Irving aux Celtics : la stratégie d’Ainge

Boston Celtics President of Basketball Operations Danny Ainge speaks during a news conference Friday, June 24, 2016, in Waltham, Mass. where the team introduced their 2016 NBA draft picks. (AP Photo/Elise Amendola)

Dans ce premier article analysant les raisons et les conséquences du trade ayant amené Kyrie Irving aux Celtics, nous allons essayer de voir comment il s’inscrit dans la stratégie globale de construction d’équipe de Danny Ainge et ce qu’il nous dit de l’évolution de cette stratégie. Rappelons donc encore une fois les termes exacts de cet échange : les Celtics reçoivent le seul Kyrie Irving et envoient en échange à Cleveland Isaiah ThomasJae CrowderAnte Zizic et le choix du premier tour 2018 des Nets non-protégé.

Les circonstances :

Tout d’abord, il semble évident que les Celtics ont surpayé Irving et que les Cavaliers auraient difficilement pu recevoir une meilleure offre d’une autre franchise. Mais les derniers gros trades (Cousins, George, Butler…) – dans lesquels les Celtics étaient systématiquement cités mais n’ont jamais remporté la mise, les franchises privilégiant finalement des offres inférieures à ce que Boston était en mesure d’offrir – semblent montrer que Danny Ainge était obligé de surpayer pour s’offrir une star. Le choix d’Irving peut paraître surprenant pour enfin dépenser les assets, mais la situation a radicalement changé lorsqu’ils ont signé Gordon Hayward à la free agency. Ainsi, l’assurance d’avoir deux stars sous contrat pour une longue durée a sans doute poussé Ainge a faire un effort pour en acquérir une troisième, plus jeune (25 ans) et avec un contrat plus long que celui de Thomas (deux saisons contre une), donc plus compatible avec Hayward niveau timing.

Au vu de la saison qu’il vient de livrer, le fait que le contrat de Thomas arrive à expiration à l’été 2018 et qu’il table sur un contrat maximum est sans doute le facteur décisif dans la décision de l’échanger cet été. Mais sa blessure à la hanche qui laisse des doutes sur son état physique a, de l’aveu même du front office, également pesé dans la décision.

La contrepartie :

Isaiah Thomas a forcément attiré toute l’attention dans la contrepartie envoyée par Boston, mais il pourrait s’avérer au final qu’il ne soit pas la pièce la plus importante de l’échange. Ce transfert a en effet l’avantage pour Cleveland à la fois de les rendre plus compétitifs pour la saison prochaine et de leur fournir des bases pour reconstruire si LeBron James venait à nouveau à partir l’été prochain. Du côté des Celtics, Isaiah Thomas est directement remplacé par Irving.

La perte de Crowder semble être un coup dur, lui qui avait le meilleur différentiel de l’équipe la saison dernière et dispose d’un excellent contrat pour encore trois saisons. Mais la profondeur de l’effectif sur ce poste et l’arrivée d’Hayward à la free agency devrait largement compenser son départ. Sans oublier que malgré ses excellentes statistiques avancées et sa très bonne adresse à trois-points, Jae n’a pas forcément été flamboyant la saison passée. Handicapé par une blessure à la cheville, il avait manqué de mobilité en défense et d’agressivité vers le cercle pendant une bonne partie de la saison. Il semble fort probable qu’Hayward apporte plus à l’équipe que le Crowder de 2016-2017, même défensivement. Cela dit, le principal impact de cet échange est à chercher du côté de Cleveland, où Crowder constitue une addition forcément positive, que ce soit pour épauler LeBron ou être à nouveau transféré dans une logique d’accumulation d’assets en cas de reconstruction.

Céder un des choix du premier tour de Brooklyn fait forcément un peu mal au cœur. Ces choix, obtenus contre Paul Pierce et Kevin Garnett tout de même, ont tellement fait rêver les fans des Celtics ces dernières saisons et le dernier tout juste envoyé aux Cavaliers pourrait bien faire venir un potentiel big man dominant. Mais Boston a déjà pu choisir deux fois au troisième rang des deux dernières drafts grâce à ces picks (et avaient également pu sélectionner James Young, mais chut) et disposera encore d’un probable lottery pick cette saison ou celle d’après grâce à un de ces choix en question (dans l’échange avec Philadelphie). Ce choix 2018 était la dernière chance d’en inclure un dans un trade pour une star Ne vous fiez pas aux contreparties reçues dans les échanges pour Jimmy Butler, Paul George ou DeMarcus Cousins : les GM se sont volontairement montrés plus gourmands avec Ainge, et il était a priori indispensable d’inclure soit ce pick soit Jaylen Brown ou Jayson Tatum.

Enfin, les Nets sont en train de bien relever la tête, avec un GM très compétent, un bon coach qui commence à inculquer une vraie culture à l’équipe, quelques jeunes intéressants. On ne parierait pas sur Brooklyn pour faire les playoffs cette saison mais quand on regarde les effectifs de Chicago, Atlanta, Indiana, Phoenix… on se dit que ce choix ne sera peut-être pas aussi alléchant qu’il en a l’air en juin prochain. Il reste cependant très intéressant pour Cleveland si leur GM décide de faire all-in pour satisfaire James.

