Pourquoi Isaiah Thomas ne touchera probablement pas le max

Après avoir réussi une nouvelle intersaison en faisant venir Gordon Hayward lors de la free agency, la prochaine décision importante qui attend Danny Ainge sera de déterminer la valeur d’Isaiah Thomas à l’été 2018.

Au cours de la saison 2016-17, le meneur d’1m75 a une fois encore surpassé les attentes de tous à son sujet, en décrochant une place dans la All-NBA Second Team et en devenant l’un des meilleurs scoreurs de la ligue. Grâce à son contrat, Thomas sera d’ailleurs un des joueurs les plus rentables de la NBA pendant encore au moins une saison, puisqu’il touchera 6,2 millions de dollars en 2017-18 pour sa dernière année de contrat.

Thomas l’a dit haut et fort : il veut gagner plus. À ce sujet, il a tout à fait le droit de réclamer une plus grosse part du gâteau, ayant signé en 2014 un contrat bien en-deçà de ce qui se fait à présent sur le marché. La question que les Celtics devront se poser au cours de l’année à venir est de savoir s’ils sont prêts à offrir au joueur de 28 ans l’argent qu’il risque de demander une fois agent libre (son salaire max commencerait à un montant de 30,4 millions de dollars pour la première année). Ainge a montré par le passé qu’il était capable de se séparer de futurs free agents lorsque leur situation contractuelle s’annonçait délicate (cf. Kendrick Perkins, Rajon Rondo, Avery Bradley) et avant qu’ils n’aient l’occasion de partir sans rien en échange.

De l’avis de l’auteur de cet article, et à la lecture des moves entrepris par le front office, les chances de voir Thomas rester à Boston sur le long terme ont considérablement augmenté cet été. L’équipe a ainsi fait l’impasse sur un potentiel meneur du futur (Markelle Fultz) afin de sélectionner Jayson Tatum. Bradley, un autre joueur free agent l’été prochain et qui pourrait lui aussi toucher un gros contrat, a été transféré par anticipation contre Marcus Morris. L’équipe a fait venir un autre All-Star en la personne de Gordon Hayward, faisant des Celtics une équipe faite pour donner du fil à retordre aux Cavaliers le plus tôt possible. Hayward serait-il venu si Thomas n’avait pas été dans les plans à long terme de l’équipe ?

D’un point de vue sportif, rester en vert fait plus que jamais sens pour Thomas, mais la question du marché qui l’attendra n’en est pas moins débattue. Afin de répondre efficacement à cette question et de mieux comprendre la stratégie à long terme de notre GM, voyons ensemble les facteurs qui aideront à déterminer le montant du prochain contrat de Thomas.

1) Le poste de meneur est très fourni au sein de la ligue

Ayez une vue d’ensemble des équipes qualifiées en playoffs lors de cette dernière saison, et vous ne verrez pas vraiment d’équipes avec un problème à la mène. Les meilleures équipes à l’Est sont équipées à ce poste (Kyle Lowry, John Wall), tandis que beaucoup d’équipes potentiellement playoffables possèdent soit de gros contrats soit de jeunes talents à ce niveau-là (Charlotte, Detroit, Miami, Philadelphie). Cette rhétorique est également valable à l’Ouest, où seules quelques équipes de playoffs (LA Clippers, San Antonio, Utah) pourraient réellement bénéficier d’un ajout de Thomas.

Il y a bien sûr des équipes qui ont besoin d’un sérieux coup de main dans ce secteur (Orlando, New York), mais seraient-elles enclines à investir entre 25 et 30 millions de dollars sur un meneur d’1m75 et qui aura alors 29 ans ?

Cette situation favorise également Boston d’une autre façon. La réduction de l’estimation du salary cap (102 millions de dollars pour 2018-19) a créé un environnement dans lequel il est dur de trouver une équipe qui a) a besoin d’un meneur All-Star vétéran b) veut être tout de suite compétitive et c) a suffisamment de cap space pour faire une réelle offre.

Examinons tout d’abord les signatures à la mène de cet été afin de mieux nous rendre compte de l’état du marché actuel.

