Comment les Celtics vont-ils s’organiser au rebond ?

Les Celtics version 2016-17 ont souffert au rebond. C’est un fait : c’est tout juste si Brad Stevens pouvait bricoler, sans le moindre espoir de véritablement corriger cette lacune. Il manquait aux Celtics une réelle présence dans ce domaine, et ce n’est qu’en trouvant une faille chez l’équipe adverse – la forçant à adapter son cinq en conséquence – qu’ils n’ont pu éviter de se faire davantage dominer. Aussi difficile que cela puisse paraître, c’est à ces procédés qu’une équipe dépourvue d’un spécialiste du rebond doit finir par recourir.

L’intersaison de cet été n’a fait qu’accentuer ce problème, puisque les Celtics ont perdu Jonas Jerebko, Amir Johnson et Kelly Olynyk. Tous trois étaient des pièces importantes du puzzle de Stevens dans le domaine du rebond. Leur remplacement effectif sera une des clés de la réussite des Celtics cette année.

Mais les Celtics n’attendent pas votre pitié à ce sujet. C’est tout simplement leur façon de jouer. C’est un point que Danny Ainge avait abordé à la dernière trade deadline, détaillant ses réticences à faire venir un rebondeur pour ce seul rôle.

« Il n’est pas raisonnable d’aligner un rebondeur, incapable de marquer un shoot, juste parce qu’il pourrait apporter au rebond. Cela nous pénaliserait en attaque. »

C’est une phrase intrigante, car elle rejette l’idée que les problèmes au rebond de l’équipe lui sont fatals, et laisse entendre qu’il s’agit d’un compromis effectué délibérément dans les choix de construction de l’équipe et de style de jeu. Accepter d’être une équipe qui pêche au rebond figure peut-être parmi les concepts de base de construction d’une équipe, concepts qui sont à relier au marché des joueurs disponibles et au style de jeu en vogue actuellement au NBA.

Avec leurs nouvelles additions, tout laisse à croire que les Celtics s’apprêtent à reconduire cette formule. Comparés aux rebondeurs des précédentes saisons, les nouveaux joueurs font en effet davantage figure de copies que de joueurs d’élite dans ce domaine. Ils pourront cependant être utilisés dans certains rôles, pourvu que Stevens soit résolu à les aligner dans l’optique d’exploiter quelque problème qu’il identifiera.

Cela ne veut pas dire que Stevens a trouvé un raccourci face à ce problème. Loin s’en faut. Mais, privé de joueurs d’élite en la matière et qui correspondraient au style de jeu des Celtics, Stevens a dévolu à ses joueurs des rôles pour que l’équipe lutte au rebond. Explorons ensemble quelques-uns de ces rôles, et essayons d’identifier les joueurs aptes à les occuper.

“Le rôle d’Amir”

À la fin de la saison précédente, aussi boiteux qu’Amir Johnson pouvait paraître, son rôle dans la lutte au rebond n’en restait pas moins incroyablement prépondérant. Sur l’ensemble de ses 20 minutes par match, il était demandé à Johnson de se battre au rebond défensif. Ce qu’il fit : près de 48% des rebonds captés par Amir l’an dernier étaient contestés. Parmi les joueurs tournant à plus de 12 minutes par match, c’est le sixième plus gros pourcentage dans ce domaine.

Les fans exprimèrent leurs inquiétudes lorsqu’ils virent Robin Lopez rouler sur les Celtics lors de la série contre les Bulls, et à raison. Pour une équipe qui se repose sur un jeu small ball, il est crucial de pouvoir tenir le choc au rebond défensif. Il n’est tout simplement pas viable de permettre à l’adversaire de grappiller des possessions supplémentaires. Et, vous l’aurez deviné, c’était également le rôle d’Amir que de remédier à ça. Au niveau des totaux de rebonds défensifs captés, c’est lui dont le plus gros pourcentage était contesté. Amir n’est certes pas un rebondeur prolifique, mais c’est un guerrier.

Aron Baynes & Jayson Tatum

Avec ses quatre rebonds de moyenne l’an dernier, Aron Baynes ne va certainement pas révolutionner la NBA. Cela dit, il n’a jamais joué plus de 16 minutes par match en carrière et ses statistiques avancées sont bien évidemment plus flatteuses. Comme Amir, il se bat, et affiche un taux de rebonds contestés de 42%.

Il ne va probablement pas jouer plus de minutes l’an prochain, après un career high en la matière, et sa contribution sera très vraisemblablement toujours plus appréciée au biais de statistiques avancées choisies, mais le trou béant que laisse le départ d’Amir sera en partie comblé par sa présence. Là où Baynes n’atteint pas le niveau d’Amir, c’est lorsqu’il faut aller récupérer des rebonds défensifs compliqués. En pourcentages, Aron a certes récupéré davantage de rebonds possibles qu’Amir, mais moins de rebonds contestés. C’est un secteur dans lequel un joueur devra s’affirmer.