Enfin, Ante Zizic semble être, tout bien considéré, le bémol dans ce package. Tous les autres éléments étaient vraisemblablement indispensables à la réussite de cet échange, mais on se dit qu’Ainge aurait pu garder le jeune croate auquel on était bien attachés. Surtout que celui-ci semblait avoir un potentiel intéressant, des qualités qui font défaut à l’effectif depuis longtemps, et aurait eu toute la place de s’exprimer en étant un des deux seuls véritables pivots de l’effectif. Mais Zizic n’a encore rien montré en NBA et ses summer leagues n’ont pas forcément été hyper encourageantes. Ainge n’a sans doute pas voulu risquer de faire capoter un trade lui permettant d’acquérir Irving simplement pour garder Zizic.

L’avenir :

La balance des actifs envoyés dans le transfert a beau pencher en la faveur des Cavaliers, ce n’est pas pour autant que l’équipe passe en mode ‘win now‘. Irving arrive certes avec un plus gros vécu en NBA que Thomas, et l’équipe s’est séparée pour cela de deux assets utiles pour construire sur le long terme, mais il est avant tout totalement possible qu’elle régresse cette saison – ne serait-ce qu’à cause de la période de rodage qui s’annonçait déjà nécessaire avec la seule arrivée d’Hayward.

Au contraire, c’est un choix d’orientation résolument tourné vers l’avenir qu’a effectué Danny Ainge avec ce transfert.

On pourrait supposer que compte tenu de l’âge d’Horford, il faisait sens de conserver Thomas et de construire sur ce duo, mais le front office a estimé que la venue d’Hayward n’allait pas dans ce sens. C’est en somme tout à fait logique : Horford ayant beau être plus âgé que les autres, il sera capable de contribuer efficacement quels que soient les joueurs qui l’entourent. À l’inverse, Thomas n’a certes pas encore atteint la trentaine et se trouve actuellement à son apogée, mais des inquiétudes légitimes existent sur la pérennité de son jeu si dépendant de ses impressionnantes qualités athlétiques. Et à l’inverse d’Horford, Thomas aura probablement du mal à contribuer autant une fois son déclin amorcé.

Au milieu de tout cela, Hayward n’a peut-être que deux ans de moins que Thomas mais entre tout juste dans ses meilleures années. Derrière lui, un noyau de jeunes intéressants et amenés à avoir des responsabilités existe : Marcus Smart, Brown, Tatum, Terry Rozier, voire les rookies Guerschon Yabusele et Semi Ojeleye que le front office tient tous deux en haute estime. Il faisait donc totalement sens de faire venir une jeune star pour l’associer à Hayward.

Irving n’a que 25 ans, et c’est un quintuple All-Star qui entre à peine dans ses meilleures années. Sa trajectoire de carrière correspond donc bien davantage à celle d’Hayward que Thomas. C’est d’ailleurs une raison pour laquelle le GM des Celtics admet clairement avoir « eu à payer le prix fort ».

Mais ce trade reste un énorme pari de la part d’Ainge. Il est maintenant fort probable que les Celtics tenteront de gagner un titre dans les années à venir avec un noyau Irving-Hayward et une jeune garde Smart-Brown-Tatum. Alors, oui, il ne faut jurer de rien avec Danny, mais maintenant toute modification de l’effectif sera soit assez mineure soit un gros chamboulement. Les trois stars peuvent bien sûr être tradées, car il y a toujours un marché pour des joueurs de cette qualité mais les Celtics ne les ont pas choisies à la va-vite. Ainge a montré en passant son tour sur les échanges de Cousins, George et Butler qu’il n’était pas désespéré d’acquérir une star, les choix qu’il a faits sont donc mûrement réfléchis. On notera tout de même que parmi les trois, Horford est le plus susceptible d’être échangé, en raison de son âge, si les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes dans les saisons à venir. Pour certains, ce sera même une condition sine qua non pour des raisons financières et afin de conserver l’articulation Irving-Hayward.

Du côté des jeunes, la prolongation de Smart reste une question importante de l’été 2018, mais le départ de Bradley, de Thomas et de Crowder laissent à penser que les Celtics tiennent à Marcus et qu’ils devraient tout faire pour le garder, même s’il reste à savoir à quel prix. Son apport défensif va en tout cas peser encore davantage dans la balance à présent. Pour Brown et Tatum c’est encore plus clair, le front office a montré qu’il comptait énormément sur eux : leur entraîneur compte sur le premier pour franchir un cap en défense, laissant au passage entendre qu’il pourrait bien être titulaire au poste 2 avec la perte de Bradley. Quant au second, que les Cavaliers semblaient vouloir, d’après un article d’Adrian Wojnarowski paru il y a moins d’une dizaine de jours, le fait qu’il soit encore un Celtic aujourd’hui prouve bien toute l’estime que porte le front office à son égard, après les déclarations suite au trade down de juin pour le sélectionner en dépit du talent indéniable de Markelle Fultz. Enfin, leurs contrats de rookie seront extrêmement précieux pour une équipe qui est déjà au-dessus du seuil de salary cap fixé et à 7,7 millions du seuil de la luxury tax.

La question est donc la suivante : les Celtics ont ils une chance de décrocher un titre avec ce noyau de joueurs ? Pour cela il faudra miser sur le développement des jeunes, ce qui nous amène à nous demander ceci : quel niveau vont réussir à atteindre Brown et Tatum ? Smart va-t-il s’améliorer au shoot ? Irving peut-il être le vrai meneur d’une équipe ? L’autre facteur c’est l’alchimie que va réussir à créer cette équipe. Mais dans les deux cas les Celtics ont un énorme atout dans leur manche, un atout nommé Brad Stevens.

Article rédigé par Hugo Geindre et Léo Hurlin

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