Signatures importantes à la mène lors de l’été 2017

Stephen Curry, 29 ans : 5 ans, 201 millions (Warriors)

Kyle Lowry, 31 ans : 3 ans, 100 millions (Raptors)

Jrue Holiday, 26 ans: 5 ans, 125 millions (Pelicans)

George Hill, 30 ans:  3 ans, 57 millions, troisième année non-garantie (Kings)

Jeff Teague, 29 ans: 3 ans, 57 millions, player option sur la troisième année (Wolves)

Analyse : Curry a touché le super max comme prévu. Avec ses dix ans d’expérience, Lowry aurait pu obtenir un max à hauteur de 35% du cap, mais n’a pas tout à fait touché ce montant. C’est également une surprise qu’il n’ait eu que trois ans. De l’avis de l’auteur, Holiday a été surpayé, mais il avait pas mal de poids dans les négociations avec les Pelicans puisque ceux-ci n’avaient aucune marge pour le remplacer en cas de départ. DeMarcus Cousins sera également en fin de contrat l’an prochain, ce qui signifie donc que l’agent d’Holiday tenait les Pelicans à la gorge et a bien réussi son coup. On peut s’imaginer l’agent de Thomas mentionner le contrat obtenu par Holiday pour réclamer un contrat max, avançant que Thomas surpasse Holiday depuis déjà quelques saisons.

Les contrats signés par Hill et Teague sont sans aucun doute encourageants pour Boston, puisqu’il s’agit de montants raisonnables et d’une durée de seulement trois ans. Le contrat d’Hill est particulièrement surprenant puisque le joueur a dû accepter une troisième année non-garantie. C’est généralement bien de réussir à signer un joueur de 29 ans pour moins de quatre ans s’il ne s’agit pas d’une star.

2) La plupart des équipes ont déjà un meneur sous contrat pour 2018-19

Les équipes « équipées » pour 2018-19 :

Charlotte (Kemba Walker), Golden State (Curry), Houston (Chris Paul), Memphis (Mike Conley), Miami (Goran Dragic), Minnesota (Jeff Teague), New Orleans (Jrue Holiday), Oklahoma City (Russell Westbrook, s’il rempile), Philadelphia (Markelle Fultz), Phoenix (Eric Bledsoe), Portland (Damian Lillard), Sacramento (George Hill ou De’Aaron Fox), Toronto (Kyle Lowry), Washington (John Wall), Utah (Ricky Rubio)

Les équipes qui auraient bien besoin d’un meneur, mais qui reconstruisent ou qui ont déjà un jeune talent en poste :

Atlanta (Dennis Schroder), Brooklyn (D’Angelo Russell ou Jeremy Lin), Chicago (Kris Dunn), Dallas (Dennis Smith Jr.), Denver (Jamal Murray), Indiana (Victor Oladipo), LA Lakers (Lonzo Ball), Milwaukee (Malcolm Brogdon)

Les équipes qui auraient bien besoin d’un meneur, mais qui n’auront pas de cap space l’été prochain :

Cleveland (situation très floue avec Kyrie Irving), Detroit (Reggie Jackson), LA Clippers (Milos Teodosic)

Les équipes qui ont besoin d’un meneur et qui auront du cap space à l’été 2018 :

San Antonio : les Spurs viennent de prolonger Patty Mills pour quatre ans et 50 millions de dollars,mais Parker pourrait bien approcher de sa fin de carrière. Si LaMarcus Aldridge et Danny Green déclinent leurs options et deviennent agents libres, San Antonio pourrait dégager de quoi offrir un salaire max à un joueur pour l’associer à Kawhi Leonard.

New York : l’équipe pourrait parvenir à dégager du cap space si Carmelo Anthony décline son option l’été prochain (et c’est un gros si, sachant qu’il ne retrouvera pas 28 millions de dollars ailleurs). Les Knicks reconstruisent, mais les Knicks sont les Knicks, et il ne faut pas exclure la possibilité qu’ils fassent une offre conséquente à Thomas afin de faire venir une star à Big Apple aux côtés de Kristaps Porzingis.

Orlando : le Magic souffre désespérément de l’absence d’un joueur comme Thomas et ses étincelles offensives, mais ils ne devraient pas pouvoir lui proposer un contrat max sans se séparer des futurs RFA Aaron Gordon et Elfrid Payton. L’auteur de l’article n’est par ailleurs pas certain que la venue de Thomas suffirait à améliorer un effectif gangréné par plusieurs mauvais contrats. Si Orlando veut se payer une star pour vendre des tickets et faire parler, alors Thomas pourrait les intéresser. Mais, en raison de son âge, il ne colle pas réellement avec ce que l’équipe a comme ambitions sportives.

Les jokers

Brooklyn : il y a de l’argent à dépenser, mais l’auteur de l’article n’y croit pas à moins que Russell fasse un flop l’an prochain. À ce stade, il est de toute façon bien plus sensé pour Brooklyn de miser sur la jeunesse.

Dallas : si Smith Jr. ne se développe pas très vite, les Mavericks pourraient être tentés de faire venir un gros nom afin d’assurer la transition avec le départ de Dirk Nowitzki qui se rapproche inéluctablement. L’appel de l’argent pourrait-il séduire Thomas, même en provenance d’une équipe loin d’être compétitive ? Les Mavericks auront de quoi dépenser l’été prochain, et sont donc une équipe à surveiller.