À ce sujet, Jayson Tatum pourrait fournir une aide bien utile. À la fac, Tatum tournait à sept rebonds de moyenne, et il a élevé cette moyenne à huit lors des Summer Leagues. Son amplitude, sa vitesse, associées à ses capacités athlétiques, lui ont permis d’aller chercher des rebonds qu’il n’aurait peut-être pas pu récolter autrement.

Ce n’est pas le type de rebondeur guerrier auquel les gens sont habitués, mais comme dit plus haut, ce n’est pas non plus une équipe qui approche cette question de manière classique. Sa dimension athlétique et son amplitude semblent lui permettre de contribuer dans ce domaine en restant relativement loin du panier, ce qui atténue les handicaps dont il pourrait pâtir en termes de taille et de puissance. Il ne collectera probablement pas 12 rebonds par match, mais les Celtics ne lui en demanderont pas tant.

“Le rebondeur sans concurrence”

Très fréquemment, Stevens a assigné un ailier (ou wing) à la tâche. Comme il est peu probable que les Celtics parviennent à dominer individuellement au rebond face à de nombreuses équipes, c’est tout à fait logique d’augmenter les forces en présence. Avery Bradley cumulait cinq rebonds non-contestés par match l’an dernier.

Evan Turner en totalisait une moyenne de quatre l’année d’encore avant. Turner était par ailleurs capable de lancer les contre-attaques et mettre en place les systèmes, permettant à l’équipe de marquer des paniers faciles avant que la défense ne soit en place.

Gordon Hayward & Terry Rozier

Au cours de la saison précédente, Gordon Hayward récoltait en moyenne quatre rebonds non-contestés par match. Étant également doté d’un bon ball handling et d’une excellente lucidité offensive, il est probable que les fans le voient à nouveau utilisé ainsi cette saison. Cela devrait être une raison de se réjouir, car Hayward a son nom aux côtés des tous meilleurs de la ligue en contre-attaque. L’an dernier, en transition, il figurait dans le 92e percentile. On peut donc s’attendre à des contre-attaques rugissantes lorsqu’Hayward sera sur le parquet.

L’an dernier, Hayward scorait sur 67% de ses possessions en transition, pour une moyenne de 1,4 points par possession et un eFG% (formule améliorée du pourcentage de réussite, prenant en compte la valeur des tirs à 3 points comme 50% supérieure à celle des 2 points) de 75%. Bien que sa présence au rebond seule ne suffise à expliquer chaque opportunité de contre-attaque dont Hayward a profité, personne n’ignore que les Celtics aiment lâcher les chiens et courir, augmenter le tempo en transition. Avec Hayward dans ce rôle, il se pourrait que l’équipe n’augmente encore la vitesse d’un cran en contre-attaque.

Toutefois, Hayward ne peut pas disputer les 48 minutes d’un match. L’importance du rôle qu’aura Terry Rozier n’est pas encore très claire, mais il fait office de bon candidat pour récupérer celui que Avery et Evan ont pu occuper par le passé. Il lui sera probablement demandé de continuer d’abattre ce travail impressionnant au rebond, et possiblement d’endosser le costume que portaient Bradley et Turner au sein du système. La vitesse et les qualités athlétiques de Rozier lui permettent de vite revenir vers le panier depuis l’extérieur de la raquette. Lors de la saison précédente, ses statistiques avancées étaient remarquables : il tournait à deux rebonds non-contestés par match, en 17 minutes de moyenne.

Ce n’est pas un clone de Gordon Hayward, mais il est tout de même capable d’assurer ce rôle d’initiateur avec la second unit ou par séquences.

“Le King Cobra”

Le rôle suivant est le rôle « à la Smart », celui du serpent rampant dans les hautes herbes, attendant la bonne occasion pour attaquer. Pour ceux qui s’y connaissent le football américain, Smart est en quelque sorte utilisé comme un free safety au rebond offensif. Il vole des rebonds et inscrit des claquettes sur le dos des adversaires.

Marcus Smart & Jaylen Brown

Marcus Smart tournait l’an dernier à un rebond offensif par match, ce qui n’a pas l’air énorme, mais c’est la onzième meilleure moyenne pour les guards ayant joué au moins 12 minutes par match et disputé au moins 20 rencontres. Ce rôle requiert un joueur fort physiquement, ou suffisamment athlétique pour pallier l’absence de force physique. Des joueurs mieux classés que Smart, comme Russell Westbrook, Tony Allen ou Dwyane Wade sont de très bons exemples. C’est ce qui fait de Marcus un candidat idéal pour ce rôle : il se bat. Dans sa catégorie, seul un joueur affichait une plus grosse part de rebonds contestés dans son total que Smart : Tony Allen, le « Grindfather » (littéralement, « parrain des guerriers »).

Smart sera très probablement à nouveau utilisé comme free safety au rebond offensif. Mais si Boston veut rééditer sa production de l’an dernier, voire l’améliorer, Marcus devra être assisté. L’an dernier, Smart pouvait bénéficier de la présence de Bradley, un joueur capable de contribuer lui aussi au rebond offensif. À l’inverse de Smart, c’est avec sa vitesse que Bradley réussissait à donner aux Celtics des secondes chances.

