouver la formule. Ils vont devoir faire des sacrifices pour gagner. Je sais qu’il y a déjà eu beaucoup de comparaisons faites avec le Big Three. Ils ne seront pas à la hauteur du Big Three sans gagner, et je pense qu’ils en ont conscience. Je les ai entendus parler, j’ai parlé avec chacun d’entre eux, et ils le savent. Ils n’ont encore rien accompli ensemble, mais ils vont en avoir l’occasion. »

Derrière les mises en garde d’Ainge, on pouvait entendre KG acquiescer.

C’est exact : nullement de prophéties pour celui qui, par son transfert, allait ressusciter la fierté d’une franchise dont le dernier titre, conquis par Larry Bird, remontait à vingt ans et qui venait d’en finir dix dans la lottery.

« Je joue avec beaucoup de passion, et ce qui m’atteint plus que tout, ce sont les défaites, s’épanchait Garnett il y a dix ans. Entamer une rencontre en sachant que ses chances de victoire sont minces, c’est assez difficile à vivre. Je suis quelqu’un de très confiant. J’essaie de transmettre cette confiance à ceux qui m’entourent, et parfois c’est dur, honnêtement. Et ce qu’il y a de rafraîchissant avec ces gens ici, c’est de savoir que chaque soir, nos chances de gagner seront au-dessus de la moyenne. Sérieusement quoi, ça fait vraiment plaisir. C’est génial d’avoir deux gros poissons à ses côtés. Vraiment génial. »

« Paul et Ray provenaient tous deux d’équipes abonnées à la lottery, se remémorait Ainge auprès de Yahoo Sports la semaine dernière. Donc bien entendu, leur joie était source d’inspiration pour tout le monde autour, et on n’aurait rien réussi sans qu’ils ne soient à leur meilleur niveau. Ce qu’ils ont donné pendant six saisons. »

Gagner importait plus à Garnett qu’à quiconque, Bostoniens y compris. Et sa passion s’avéra contagieuse. Au fil des ans, tout le monde – ball boys comme propriétaires – décrivirent l’arrivée de KG comme « un changement culturel ».

« Nous ne saurions le quantifier, mais tâchons d’oublier la personnalité de KG un instant, ainsi que son approche du jeu et dans la vie de tous les jours, commence Ainge. Son seul talent et ce qu’il a apporté, que ce soit sa présence défensive, son talent, c’étaient autant de choses très excitantes pour Paul, Ray, et je pense que ça les a transformés, tout comme Doc Rivers et la ville de Boston toute entière. Partout on pouvait lire ça, ouah, quoi, trois Hall of Famers dans leurs meilleures années se réunissent ! Il y avait un tel enthousiasme, une telle excitation qui a tout de suite haussé le niveau de préparation, d’efforts et d’attentes de toute la ville de Boston. »
« Ajoutez à cela l’énergie, l’enthousiasme, l’altruisme, l’éthique de travail de KG et toutes ces qualités qu’il a incarnées sur la base de son talent pur. Tout cela porte encore notre franchise aujourd’hui. »

Kevin Garnett delivered on the promise he represented. (AP)

L’intensité de Kevin Garnett était légendaire. Dans les voyages en bus, alors que ses coéquipiers dormaient sous une couverture, il s’asseyait à l’arrière, observant sous son gros pull, tel un empereur sur son trône. A l’entrainement, il n’avait aucune pitié pour les jeunes. Seuls les plus forts survivaient à l’école de KG. Avant les matchs, il était silencieux pendant une heure, pour finalement entrer en éruption au coup d’envoi, entrainant le public du TD Garden en allant frapper sa tête contre le poteau sous le panier.

Cette hargne ressortait sur le terrain. Il y avait des tapes sur le torse, du trash-talk, des pompes après avoir subi une faute, tout ça pour éliminer les faibles. « Si tu veux devenir quelqu’un dans cette ligue, il faut avoir un avantage », disait KG en 2011. « Il n’y a pas de place pour quelqu’un de soft. Il n’y a pas de place pour quelqu’un qui ne donnera pas tout. Evidemment, j’essaie d’avoir un avantage ici. Si tu ne le fais pas, tu vas avoir des problèmes. Si tu ne peux pas le supporter, dégage du terrain. Mon job, c’est de te stopper donc je n’attends pas que tu m’apprécies. Je n’attends pas que tu sois mon ami, parce que je n’essaie pas d’être le tien. »

Derrière cela, il y avait tout de même un mix rare de talent et de technique. Garnett était un prototype à la Kevin Durant, un 7-footer qui refusait d’être listé comme tel, par peur d’être listé comme un « big », alors qu’il était un couteau suisse capable de faire de multiples choses. Offensivement, il y avait ce doux tir à mi-distance et ses moves au poste qu’il apprend maintenant aux prétendants All-Stars, tous développés durant ses années passées à parfaire ce que KG appelait « son art ». Et si la défense des Celtics était tenue par une ficelle, il était le marionnettiste.