Denver : les Nuggets ont fait des vagues lors de la free agency en faisant venir Paul Millsap, et auront de nombreux jeunes sous contrats intéressants l’an prochain. Ils pourraient en transférer quelques-uns afin de dégager de l’espace pour courtiser Thomas, s’ils ne sentent pas Jamal Murray déjà prêt à mener l’équipe.

Oklahoma City : si Russell Westbrook et Paul George plient bagages l’été prochain, Sam Presti, le GM du Thunder, aura largement plus de 30 millions de dollars à dépenser. Une reconstruction serait alors un choix logique pour OKC, mais ils pourraient également rechercher un nouveau visage pour leur franchise afin de vendre des tickets.

Les dirigeants des Celtics sont déjà bien au courant de tous ces facteurs qui rôdent à l’approche de la free agency 2018. Le salary cap n’augmentera pas autant que ces dernières années. Certains des meilleurs free agents (Lowry, Millsap) ont dû se contenter de contrats sur trois ans cet été. Lowry n’a même pas réussi à toucher le max auquel il pouvait prétendre. Il y a certainement peu d’équipes qui pensent pouvoir venir bousculer les Warriors de sitôt. Il n’y a que peu d’équipes susceptibles de proposer le max à Thomas l’été prochain, et rien ne nous indique que ces franchises le verront alors mériter ce contrat sans faire d’elles des prétendantes au titre.

3) La free agency 2018 s’annonce maigre au poste 1

Même s’il n’y aura pas beaucoup d’équipes disposant de cap space à l’été 2018, la cuvée des meneurs s’annonce maigre derrière Thomas. Voici une liste des meilleurs meneurs FA l’été prochain :

Russell Westbrook

Isaiah Thomas

Chris Paul (qui restera certainement à Houston)

Marcus Smart (RFA)

Elfrid Payton (RFA)

Jeremy Lin (player option)

Il y aura plusieurs All-Stars, évoluant à d’autres postes, qui testeront le marché (Kevin Durant, LeBron James, Paul George, DeMarcus Cousins), mais une fois qu’ils auront signé, un joueur du niveau Thomas devrait devenir une denrée rare.

4) La santé

Thomas a fini la saison régulière et a joué les deux premiers tours de playoffs avec bravoure, puisqu’il était blessé à la hanche. Cependant, les conséquences de cette décision ne sont pas encore clairement connues. En mai, Thomas avait indiqué aux reporters qu’il espérait éviter une opération, et Brad Stevens expliquait en juillet que l’équipe espérait la même chose ainsi qu’une fin de convalescence pour le training camp.

Thomas a joué à son meilleur niveau l’an dernier, mais ni les Celtics ni le reste de la ligue ne savent s’il débutera la saison prochaine à 100%. La signature de Shane Larkin a également ajouté à l’intrigue. Toutes ces incertitudes tissent en arrière-plan une toile complexe, et d’autant plus que le meneur entame la dernière saison de son contrat. Si Thomas montre qu’il est en bonne santé et qu’il parvient à y rester, s’il égale avec les standards de sa précédente saison, alors on peut facilement imaginer quelques équipes se laisser tenter par la perspective de lui offrir le max.

Conclusion

En faisant l’inventaire de toutes ces données à disposition, il est facile de voir pourquoi les Celtics pensent qu’ils parviendront à signer Isaiah pour moins que le max. Même avec un marché très maigre à la mène, peu d’équipes seront a priori disposées à payer un meneur de cet âge si cher, surtout si l’on prend en compte le niveau défensif de Thomas.

Thomas touchera probablement son prochain contrat de la part des Celtics (qui n’auront pas de cap space l’été prochain pour trouver un remplaçant), mais ceux-ci feront également face à de sérieuses questions vis-à-vis de la luxury tax, et tout particulièrement s’ils veulent aussi conserver Smart. Les pénalités de la luxury tax qui se profilent à l’horizon 2018-19 font que chaque dollar offert à Thomas pourrait coûter le triple aux propriétaires de l’équipe. Boston ne va pas se mettre hors-jeu de la sorte.

On peut donc raisonnablement imaginer un contrat commençant aux alentours des 25 millions annuels (soit un peu plus, à l’année, que Jrue Holiday), chiffre qui pourrait augmenter si Thomas se fend une fois encore d’une saison comme celle de l’an dernier. Il devrait donc réussir à faire venir son fameux fourgon blindé, mais peut-être ne le remplira-t-il pas au maximum.

Traduction de l’article du Boston Sports Journal « Why Isaiah probably won’t get a max contract next summer » par Léo Hurlin

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