D’une façon ou d’une autre, les Celtics demanderont sûrement à un de leurs joueurs de hausser sa production et récupérer le rebond offensif de moyenne que prenait Bradley. Jaylen Brown ? En 17 minutes par match l’an dernier, Jaylen totalisait 0,6 rebonds offensifs de moyenne. Comme il devrait avoir davantage de temps de jeu cette année, il pourrait bien parvenir à compenser la perte de Bradley.

Tout comme Marcus, Jaylen est un joueur imposant, qui n’a pas peur d’aller se frotter sous le panier. Il sera probablement davantage utilisé comme arrière l’an prochain, et devrait donc être en mesure de bien profiter de sa taille au rebond offensif.

“Le wing”

Ne disposant pas d’intérieurs au profil classique de rebondeur, l’équipe a d’autant plus besoin de wings capables de contribuer des deux côtés du terrain. Si l’on met bout à bout les moyennes individuelles du roster, c’était probablement le secteur le plus défaillant l’an dernier.

Sur un temps de jeu limité, Jonas Jerebko était productif, mais il avait davantage un rôle d’ailier que de wing. Et malgré le rôle limité dont il disposait, son départ complique la situation du rebond. Jonas était un joueur important dans certains des plus petits lineups de l’équipe, non seulement de par sa capacité à switcher et défendre sur plusieurs postes, mais aussi pour la contribution visible qu’il apportait au rebond : il captait ainsi 19% des rebonds défensifs possibles, et un bon taux de rebonds contestés.

Parvenir à tenir tête aux adversaires dans le domaine du rebond défensif est un facteur extrêmement important pour une équipe dont l’identité réside dans le small ball. Il n’est tout simplement pas viable de permettre à l’adversaire de grappiller des possessions supplémentaires. Et ces mêmes Celtics qui recherchaient désespérément des options lors des derniers playoffs ont avec eux pour cette saison quelques joueurs dont on peut au moins espérer quelque chose en la matière.

Jaylen Brown & Guerschon Yabusele

Le gabarit d’adulte de Jaylen Brown, son attirance pour la peinture et sa propension à lutter au rebond sont autant d’éléments de son jeu déjà bien connus. Avec une hausse de temps de jeu attendue, sa production doit également augmenter pour permettre aux Celtics de se battre au rebond défensif.

Il n’est pas facile de demander à un rookie d’arriver et tout de suite contribuer dans un rôle spécifique. Leur courbe d’apprentissage est trop laborieuse et leur rookie wall trop sévère pour qu’une équipe puisse réellement miser sur eux. Tout au plus une équipe espère-t-elle qu’ils seront suffisamment lucides pour ne jouer que sur leurs forces à partir du mois d’avril qui marque la fin de la saison régulière.

C’est en cela qu’il est si important que Jaylen Brown se développe cette année. Les Celtics ont besoin de pouvoir se reposer sur lui en tant que wing, dans de nombreux secteurs du jeu mais tout particulièrement le rebond. On sait déjà que Jae Crowder ne parvient pas à tenir son rang au rebond défensif. Ce n’est pas par manque d’effort : il défend souvent sur des joueurs plus costauds que lui et ne dispose tout simplement pas de la dimension physique et athlétique pour également les contenir au rebond. Il va donc échoir à Jaylen de combler la différence, avec – espérons-le – un peu d’aide.

Guerschon Yabusele fera cette saison ses débuts tant attendus avec Boston. Le joueur, du haut de ses 2m03 et ses 118 kg, évoluait la saison passée en Chine et affichait une moyenne de sept rebonds défensifs par match. Que ce soit grâce à sa taille, sa force ou son envergure mesurée à 2m13, Yabusele s’en est plus que bien tiré là-bas, captant 24% des rebonds défensifs possibles.

Difficile de savoir toutefois comment ses statistiques évolueront une fois en NBA. Il souffrira bien entendu de la transition, comme tous les rookies. Avec sa combinaison de taille, de puissance et de longueur, il n’est pas irréaliste d’imaginer une propension à récolter des rebonds défensifs. Cela a tout du moins été une de ses forces jusque-là. S’il parvient à mériter du temps de jeu, alors, pour la première fois depuis un bon moment, l’équipe sera en bonne posture.

L’analyse qui veut que l’impact négatif d’un joueur en attaque n’éclipse son impact positif au rebond n’est pas nécessairement fausse, mais il ne faut pas pour autant y souscrire aveuglément. C’est le travail d’une équipe que de trouver des joueurs qui conviennent à son jeu. Cette année marque l’arrivée d’une nouvelle cuvée, et c’est à Brad qu’il revient de tirer le meilleur de chacun des joueurs qui la composent.

Il est presque impossible de prévoir de quelles minutes de quelles opportunités disposeront effectivement la meute des jeunes loups de l’équipe. Peu importent les pronostics, seul le temps nous le dira ; au moins saurons-nous de quelles options disposent les Celtics.

Traduction de l’article de celticshub ‘Where will the Celtics rebounding come from in 2017-18‘ par Léo Hurlin

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