« Il y beaucoup de choses que KG apporte, telles que son altruisme ou son énergie infinie, mais c’est avant tout un talent incroyable », dit Ainge. « Je connais beaucoup de personnes enthousiastes, avec beaucoup d’énergie mais qui ne font pas 2m13, tirant de loin, prenant chaque rebond, passant, défendant et tout ce qu’il y a à côté. Avant tout, KG, c’était un talent et son énergie, son enthousiasme, son altruisme n’étaient que de remarquables éléments ajoutés. »

Ce qui suivit fut une ère forgée par « Ubuntu » et scellée par « du cran et des couilles ». La saison 2007-2008 à elle seule apporta 66 victoires, avec l’une des plus grandes marges au scoring, et évidemment, une bague. Ses Celtics sont ensuite passés à six minutes d’un autre titre, et à un quart-temps près d’une troisième apparition en Finales.

« Quand on regarde le travail qu’on a fait pendant les six ans que j’ai faits ici, personne ne pourra jamais nous l’enlever », confiait Garnett après son retour en janvier 2014. « C’était notre ère. C’est notre histoire, et c’est pour toujours. On emmène ça dans notre tombe avec nous. »

Ca aurait pu être plus, sans les blessures de Garnett en 2009, Perkins en 2010, Rondo en 2011 et Bradley en 2012. Mais c’était assez, parce qu’au moins il y avait cet espoir.

« Gagner en 2008 a permis de ramener ce respect envers les Celtics pour cette génération de gamins arrivant en NBA et ayant grandi avec l’ère de KG gagnant une bague avec Pierce et Allen », dit Ainge. « Aujourd’hui, ça nous suit encore parce que c’est un rappel de notre glorieux passé, cette histoire que nous n’avions pas retrouvé depuis longtemps. La présence de KG se fait toujours sentir, tout comme celle de Paul et de Ray. »

Dans la culture NBA, Garnett était un maître, qui a reçu une loyauté infinie envers lui. Rondo a par exemple vécu ses meilleures saisons avec KG, l’aidant à maîtriser sa fougue et ses dérives comportementales.

« Tant qu’on jouera au basket et qu’on vivra sur cette planète, notre sang sera vert », ajoutait KG en 2014. « Quand ils nous mettront six pieds sous terre, ça sera pareil ».

L’école de KG n’a pas souffert des abandons. Quand Ray Allen quitta les Celtics pour le Heat de LeBron en 2012, Garnett enterra leur relation, et les cendres se consument encore.

Ainge n’est pas dans le même état d’esprit. « J’ai beaucoup de respect pour Ray Allen et je sais que nous n’aurions pas eu le même succès sans lui. Je serai toujours reconnaissant pour ce qu’il a fait, le talent, le caractère, l’éthique de travail et le professionnalisme dont il a fait preuve et qu’il a transmis à la génération suivante. J’espère qu’un jour, l’équipe de 2008 sera réunie et que Ray sera au centre de tout ça, comme il devrait l’être. »

Cette saison, Gordon Hayward deviendra le premier joueur à porter le numéro 20 d’Allen, alors que les numéros 5 et 34 de KG et Pierce n’attendent qu’à être retirés. Les deux pourraient être retirés la saison prochaine, pour le dixième anniversaire de la 17è bague, mais Ainge ne pense pas à ça pour le moment, et organiser une fête n’est pas la priorité. « Je suis trop occupé à former notre équipe pour la saison prochaine », dit-il à ce propos.

10 ans plus tard, les Celtics touchent toujours les dividendes de ce trade. A la fin de l’année 2011-2012, quand KG se lança dans un run vers le match 7 des finales de conférence, son âge commença à se faire sentir. Il n’avait plus rien à donner aux Celtics. « Je n’ai plus de vie », disait-il en 2012. « Je rentre, je reçois des traitements, je reviens à la salle, séance de vidéo, etc. Aucune vie. »

L’année suivante, lui et Pierce furent échangés aux Nets dans un trade qui, par différents moyens, a offert aux Celtics Isaiah Thomas, Jaylen Brown, Jayson Tatum et Abdel Nader, ainsi que les probables lottery picks des Nets et des Lakers l’été prochain. Pendant ce temps, Gordon Hayward et Al Horford, les deux plus gros free-agents signés de l’histoire de la franchise, ont tous les deux cité la culture Celte – celle restaurée par Kevin Garnett en six courtes années – comme l’une des raisons de leur signature.

« L’époque KG, Paul Pierce, Ray Allen parle pour elle-même », confie Ainge. « Quand ces grandes équipes jouaient, c’était un rappel de l’histoire des Celtics. Pour les jeunes de 19 à 30 ans aujourd’hui, c’est l’histoire des Celtics pour eux. Ils connaissent KG, Paul Pierce et Ray Allen, mais ils ne se rappellent pas de Bailey Howell. Evidemment, ils savent qui est Larry Bird, mais ils ne se souviennent pas vraiment de Robert Parish ou de Dennis Johnson. Ils se rappellent de Paul Pierce et KG. »

Ainge chasse toujours ces souvenirs. Bradley, victime malencontreuse d’un sacrifice pour du cap space plus tôt dans ce mois, était le dernier lieutenant de l’époque Garnett à l’équipe ayant échoué en finales de conférence contre les Cavaliers la saison passée. Mais l’espoir perdure, lui. Finie la dépression dans laquelle étaient les fans pendant ces longues décennies sans titres. A la place, on retrouve ces mêmes assets qui ont permis de faire venir Garnett à Boston, et le prospect que le prochain pick de draft, la prochaine signature, le prochain trade, permettra de changer la donne.

Quand on demande à Danny Ainge ce qui lui reste de l’époque KG à Boston, il prend une pause et répond : « On avait tous de grandes attentes pour la saison 2008. En ajoutant la personnalité de KG au-dessus de tout ça, ça rend le tout mémorable. Il a eu un impact sur l’équipe durant toutes ses années à Boston, et pas seulement sur ses coéquipiers mais sur tous les joueurs qui ont grandi en regardant cette équipe. »

Ainge a très bien réussi à identifier les joueurs qui incarnent la personnalité de Kevin Garnett. Quand Thomas subit la tragédie familiale que l’on connait lors de ces derniers playoffs, Garnett lui laissa un message vocal que Isaiah retransmit à toute l’équipe dans le vestiaire lors des demi-finales de conférence. « Un sacré paquet de grossièretés et de mots que je ne peux répéter », confia Gerald Green à propos de ce message, lui qui fut à une époque dans le package allant à Minnesota en échange de Garnett, avant de revenir en 2016 à Boston. « C’était phénoménal, et ça nous a montré avec quelle hargne jouait KG. On devait jouer avec la même. »

Si Isaiah fait ce qu’il peut, peu de joueurs peuvent se targuer d’avoir changé le visage d’une franchise aussi rapidement que Kevin Garnett. Russell et Magic ont offert un titre à leur franchise en étant rookies. Chamberlain, Bird, Shaq et LeBron ont tous incarné cet espoir de titre dès les premières saisons dans leurs franchises. Ce sont des légendes – reconnaissables par leur prénom, leur nom ou leur surnom – et KG en fait partie.

Une décennie avant que Garnett n’arrive à Boston, le coach et GM des Celtics Rick Pitino avait qualifié les fans des Celtics de « compagnons d’infortune ». Pitino avait mis dehors Red Auerbach, atteignant les bas-fonds de l’histoire de la franchise, avant de rappeler à la ville que « Larry Bird ne reviendra pas. Kevin McHale ne reviendra pas, et Robert Parish ne reviendra pas. »

Mais Kevin Garnett, lui, est arrivé ce 31 juillet 2007. 10 ans et 9 campagnes de playoffs plus tard, l’espoir est toujours là pour les Celtics. Grâce à KG, anything is possible. Et c’est bien qu’on peut quantifier l’impact qu’a eu KG sur la franchise.

Article traduit par Léo Hurlin et Baptiste Godreau, de l’article de Yahoo Sports : « How the Kevin Garnett trade still benefits the Celtics on its 10th anniversary« 

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